Une robe de mariée surnommée « Neymar ». Gonflé, hein ! Fallait l’oser. Et Shikha Boodhun l’a fait. Ce qui lui a valu d’être lauréate du Challenge du Commerce international 2016 à Metz le 21 avril dernier. Hormis son esprit créatif et l’originalité de sa stratégie marketing, les atouts de cette Mauricienne, établie à Nancy depuis quatre ans et fan de foot – de Manchester United de surcroît – sont qu’elle parle cinq langues : l’anglais, le français, l’hindi, l’espagnol et le créole. Et c’est toute fière que cette étudiante du Lycée Frédéric Chopin a une pensée spéciale pour son île. C’est sa pluralité linguistique qui l’a mené au succès, dit-elle.
En dépit de ses talents, plébiscités par ses professeurs, elle n’y croyait pas vraiment. D’autant qu’elle a failli, raconte-t-elle, échouer devant le jury le 21 avril dernier. Pourtant, son nom figure en tête de liste parmi les lauréats du concours régional Challenge du Commerce international 2016, dédié aux étudiants de deuxième année de BTS Commerce international, récompensant les travaux réalisés pendant leur stage de formation, sur un sujet lié à l’activité économique internationale. L’objectif est de sensibiliser les jeunes aux métiers de l’international, de les accompagner dans la poursuite de leur cursus à l’étranger et à renforcer les liens entre les professionnels du domaine et les établissements d’enseignement.
Shikha Boodhun a ébloui les membres du jury. Et ce n’est pas uniquement la robe de mariée, surnommée originalement « Neymar », qui l’a aidée. Mais principalement son travail assidu. En effet, poussée par ses professeurs du Lycée Frédéric Chopin, elle leur a présenté sa mission de prospection effectuée lors de son étage de neuf semaines à Bristol, Angleterre, pour la société Just For Bridal, durant sa première année d’études en avril 2015. «Mes professeurs m’ont dit que j’avais le potentiel pour relever ce challenge, et je me suis inscrite au concours », dit la jeune étudiante. Désormais lauréate, elle aura l’occasion de se rendre prochainement au Maroc pendant trois jours pour une mission de prospection.
Pour avoir du potentiel, la jeune Mauricienne en a. Elle parle cinq langues. « Ce sont mes atouts, surtout l’anglais», dit-elle. En effet, outre l’anglais et le français, elle parle aussi l’hindi, l’espagnol et le créole. Cette pluralité linguistique offre de véritables opportunités à l’étranger, dit la jeune fille. « Lorsque j’ai effectué mon stage à Bristol, c’était génial. J’ai créé et développé un projet de vente avec des stratégies de marketing efficaces afin de promouvoir les services et produits de ‘Just For Bridal’. Ce qui a contribué au succès, ce sont mes aptitudes en hindi. L’Angleterre compte beaucoup d’Indiens et grâce à mes connaissances, cela m’a permis de communiquer avec des clients et créer un lien de confiance qui font qu’ils ont adopté notre ligne de produits », raconte Shikha Boodhun.
Mauricienne, l’ancienne étudiante du collège Hindu Girls et de l’école primaire Hugu Otter Barry, et qui a quitté le pays il y a quatre ans, est une jeune femme pétillante d’ambition. Timide au départ, ses premiers pas au Lycée Frédéric Chopin ont été difficiles. « Passer le cap des études en anglais à des études en français n’a pas été facile. D’autant plus que je me trouvais dans un pays inconnu. Comme j’étudiais le commerce au collège Hindu Girls, j’ai opté pour un bac STMG (NDLR : Sciences et Technologies du Management et de la Gestion) », relate-t-elle. C’est là que tout change pour elle. Ses connaissances de la langue anglaise l’aident à se démarquer, car en Commerce international, l’anglais est un must. « Mais c’est aussi ma culture mauricienne qui m’a aidée à voir plus loin », précise-t-elle, dont les études pour un BTS en Commerce international qui lui ont permis de s’adapter rapidement et d’intégrer un monde qui la fascine. Sa source d’inspiration : son grand-père, Sewnarain Awatar, ex-deputy chief electoral commissioner et conseiller à la Commission électorale.
« A Maurice, les gens sont chaleureux et généreux »
En raison du départ de ses parents pour la France, c’est son grand-père et sa grand-mère maternels qui se sont occupés d’elle. « Avec mon grand-père, j’ai appris beaucoup de choses, dont la patience et la persévérance. Et il m’a inoculé sa passion pour le foot », dit-elle. Si bien qu’elle a trouvé un emploi à temps partiel au stade de foot de Nancy. Si son île natale lui manque beaucoup, Shikha Boodhun s’appuie sur sa famille : un élément capital pour garder son équilibre. «Mes parents, Nisha et Romy, sont très fiers de moi. Ils croient en moi, et c’est très important. Ils me soutiennent dans tout ce que j’entreprends. Ma petite soeur Meghna et moi sommes très proches », dit-elle. Et c’est grâce à sa tante qui vit à Bristol, en Angleterre, qu’elle a pu effectuer son stage au Just for Bridal. « J’ai profité de pouvoir loger chez ma tante pour effectuer ce stage qui a été un véritable boost dans ma carrière », dit la jeune étudiante. Elle a même fait l’objet d’un reportage dans l’édition de l’Est républicaine.
Aujourd’hui, à 20 ans, la lauréate du Challenge du Commerce international 2016 vise plus haut. Après son BTS, elle pense faire une licence et intégrer une école de Commerce pour compléter sa maîtrise. Par la suite, Shikha Boodhun envisage de devenir une vendeuse internationale. Ce qui lui permettra, rigole-t-elle, de joindre « le professionnel à l’agréable», car en dehors du foot, sa passion c’est le voyage. Elle adorerait découvrir l’Asie, par exemple. Et sans doute, elle visitera aussi Maurice. Pays dont elle s’est éloignée pour des raisons familiales, mais qu’elle garde au plus profond d’elle, car c’est à Maurice qu’elle a connu les véritables bases de la communication et du savoir-vivre : « A Maurice, les gens sont chaleureux et généreux. Nous avons une chaleur humaine qui n’existe nulle part ailleurs. Et c’est pourquoi lorsqu’on est à l’étranger, c’est plus simple pour nous de nous adapter. La communication devient facile. Et dans ma carrière, c’est un élément primordial ». Grâce à cette part de son île natale, qui se reflète dans sa personnalité et ses connaissances linguistiques, elle a gravi les échelons jusqu’à être lauréate d’un concours prestigieux à Metz. « If you go within yourself and you really want to achieve something, work hard in order to get to your goal», dit-elle.