MAURITIUS MUSIC EXPO - STEPHAN JAUFFRET-RÉZANNAH : “Professionnaliser et structurer le secteur”

Exporter la musique mauricienne. Le producteur Stephan Jauffret-Rézannah réunit des professionnels du milieu pour le MOMIX, qui se veut un espace de rencontres et de partages. Rendez-vous est donné le 4 et 5 octobre au Riu Creole (Le Morne). Le but recherché est de dynamiser le marché et d’envisager l’export. D’où ce premier marché de la musique, composé de conférences, de showcases et de rencontres.

Qu’est-ce que MOMIX ?
Une contraction de Mauritius Music Expo. C’est une plate-forme de rencontres professionnelle, destinée à ceux opérant dans le domaine musical : compositeurs, producteurs, éditeurs, managers, organisateurs d’événements. Bref, tous les acteurs de l’industrie musicale. Même si le terme “industrie” est pour le moment prématuré, car cela n’existe pas à Maurice. MOMIX se donne pour objectif de professionnaliser et de structurer le secteur.
MOMIX comprend deux conférences et des showcases avec Eric Triton, Menwar, Blakkayo, Les Inkonus, Kristel (Madagascar), Caribombo (Venezuela) et Tilounn (La Réunion). Jorez Box invite une vingtaine de professionnels de la musique à partager leur savoir-faire. Ils viennent de France, de l’Afrique du Sud, de Madagascar, des Seychelles, des Comores et de La Réunion.

Qu’entendez-vous par “professionnaliser” ?
Je me suis rendu dans le passé au WOMEX (World Music Expo). Et c’est là que je découvre ce qu’est un marché de la musique. Je comprends par la suite comment faire pour entrer dans un réseau professionnel et évoluer. WOMEX est un marché où l’on achète et où l’on vend de la musique. Aujourd’hui, il faut comprendre que l’artiste est un produit. Ce produit, c’est l’album et ce que propose l’artiste. Lorsque nous parlons d’industrie et de marché, cela implique que nous devons acheter et vendre. Nous parlons du business de la musique.

Concrètement ?
J’ai produit Eric Triton. Comment je fais si je veux que Triton fasse le tour du monde ? Rester chez moi et envoyer des mails aux programmateurs de festivals n’est pas viable. Je ne suis pas sûr que ceux-là me répondraient. En revanche, si je me rends à une rencontre de professionnels de la musique où je peux échanger avec eux, des relations humaines se tissent. Et cela constituera à la longue un réseau.

Quelle est l’importance du réseau ?
À La Réunion, par exemple, il y a une vingtaine d’artistes et de groupes qui s’exportent à travers des circuits professionnels. Je ne parle pas ici de bals ni de fêtes communautaires ! Nous parlons de festivals et de programmation dans des salles. Notre position géographique est notre problème principal. Car pour atteindre un plus gros marché, les artistes doivent se déplacer. Un encadrement pour la circulation des artistes est plus que nécessaire. Nous n’avons pas cela à Maurice. Et on ne bouge pas.

Nos artistes sont-ils exportables ?
Carrément ! Nous avons le potentiel. Sauf que beaucoup de groupes aujourd’hui ne sont pas structurés et non pas un label ni une production prenant en charge la promo, la vente, la programmation, le booking… Un artiste ne peut porter la casquette d’artiste, de producteur, d’éditeur, de manager… Nous avons à Maurice une culture qui veut que l’artiste doive s’occuper de tout cela. Tout cela ne peut être centralisé autour d’une seule et même personne. La structuration d’un groupe ou d’un artiste requiert des compétences.

Comment les avez-vous acquises ?
J’ai débuté Jorez Box comme un artisan. J’ai appris sur le tas. Sauf que le langage et les termes utilisés par les professionnels m’échappaient. J’ai suivi des cours, notamment en management, afin de me former à ce métier. Je ne parle pas de hautes études universitaires mais d’une formation de base en management. L’administration d’un groupe…

Est-ce dans ce but que sera organisé MOMIX ?
À Maurice, nous devons nous concentrer sur la formation. Je travaille depuis quelques années avec l’Indian Ocean Music Market (IOMMA), qui nous soutient au niveau de la formation. IOMMA nous subventionne afin que nous fassions venir des formateurs. Ces formations gratuites seront destinées à ceux dont la musique est le métier. Des formations sur le management, la communication d’un événement, le coaching scénique, les droits d’auteur et les droits voisins…

Que dire d’autre à propos de cette initiative ?
MOMIX est gratuit : la formation, les conférences, les showcases. Tout est gratuit. Ceci afin qu’un maximum de personnes en profite. Cela ne sert à rien de faire un marché de la musique si celui-ci n’est pas accessible. Nous communiquerons ultérieurement les modalités d’inscription pour les formations dispensées par Jean-Alain Roussel et celles avec l’Union Européenne.

En clair ?
D’abord se former. Ensuite, créer des connexions. Ce premier marché a pour but d’inviter des professionnels, leur dire de venir à Maurice pour comprendre le contexte. Et réfléchir ensemble à comment nous pouvons collaborer afin d’exporter, demain, la musique mauricienne à travers des réseaux professionnels, en vue de combler les lacunes existantes. MOMIX est ouvert à tous ceux qui veulent opérer dans le secteur musical. J’estime que dans le moyen terme, Maurice aura un circuit musical professionnalisé, moins amateur.