Un peu moins de 13 mois après l’écroulement de l’empire Rawat dans le sillage de l’opération “Daylight Robbery”, le coût de l’opération de sauvetage, avec des injections des fonds publics, notamment dans le secteur bancaire, se précise. Intervenant lors du Prime Minister’s Question Time mardi dernier, sir Anerood Jugnauth, en tant que ministre des Finances, a levé un bout de voile en révélant qu’à ce jour, trois injections de fonds publics d’un montant de Rs 3,1 milliards ont été rendues nécessaires pour maintenir à flots la MauBank en dernier lieu, mais également la Mauritius Post and Cooperative Bank (MPCB) et la National Commercial Bank Ltd, incorporée pour assurer le relais à la défunte Bramer Banking Corporation Ltd.
Ce montant exclut les facilités bancaires de Rs 3,5 milliards à des taux d’intérêt de 3,75% annuellement accordées par la Banque de Maurice à la National Property Fund Ltd avec la garantie du ministère des Finances pour le paiement de la première tranche du Super Cash Back Gold du groupe BAI au 30 juin de l’année dernière. A ces montants sont venues se greffer des créances douteuses (Non-Performing Loans) de l’ordre de Rs 2 milliards « Witten Off » par des banques commerciales, victimes collatérales du Ponzi-Like Scheme de la BAI. Techniquement, le coût de l’opération de sauvetage frise les Rs 9 milliards, toutes sources confondues, en attendant le recouvrement initié par le Special Administrator de la BAI Co (Mtius) Ltd and related entities, Yacoob Ramtoolam, avec la vente des avoirs de la BAI, notamment les actions au sein de Britam (Kenya), la clinique Apollo-Bramwell ou encore l’ouverture de l’actionnariat de la National Insurance Ltd ou le Financial Footprint de Rs 500 millions dans le secteur des médias, avec Media-Matrix, Yukondale et autres Half-Baked Deals.
Ainsi, la MauBank, présentée en janvier dernier par l’ancien ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, comme aspirant à faire partie du « Top Three Banks » du pays, opère avec une base constituée des fonds publics d’un peu plus de Rs 3 milliards. Le 13 janvier dernier, soit quelques jours après le lancement de cette banque, le gouvernement avait dû injecter Rs 1,3 milliard en vue de respecter les Prudential Requirements de la Banque de Maurice. Auparavant, la MPCB et la National Commercial Bank Ltd, qui ont été absorbées par la MauBank lors de la fusion de janvier dernier, avaient bénéficié de fonds du gouvernement de Rs 1,1 milliard et Rs 700 millions l’année dernière.
C’est ce qu’a indiqué sir Anerood Jugnauth en réponse à une interpellation du député de l’opposition et membre du Muvman Patriotik, Kavi Ramano. Il a ajouté que le 21 avril dernier, avec la soumission du premier “Quaterly Return” sur le Capital Adequacy Ratio, la Banque de Maurice était « satisfaite » que la MauBank était dans les normes à ce sujet, avec un Capital Adequacy Ratio affiché supérieur aux 10% prescrits sous l’article 20 (2) de la Banking Act.
Toutefois, avec le transfert des Assets de l’ex-Bramer Banking Corporation Limited à la National Property Fund Ltd pour les besoins de l’émission des “Zero-Coupon Debentures” annoncée pour la fin juin en faveur des victimes de la fraude au sein du groupe BAI, la MauBank devra revoir ses chiffres vu que les avoirs, principalement les Toxic Assets de la défunte Bramer Bank, seront éliminés. Toutefois, dans des milieux comptables, on fait comprendre que les éventuelles recettes générées par l’ouverture du capital de la National Insurance Company Ltd, de l’ordre de Rs 1,6 milliard, avec une prise de participation annoncée de la State Bank of Mauritius Holding Ltd et la SICOM, devront entrer dans cette équation. Mais à ce jour, la SBM Holding ou encore la SICOM n’ont pas encore fait d’annonce officielle suite à l’offre formulée par la National Insurance Company Ltd.
Néanmoins, le Premier ministre, qui détient également le portefeuille des Finances, s’est refusé de s’engager dans cette voie par rapport à la MauBank, suite à une interpellation du député de l’opposition Raffick Sorefan. Celui-ci avait demandé confirmation si « are we not facing the same situation with Rs 5 billion public money injected in MauBank and that we are not going to face more capital injection, creating same problem as Bramer ? ». A cette interpellation supplémentaire, sir Anerood a répondu : « I have said I am not going to enter into any other matters that may reflect on Bramer Bank because the whole matter is sub judice. »
D’un point de vue général, le Premier ministre a soutenu que l’objectif des autorités est de mettre en place « a clean financial system ». Dans cette perspective, il a fait état de l’intention du gouvernement de « consider appropriate legislative amendments to plug any regulatory gaps as welle as strengthening banking supervision ». Il a poursuivi en affirmant : « We will not tolerate any malpractices in banks and financial institutions, whether or not, government is a shareholder. Government will ensure that State–controlled banks operate as good corporate citizens in full compliance with the existing prudential guidelines and upholding the highest ethical standards. » Et d’annoncer qu’un Review Exercise, mené conjointement par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale sous le Financial Sector Assessment Programme (FSAP), est en cours.
Auparavant, sir Anerood Jugnauth avait confirmé que de 1967 à ce jour, les Banking Licences de cinq banques – en l’occurrence la Bank of Credit and Commerce International, la Mauritius Co-Operative Central Bank Ltd, l’Union International Bank Ltd, la Delphis Bank Ltd et la Bramer Banking Corporation Ltd – ont été révoquées. « Failure to meet capital adequacy ratio is one of the reasons for the revocation of licence in these cases, being in breach of a guideline issued by the Bank of Mauritius. All revocations of licences were made with the public interest in mind », a-t-il fait comprendre à la Chambre, en récusant la thèse de « political vendetta » dans le cas de la Bramer Bank du groupe BAI.