MENACES DE MORT CONTRE LE LEADER DU PMSD : Le PM: Aucune sanction contre Soodhun

Il “regrette” les propos de son ministre qu’il trouve “pas corrects”

« Un langage imagé ». C’est ainsi que le Premier ministre qualifie les propos de Showkutally Soodhun à l’encontre de Xavier Duval. Propos « regrettables » et « pas corrects » qui ont sans doute dépassé sa pensée et qui ne reflètent pas le caractère du VPM, selon Pravind Jugnauth. Laissant le soin à la police de mener son enquête à la suite de la plainte déposée par le leader de l’opposition, il n’a aucune intention de demander à son ministre de démissionner ou de le sanctionner. Mais les membres du MSM sont avertis : ils doivent surveiller leurs propos pour éviter tout sujet à polémique. C’est ce que Pravind Jugnauth a indiqué à la presse hier à l’issue du Bureau politique du MSM, au Sun Trust, où les membres du parti ont passé en revue cette affaire et abordé, entre autres, les élections partielles.
« Li regrettable ki mo kamarad Soodhun finn servi enn tel langaz vis-à-vis leader de l’opposition. Mo pa pensé li correct, surtout vu so l’expérience ki li ena dans politique », a commenté hier Pravind Jugnauth. Certes, il n’aurait pas dû utiliser de tels propos, concède le chef du gouvernement. Cependant, dit-il, présumant que Showkutally Soodhun s’est laissé emporter par l’émotion en voulant exprimer son désaccord avec certaines critiques émises par Xavier Duval, il peut comprendre son VPM. » Les mots finn dépasse so pensée », dit-il. Et d’ajouter que « nou tou konn Showkut kouma été. Nou koné li pa pou pran enn fizi pou ale tir enn kout balle lor leader de l’opposition. » Ce sujet a ainsi été abordé lors du BP MSM, durant lequel le Premier ministre a profité de l’occasion pour une mise en garde à ses membres. « Monn dir mo bann collègues ki nou bizin veyer à ce ki nou pa tenir ban propos ki pa pou sujets à bann polémiques », dit-il.
Qu’en sera-t-il du sort réservé à Showkutally Soodhun ? Le Premier ministre ne voit pas la nécessité de prendre des sanctions contre le VPM. Selon lui, suivant la déposition de Xavier Duval, il y a une enquête ouverte et c’est à la police de faire son travail. Cependant, il a eu une conversation avec le président du MSM, durant laquelle il a eu l’occasion de lui remonter les bretelles, dit-il. Justifiant l’absence de Showkutally Soodhun du Conseil des ministres hier, Pravind Jugnauth soutient que le VPM l’avait déjà prévenu et que cela n’a rien à voir avec cette histoire de menaces. Il indique également que le déplacement du ministre des Terres et du Logement à l’étranger était prévu depuis longtemps.

« L’enquête pou dire  si ena offense ou pas »
Pourquoi jusqu’ici le VPM n’a-t-il pas encore été inquiété par la police ? Pravind Jugnauth répond que « c’est à la police de déterminer s’il y a, après enquête, des arrestable offences. » Disant ne pas souhaiter entrer dans les détails de ces propos, il indique avoir abordé ce sujet avec le commissaire de police et que la police est en train d’agir en toute indépendance. Malgré l’insistance de la presse à l’effet qu’outre les menaces il y a aussi eu, dans les propos du VPM à l’égard du leader de l’opposition, « mensonges » et évocation du Parlement, le PM réplique « mo pa pou fer magistrat et juge enn zafer. Mo laisse l’enquête fer. » Il indique ne pas vouloir commenter par un jugement qui risque de porter préjudice à l’enquête en cours. À ceux qui évoquent que de tels propos peuvent semer le trouble à la paix sociale, le chef du gouvernement insiste que « l’enquête pou dire si ena offense ou pas ».
Ainsi, il ne demandera pas à Showkutally Soodhun de step down le temps de l’enquête, car il n’y voit pas de motif. Serait-ce qu’il ait peur de Showkutally Soodhun, qui aurait menacé que s’il était amené à la démission, le gouvernemnt devrait lui emboîter le pas ? Pravind Jugnauth, irrité, rétorque : « C’est absolument faux ! »            « Ena dimoun pe invente ban propos, pe dire linn menace ceci, cela », déplore-t-il. Et si le nombre de déclarations malencontreuses de Showkutally Soodhun ne cesse de croître, le PM indique qu’il ne tient pas compte des déclarations rapportées par la presse. « Moi mo pa au courant, mo ena mo travay pou fer, mo pe fer mo travay. »
S’agissant de la date de la tenue des élections partielles à Belle Rose/Quatre Bornes, Pravind Jugnauth fait durer le suspens. Le sujet a certes été abordé lors du BP hier, mais « c’est en temps et lieu » qu’il en fera part à la population. Il ne veut pas non plus dévoiler ce que sera la participation du gouvernement à ces partielles et balaie d’un revers de main toutes les rumeurs qui parlent de rapprochement du MSM avec le MMM. « Pena okenn rapprochement avec personne », lance-t-il.
Interrogé sur son implication dans la bande sonore faisant état d’une conversation de Dawood Rawat concernant la BAI avec Satar Hajee Abdullah et Swaleck Taher et dans laquelle son nom est mentionné et on entendrait sa voix, Pravind Jugnauth est sorti de ses gonds. « Ki mo ena pou fer ek sa ? » demandent-il, affirmant que  « mo pena okenn implication ladan moi ». À l’effet qu’on entendrait sa voix clairement lors de cette conversation, il demande :     « Kot sa ? Pour dire koi ? » Le PM soutient ne pas être au parfum de cette bande sonore et met en doute son authenticité. « Cela a été fait par qui ? » demande-t-il, arguant que « sur YouTube, ena tout qualité kiksoz en circulation. »
À la question de « est-ce que lors des négociations entre Dawood Rawat, Satar Hajee Abdullah et Swaleck Taher il aurait reçu un coup de fil de Satar Hajee Adbullah », Pravind Jugnauth, hors de lui, déclare : « Si ena kik allégations ki fer contre moi, mo attan ban allégations la ! Et compte lor moi, mo pou réponn à sa ban allégations la. Mais vinn en bonne et due forme. Vinn établir kisannla finn koz are kisannla et ki authenticité sa bande sonore la ! »
Au sujet des amendements au Finance Bill, qui favoriserait, selon le MTC et les partis de l’opposition, un opérateur en particulier, soit SMS Pariaz, dont le promoteur est Michel Lee Shim, un financier des partis politiques, le leader du MSM réplique que «c’est totalement faux en ce qui me concerne ». Renvoyant à son summing-up lors des débats sur le Finance Bill mercredi, il indique que « nou koné ki MTC inn devini zordi ». Il s’attendait, dit-il à ce que lors de sa conférence de presse le président du MTC revienne sur les exemples qu’il a cités au Parlement, dont « les magouilles et truquages de courses », des jockeys qui consomment de la drogue et qui montent néanmoins au Champ de Mars, des arrangements concernant les écuries qui remporteraient telle ou telle course, des fiestas de jockeys qui ont perdu des courses, et d’autres fêtes entre jockeys, bookmakers et entraîneurs  « Mais cela n’a pas été le cas et je trouve cela drôle que le président n’a pas réfuté, car c’est cela qui concerne le MTC », estime Pravind Jugnauth. Selon lui, on ne peut plus accepter de telles choses.
Finance Bill : stopper la magouille des courses
S’il affirme n’avoir rien contre le président du MTC en tant que personne, en dépit des « faux propos » qu’il a tenus dans sa conférence de presse, tout comme il n’a rien contre quiconque d’autre, son objectif est d’assainir les courses. « Kan mo trouv enn situation kinn pourri, enn situation kinn détérioré, kot éna magouille, et en plus l’argent la drogue pé circuler, kot pe fer pari pou fer blanchiment l’argent, mo kapav dir sa bann mézir la c’est pou mette lordre », dit-il. Certes pas d’un coup, concède le Premier ministre, conscient qu’il y a d’autres mesures qui devront être prises, mais c’est un début.
Une situation tout de même paradoxale, alors que le Chairman de la GRA est toujours en poste, alors que plusieurs allégations ont été faites à son encontre devant la Commission d’enquête sur la drogue. À cela, Pravind Jugnauth rétorque que « la commission d’enquête, li pa enn cour de justice kinn fini juge enn dimoun. Ena témoignage devant la commission. Mo laisse li fer so travail. Mo pa lé fer okenn commentaire sur sa bann témoignages que certaines personnes finn vinn mett devant la commission ». S’interrogeant sur la véracité de ces témoignages, il rappelle que « ena dimoun inn condamné pou trafic de drogue ki dans prison pe vinn donne témoignage. Mo pa koné, nou bizin vérifier ki zot véracité. »
Et de souligner que » ena dimoun inn cassé couma avocat, car zot ti condamné par un magistrat à l’époque, kinn vinn juge azordi. Et zordi, samem dimounn pe vinn tir contre samem dimounn kinn juge li la », note-t-il. C’est pourquoi il faut connaître la véracité des propos tenus devant la commission. D’autant que pour certaines enquêtes mentionnées devant la commission, et qui ont été soumises au DPP, le DPP a jugé qui’il n’y a pas de case, car pas de preuve, plaide le Premier ministre. Pravind Jugnauth dit ainsi suivre de près le travail de la commission et attend son rapport pour émettre son opinion. Il dit espérer que d’autres avocats seront aussi appelés à témoigner devant cette commission pour plus d’éclaircissements.
Le leader du MSM n’a pas souhaité commenter les propos tenus par le Deputy Speaker à l’égard de la commission d’enquête.     « C’est son opinion. Il a dit ce qu’il pense en tant qu’individu. » Le Premier ministre laisse comprendre que Sanjeev Teeluckdharry n’est pas mandaté pour parler au nom du gouvernement et que son opinion n’est pas celle du gouvernement. « Si ena pou dire kiksoz, c’est moi ki pou dir li », a conclu Pravind Jugnauth.

 
ÉTIENNE SINATAMBOU : «Des propos malheureux, mais pas des menaces »
C’est fort de ses 35 ans - qu’il célébrera l’année prochaine - en tant qu’avocat qu’Étienne Sinatambou a défendu son collègue ministre et vice-Premier ministre, hier matin lors de la conférence de presse hebdomadaire du gouvernement. C’est Étienne Sinatambou lui-même qui a tenu à faire ressortir son expertise en matière légale pour défendre bec et ongles Showkutally Soodhun après que celui-ci a déclaré publiquement son envie de tuer le leader de l’opposition Xavier-Luc Duval. Face à la presse qui l’interrogeait sur le dérapage de langage, le porte-parole du gouvernement n’a eu de cesse de brandir les mêmes arguments pour faire comprendre que le VPM n’a commis aucune offense.
Si selon Étienne Sinatambou Showkutally Soodhun a en effet « tenu des propos malheureux », en revanche, ces mêmes paroles « ne sont certainement pas des menaces ! » Et plus tard, en répondant à une question de Week-End, Étienne Sinatambou confirmera que le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a lors d’une rencontre avec Showkutally Soodhun abondé dans le même sens. Le porte-parole du tandem MSM-ML, était certes d’avis que Showkutally Soodhun « aurait pu nous faire l’économie de ces propos. » Mais « la portée de ces propos a été exagérée [ ] pou anflam dimoun ! »
Alors que la vidéo de la polémique qui a fait le buzz est en ligne depuis ces derniers jours, Étienne Sinatambou a affirmé ne l’avoir toujours pas vue. Mais en se basant sur le verbatim des propos incriminés, il a mis en avant sa maîtrise de la chose légale en expliquant : « Ladan ou kapav deplor bann propo-la, ou kapav pa dakor ar propo-la, ou kapav pa kontan propo-la. Me si ena enn kiksoz ki propo-la na pa ete, se sertenemen pa bann menas profere a-legar Xavier-Luc Duval. Partou mo pe trouv pe koze : des menaces ont été proférées à l’égard de Xavier-Luc Duval. Je vous assure qu’en droit, ce ne sont pas des menaces. Ena enn espes grosisman exazeration politik ki pe fer ar sa [ ]. »
Étienne Sinatambou a expliqué qu’il a une autre lecture des propos de Showkutally Soodhun que celles avancée par certains qui croient qu’il y a eu violation de la loi et du Code pénal. Aussi, pour lui, l’affaire ne relève plus de la politique puisque « Monsieur Duval a choisi le recours juridique. » Et d’assurer que, désormais, c’est aux autorités compétentes et concernées de faire leur travail. Toutefois, Étienne Sinatambou s’est dit choqué par les craintes émises par le leader de l’opposition dans le sillage de sa déposition aux Casernes centrales vendredi denier.
Xavier-Luc Duval a dit craindre pour sa sécurité et ses prérogatives constitutionnelles. Car, selon Étienne Sinatambou, le leader de l’opposition et Showkutally Soodhun ont affiché une bonne entente mutuelle au Parlement depuis mardi. Renvoyant la presse aux images des travaux parlementaires, il a affirmé voir les deux protagonistes de la polémique « pe koze, pe riye. » S’interrogeant sur les intentions de ceux qui « grossissent » cette affaire, Étienne Sinatambou pense avoir trouvé une explication. « C’est pour scorer des points, faire de la démagogie, pour jouer sur les sentiments et les émotions de la population. »
Mais poussant son analyse plus loin, le porte-parole du gouvernement, qui a confié avoir « asize e reflesi » sur la question, croit fermement que l’opposition a trouvé l’astuce pour dévier l’attention de l’opinion publique. Selon Étienne Sinatambou, depuis que le gouvernement a « remporté son match contre l’opposition » au Parlement par rapport aux amendements à la GRA Act et la carte d’identité nationale mercredi dernier, celle-ci s’est sentie acculée. « À partir de mercredi soir, l’opposition n’était plus in the limelight, ne pli ena rol [ ] Aussi, le fameux candidat du PMSD ne décolle pas au No°18. Il n’arrive pas à convaincre. Eski pa pe vinn rod sinpati ? »