L’information a choqué dans un pays pourtant habitué aux faits divers : une fillette âgée de 13 ans a été retrouvée morte, alors qu’elle était enceinte de quatre mois ! Cette fillette, sortant tout juste de l’enfance, avait été mariée religieusement  à un jeune homme âgé de 19 ans ! Selon des personnes informées, cette histoire incroyable ne serait pas un fait isolé à Maurice, mais découle d’une pratique sur laquelle les autorités civiles et religieuses fermeraient les yeux. Cette forme d’ignorance voulue a un nom : complicité ! A 13 ans, un enfant de sexe féminin vit une période de transformation physique. Son corps quitte le stade de petite fille et se transforme en celui d’une jeune fille pubère qui sera capable, quelques années plus tard, de concevoir et de porter un bébé. Cette transformation fait partie de l’évolution physique naturelle de l’espèce humaine. Elle est reconnue et respectée depuis la nuit des temps par toutes les civilisations et les religions. Ces dernières se sont fondées sur ces règles naturelles pour établir des lois afin que seules les jeunes filles ayant terminé leur transformation physique et en capacité de concevoir soient autorisées à se marier. Cette période de transformation physique se termine autour de l’âge de 16 ans et c’est l’âge légal pour qu’un jeune puisse avoir des rapports sexuels, tandis que l’âge légal pour se marier a été fixé à 18 ans, l’âge de la majorité légale. Avoir des relations sexuelles avec une jeune fille de moins de 16 ans ou épouser une jeune fille de moins de 18 ans constituent des viols aux yeux de  la loi. Il faut le dire et le répéter : Maurice est une république laïque où toutes les religions sont traitées de manière égale et dans le respect des autres. Dans un Etat démocratique et un Etat de droit – ce qui est le cas de Maurice, malgré ses imperfections – il n’existe qu’une loi que chaque citoyen a le devoir de respecter. Des Mauriciens peuvent ne pas être d’accord avec certaines lois et ont le droit de les contester et de militer pour les faire annuler ou modifier. Mais aussi longtemps que ces lois n’auront pas été annulées ou modifiées légalement, tous les Mauriciens ont l’obligation de les respecter. C’est dans le respect des lois que fonctionne un Etat de droit qui se respecte.

Mais, alors, comment expliquer que cette collégienne de 13 ans a été donnée en mariage à un homme de 19 ans, dont elle s’était, paraît-il, amourachée ? Comment comprendre qu’un père et une mère aient accepté de marier leur fille, qui souffrait d’asthme et d’épilepsie, et qu’ils devaient surveiller en permanence ? Comment comprendre qu’un imam, censé faire respecter les préceptes religieux et servir de guide moral et spirituel, ait accepté de «bénir» un mariage entre une fillette et un adulte ? Comment, surtout, expliquer le silence assourdissant de ceux qui sont censés être les leaders ou les porte-parole de la communauté musulmane ? Un silence déjà noté après la manifestation illégale de la Place d’Armes, le samedi 2 juin. Au lieu de parler, de prendre position, ils se taisent et laissent le champ libre à des groupuscules qui justifient l’injustifiable. Les mêmes qui menacent ceux qui osent s’exprimer au nom de prétendus dogmes religieux qu’ils interprètent à leur convenance. Mais il ne s’agit pas de religion dans le cas qui nous occupe, mais du fait qu’on a accepté qu’une fillette de 13 ans ait été donnée en mariage, ait eu des relations sexuelles, soit tombée enceinte et en est morte, ce qui constitue une violation de plusieurs lois de la République. Il ne s’agit pas de respect des normes religieuses, quelles qu’elles soient, mais de protection des droits d’un enfant. A ce sujet, ouvrons une parenthèse pour souligner le silence – également assourdissant – du président du Comité des droits humains ! Il faut le répéter : une fillette de 13 ans est encore une adolescente dont le corps est en formation. Même si elle est « précoce », son corps n’est pas encore préparé à concevoir et à porter un enfant. C’est une loi naturelle qui n’a rien à faire avec les désirs sexuels des hommes couverts par des hommes religieux braconniers !

L’attitude de la ministre du Développement de l’Enfant dans cette affaire illustre l’embarras que cette affaire suscite et surtout l’absence de volonté de prendre les décisions qui s’imposent. Décisions qui pourraient, on le pense dans les milieux politiques, déplaire à un électorat. Du coup, et alors que les faits sont avérés, « on va attendre la conclusion des enquêtes, dont tout va dépendre », pour prendre des décisions. Ne faudrait-il pas dès maintenant prendre les décisions qui s’imposent pour éviter que d’autres fillettes soient mariées ? Faut-il attendre que d’autres drames se produisent pour légiférer ? Il faut espérer que l’initiative de l’Ombudsperson for Children d’ouvrir un débat public sur le sujet sera suivie par de nombreux Mauriciens et forcera les autorités à assumer leurs responsabilités. L’Ombudsperson for Children a raison : la place d’une fillette de 13 ans est à l’école, pas dans le lit d’un homme pour satisfaire ses pulsions sexuelles.