C’est une Mauricienne qui a maquillé Emmanuel Macron durant la campagne électorale qui l’a mené à la présidence de la République Française. Auparavant, Marie-France Chesnoy, née Pierrette, avait également maquillé François Hollande, et elle travaille souvent avec des personnalités de la télé. Installée à Saint-Maur-des-Fossés à Créteil, elle nous raconte son parcours, elle qui a quitté Forest-Side il y a 39 ans.

Au bout de ses pinceaux elle a eu Emmanuel Macron, François Hollande, Frédéric Mitterrand, Cauet, Laurence Ferrari, Sandrine Quétier, Nikos Aliagas, Jean Luc Reichmann, Arielle Dombasle chez elle et Isabelle Nanty, entre autres personnalités françaises. La Mauricienne de 61 ans peut être fière de ce parcours. Elle a gravi les échelons étape par étape pour sortir de la pauvreté à Forest-Side jusque dans le giron des people en France où elle vit depuis une trentaine d’années. Cela lui fait quelques beaux souvenirs qu’elle veut bien nous partager le temps d’une rencontre et d’une conversation téléphonique.
“Il est très sympathique et très bien élevé. Il a une peau de bébé.” Telle est l’impression que lui a laissé Emmanuel Macron, l’actuel président français, qu’elle a côtoyé durant la campagne électorale de 2017. “Avec mon équipe, quand nous sommes arrivés, il nous a demandé si nous voulions prendre un thé avant de commencer. Pendant que les réalisateurs et les cameramen se préparaient, on est venu me chercher pour aller le maquiller dans son bureau.”

Le 25e élu au poste de président de la République française n’est pas le seul à ce poste qui est passé entre ses pinceaux. Elle a aussi maquillé plusieurs fois François Hollande à l’Élysée et pendant ses déplacements. “Comme Emmanuel Macron, François Hollande est adorable. J’avais remplacé sa maquilleuse. Elle avait donné mon nom à l’Élysée. C’est le contact de l’Élysée qui m’a appelée. L’Élysée n’est pas un lieu accessible à tout le monde. Ils ont évidemment fait une enquête sur moi pour voir si j’avais un casier judiciaire vierge”, confie-t-elle avant d’ajouter: “Ce qui est assez drôle, c’est que nous, on est là, on les maquille. Nous les entendons parler de leurs problèmes, ils oublient souvent que nous sommes là.”

Marie-France Chesnoy arbore un sourire rempli de bonté : “Je maquille les gens qui passent à télé, les acteurs, pour des films institutionnels. Les intermittents du spectacle, des acteurs, cameramen, tout ce qui touche aux métiers du cinéma et la télévision. Je suis aussi comptée comme intermittente du spectacle.” Au cours de sa carrière, elle a travaillé pour TF1, notamment pour les 12 coups de midi, la chaîne info C News, Canal + pour L’Info du vrai et quelque temps de cela pour Quatre mariages pour une lune de miel.

Hormis le fait de côtoyer les personnalités françaises, Marie-France Chesnoy donne quelquefois des cours dans une école et dans des grandes entreprises de France. Elle apprend aux femmes à se mettre en valeur. “Je leur apprends comment bien s’habiller, se maquiller les yeux, la bouche, faire un joli teint, quel fond de teint utiliser et comment cacher les cernes”, souligne notre interlocutrice, qui utilise des produits de grandes marques aussi bien que des produits naturels pour le maquillage.

Le conseil en image personnelle et professionnelle est une autre de ses compétences. Elle a d’ailleurs suivi une journaliste d’Arte pour la relooker. Marie-France Chesnoy avait pour mission de voir ce qu’elle avait dans son placard pour savoir ce qu’elle doit et ne doit pas porter. À l’origine, elle a pris des cours chez Elysées Marbeuf, une école d’esthétique et du luxe lancée en 1953.

La rencontre avec Frédéric Mitterrand.

Toutefois, cette titulaire d’un CAP esthétique explique qu’être intermittente du spectacle n’est pas aisé. C’est un métier très difficile, car au début il faut se faire connaître. Il faut tomber sur des personnes bienveillantes. “J’ai passé une journée dans un institut de beauté à enlever des poils aux gens, je n’ai pas aimé.C’est là que j’ai décidé de faire un stage de maquillage artistique pour devenir maquilleuse de cinéma et de télévision.” Plus tard, elle croise une fille qu’elle remplace sur des boulots et rencontre Frédéric Mitterrand, l’ancien ministre français de la Culture et de la Communication, et neveu de François Mitterrand sur un tournage. Elle travaille pour lui et ensuite pour TF1.

Progressivement, d’autres personnes font appel à elle pour d’autres productions. “Une fois que tu es connue, les gens te font confiance. Si tu fais ton boulot bien, il n’y a aucun souci. Parfois, il faut savoir pousser les portes.” Sa rencontre avec feu Jean Pierre Barry, fondateur et dirigeant d’Euro Media Télévision, a aussi été déterminante. Les émissions tournées par ses équipes sont le tournoi du Grand Chelem de Roland Garros, le Tour de France, Questions pour un champion et Master Chef. “J’ai eu la chance de le rencontrer au sein de mon église. C’est lui qui m’a fait bosser au début. Après, cela a eu un effet boule de neige”, dit-elle. Parmi ses clientes, relève-t-elle, “Isabelle Nanty est d’une grande gentillesse et d’une grande simplicité. Elle est tout ce qu’il y a de plus normal. Si elle peut te rendre service, c’est toujours oui”, dit celle qui préfère le naturel.

Début difficile.

En harmonie avec elle-même et heureuse aujourd’hui, Marie-France Chesnoy s’est pourtant retrouvée dans des impasses après avoir débarqué en France en 1979. Comme une guerrière, elle n’a pas abandonné. Quand elle atterrit en France, cette année-là, c’est avec un visa de 72 heures. “Je n’avais pas le droit d’y rester. J’ai eu mon permis de séjour en 1982 quand François Mitterrand est arrivé au pouvoir. Pendant trois ans, j’étais en situation irrégulière.” Elle a été femme de ménage, baby-sitter et a exercé son premier boulot en tant que maquilleuse en 1984 pour un festival en Bretagne. “J’ai fait l’école du soir. Le jour, je travaillais en tant que femme de ménage, je surveillais des enfants et le soir j’allais à l’école de 19 heures à 21 heures pour apprendre l’esthétique”, lâche cette mère de deux enfants.

Forte de plus de 30 ans de carrière maintenant, Marie-France Chesnoy considère que ce qui lui arrive est une bénédiction. “Si je n’avais pas été aidée par dieu, je n’aurais peut-être pas réussi. Maintenant, c’est à mon tour d’aider les autres. J’ai vécu à la rue Forest-Side dans la pauvreté. Mon père était malade. J’y suis arrivée par mes propres moyens…”