ME SIV POTAYYA, AVOCAT : « Un avocat doit comprendre le devoir de sa profession »

Vendredi dernier, 27 nouveaux avocats se sont ajoutés au Roll of barristers de la Cour Suprême. Chaque année, ils sont nombreux à embrasser cette profession qui séduit. Au fil du temps, avec l’évolution de cette profession et suite aux récentes secousses au sein du barreau, Me Siv Potayya observe qu’il y a un grand besoin que les femmes et hommes qui exercent ce métier retournent à leurs obligations initiales d’homme de loi telles que définies dans le Code of Ethics. Dans l’entretien qui suit, Me Siv Potayya revient sur les devoirs d’un avocat et l’importance que les jeunes continuent à assurer un travail d’excellence en prenant en compte les obligations et les limites. « Les obligations d’un avocat ne se limitent pas à une Cour de Justice », souligne Me Siv Potayya.

Qu’est-ce qu’un avocat ?
Tout le monde peut devenir avocat mais tout le monde ne peut pas être avocat. Selon la Law Practitioners Act de 1984, un avocat, avant tout, un Law Practitioner, peut se prévaloir du titre de “Barrister” une fois qu’il a prêté serment devant la Cour suprême et que son nom est inscrit sur le Roll des avocats comme tenu par le Master de la Cour suprême. Quelqu’un ayant fait des études en droit et qui n’a pas prêté serment comme avocat, n’est pas un avocat mais un diplômé en droit.

Parlez-nous de cette profession…
Le métier d’avocat est un fardeau dont la vie nous gratifie et il faut l’assumer avec plaisir et dévouement. Il faut être ferme par tempérament et flexible par réflexion. Un avocat doit comprendre que le devoir de sa profession est surtout envers les cours de justice et non d’être le mouthpiece du client. Un avocat n’est pas là pour plaire au client. La Cour suprême, dans l’affaire HURNAM D, BARRISTER-AT-LAW 2008 SCJ 17a eu l’occasion de définir cette profession : « … the Bar is no ordinary profession or occupation. These are not empty words, nor is it their purpose to express or encourage professional pretensions. They should be understood as a reminder that a barrister is more than his client’s confidant, adviser and advocate, and must therefore possess more than honesty, learning and forensic ability. He is, by virtue of a long tradition, in a relationship of intimate collaboration with the judges, as well as with his fellow-members of the bar, in the high task of endeavouring to make successful the service of the law to the community. That is a delicate relationship, and it carries exceptional privileges and exceptional obligations. »

Quelles sont les obligations d’un avocat ?
Les obligations se trouvent dans le Code of Ethics of Barristers. Ces obligations ne se limitent pas à une Cour de Justice mais à tous les aspects du travail d’un avocat et souvent au-delà de sa profession. Comme le souligne le rapport Entry to the bar Working Committee de Lord Neuberger of Abbotsbury en 2007, un avocat, c’est une combinaison, entre autres, de plusieurs qualités telles que l’intégrité, la dévotion, la persévérance, les compétences organisationnelles, un bon jugement et la maîtrise de la langue. Le Code d’éthique des avocats est entré en vigueur le 1er janvier 1998 et « doit être le Vademecum de tout homme de loi », avait souligné Sir Hamid Moollan Q. C… Le Chef juge dans son discours lors de la prestation de serment se fait un devoir, chaque fois, de rappeler le fonctionnement de cette profession. C’est malheureux qu’avec le temps, certains oublient leurs obligations. Un avocat qui pratique doit toujours avoir une copie du code d’éthique devant lui.

Chaque année, il y a un bon nombre de jeunes qui prêtent serment comme avocat, que leur conseillez-vous ?
Il y a une grande différence entre obtenir un permis de conduire et conduire. Après les études, prêter serment n’est pas une fin de parcours car c’est là que commence l’engagement professionnel. Je constate que nombreux sont ceux qui, après avoir prêté serment, au lieu d’être rattachés pendant quelque temps à l’étude d’un Senior pour apprendre le travail, préfèrent se mettre à leur propre compte. C’est là le problème car aujourd’hui les jeunes sont impatients. Ils veulent gagner beaucoup d’argent vite, avoir des berlines et porter des vêtements griffés. Le résultat, c’est qu’au lieu de traiter des dossiers comme il faut, ces jeunes sans expérience font ce que les clients leur demandent et s’égarent à l’encontre de l’éthique professionnelle. Même si c’est pour travailler gratuitement pendant quelque temps, un jeune avocat doit toujours être attaché à un Senior qui saura le guider et le conseiller sans dédaigner d’être réprimandé.

Pensez-vous qu’il y a trop d’avocats dans ce pays ?
Le nombre croissant d’avocats qui prêtent serment n’est pas un problème car les cas à traiter sont différents. Auparavant, les affaires légales concernaient plutôt des affaires civiles ou criminelles. Mais aujourd’hui, d’autres activités ont pris le dessus avec le nombre de sociétés dans les services financiers et l’offshore. Toutes ces filières opèrent dans un système juridique qui devient de plus en plus complexe et il nous faut des avocats dans tous ces domaines. La profession d’avocat est en pleine mutation. Comme l’a dit le Chef juge lors de la prestation de serment vendredi dernier, un avocat est reconnu par son dur labeur.

Avec de récents événements où des avocats ont été pointés du doigt, l’on évoque des brebis galeuses dans cette profession…
Tous les avocats sont passés par des études de droit avec la mission de pratiquer et d’être des boucliers de la justice. C’est une passion qui anime quelqu’un qui veut devenir avocat. Malheureusement, beaucoup n’ont pas l’opportunité d’être encadrés. C’est souvent le manque d’encadrement qui les pousse à ne pas respecter le code d’éthique de cette profession noble. Il y en a d’autres qui ne savent pas accepter les conseils de leurs aînés. Certains jeunes dans la profession se prennent pour des personnes importantes et s’égarent souvent dans ce métier qui exige une certaine rigueur. Ils obéissent à l’argent facile et hélas oublient leur carrière.

Comment l’avocat doit-il se comporter vis-à-vis de la presse ?
Je fais référence à l’article 2.3 du Code d’éthique qui stipule « A barrister shall not – (a) engage in conduct, whether in the pursuit of his profession or otherwise, which is – (i) dishonest or otherwise discreditable to a barrister ». Il peut parler à la presse mais avec beaucoup de retenue. Il peut parler d’ordre général sans porter atteinte au devoir de confidentialité. Un avocat a des devoirs envers la cour, le juge, le magistrat, les officiers de la cour ainsi que les plantons et ses confrères et consœurs. Il y a des privilèges certes, mais l’avocat est un homme libre doté cependant d’obligations. Quand on a prêté serment en tant qu’avocat, même si par la suite on devient un parlementaire ou ministre par exemple, il faut continuer à garder ce même décorum. On est avocat partout et avant tout !