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Marygeann : Solid comme un roc

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Marygeann : Solid comme un roc

Artiste polyvalent, chanteur, danseur, chorégraphe et compositeur, Marygeann, 30 ans, débarque de France avec du Solid dans son sac à dos. On l’avait repéré en tant que chanteur en 2011 avec son album de reggae dancehall, Marygeann. On l’a vu évoluer avec le mixtape Le Monde des Fous, en 2016. De son vrai nom Jean Davy Mary Jeanne, le Mauricien monte d’un cran avec un opus nourri au trap. Seize titres qui incarnent de nombreux éléments qu’on apprécie dans la musique moderne locale : une direction, une énergie, une morale. Et, par-dessus tout, une détermination bâtie sur des expériences qui ont renforcé sa liberté de penser.

Un coup de poing donné sur l’asphalte et qui fait voler en éclat des morceaux de bitume. L’image de ce poing tatoué sur la pochette de Solid veut tout dire. Elle symbolise l’envie de vaincre du chanteur. Une enfance très dure à Triolet à côtoyer de près les fléaux, sur laquelle il ne souhaite pas s’appesantir. Le rejet, le sentiment d’abandon et l’incompréhension ont également rythmé cette phase de sa vie. Son adolescence sera difficile et laborieuse. “J’ai enchaîné les petits boulots : anfle kamion, jardinier, maçon”, pour ne ci- ter que ceux-là.

Prendre sa vie en main.

À 13 ans à peine, après une énième expérience malheureuse, Marygeann décide de prendre sa vie en main. Il frappe à la porte de la famille d’un ami à Batterie Cassé, qui l’accueille à bras ouverts. “C’est à ce moment que ma vie a changé. Plus qu’un toit sur ma tête, j’ai trouvé un équilibre, de nouvelles perspectives, mais aussi des parents qui m’ont soigné avec leur amour et leur affection.”

Entre-temps, Marygeann fait ses armes en musique aux côtés d’un grand frère qui l’initie à la batterie et à la guitare. Il entre dans la danse à l’adolescence, inspiré par les meilleurs danseurs et groupes de hip-hop de l’île. Il évolue un peu de temps dans cet univers et rafle pas mal de prix lors de rencontres de hip-hop au niveau national et régional. Le jeune homme rejoint par la suite le groupe de danse de Stephen Bongarçon. Repéré par la directrice de l’Académie Internationale de la Danse à Paris, une des écoles les plus cotées au monde, Marygeann intègre cette institution de renom. Son panache et son attitude polyvalente feront très vite la différence. “À Maurice, j’ai eu les bonnes bases et les bons codes qui m’ont permis de m’intégrer facilement. Déterminé, j’ai atteint en trois mois un niveau intéressant. Cela m’a permis de me démarquer rapidement.”

Du trap pour trouver son identité.

Il se reconvertit dans la danse commerciale, “où il faut y aller à 200 à l’heure. J’ai dansé pour le rappeur Bouba, avec Orelsan aux Victoires de la Musique, pour Kamel Ouali sur la Star Academy et j’ai accompagné bon nombre d’artistes de variétés”. Sa force, c’est sa faculté à s’adapter à tous les styles. “En Europe, être un bon danseur équivaut à être une machine. Si tu n’arrives pas à suivre, tu n’as pas ta place, car ça va vite.” Les Mauriciens ont pu tout dernièrement voir le danseur en live lors du Festival Porlwi by Nature. “Même si la danse m’a donné ma chance”, la musique n’a jamais cessé de rythmer sa vie. Il produit l’album Marygeann en 2011. Observant l’évolution du rap français et la percée du trap, le jeune danseur séjourne à Maurice pendant presque deux ans, entre 2014 et début 2016, pour s’imprégner de la musique locale et de ses tendances. “À travers le trap, j’ai trouvé mon identité. C’est tout simplement une évolution du hip-hop.” De retour à Paris, il se met à l’écriture de son album solo. Son opus se construit sur des expériences douloureuses, entre autres le décès de certains de ses proches. “Si on n’est pas fort, on se suicide avec ces épreuves. Mon album s’est transformé en Solid”. Il se sépare de ses dreads. Un nouveau Maryjeann prend naissance. Solid s’inscrit sur du trap, nuancé de seggae, de reggae, de saga et d’autres styles, ce qui en fait un album original et intéressant.

Style novateur.

L’album se situe à mi-chemin entre la ballade et le trap. “Se ki inn pase dan le pase fi ni pase, asterla nou bizin panse apre ki pou pase. Ena defwa mo nway mwa dan prezan, mo al fer enn letour dan mo pase, efase difi sil pou mo sape”, chante-t-il sur les premières notes. Il souhaite se montrer plus fort face à l’adversité, volonté que l’on retrouve sur le titre Ayo. Il célèbre la beauté de la vie dans La vie la tro zoli. Rendez-vous se démarque, sur des sonorités trap mélangées au rythme du séga. Une chanson de caractère où l’interprète a donné rendez-vous à son univers, “avec un style novateur qui me caractérise réellement”. Jean Davy Mary Jeanne lance aussi un SOS face à l’ampleur des drogues synthétiques. L’auteur exhorte les jeunes “à se solidifier pour ne pas tomber dans les fl éaux qui les guettent”. Parlant d’expérience, il prévient : “Pas tous tes amis sont tes amis.”

En quelques titres, Marygeann expose son monde. Solid est un opus à l’identité bien marquée, sur lequel sont invités quelques noms connus de la scène mauricienne et d’ailleurs: Blakkayo, DJ Steri, Layanah, Prophet Emifa et Moici. L’arrangement musical est signé Malus Beat Production. Le Mauricien, très sollicité, continue de défendre son album dans des soirées et autres événements à Maurice, avant de reprendre l’avion en février 2018.