On n’apprendrait vraiment rien de très nouveau aux citoyens de notre pays en leur rappelant que la période de février-mars a toujours été celle des conditions climatiques extrêmes. La plupart des gros cyclones dévastateurs, à l’instar des Carol (1960), Gervaise (1975) et Hollanda (1994), ont visité Maurice durant cette période précise. Et même pour ce qui est des épisodes de pluies diluviennes, beaucoup se souviennent encore que suite aux passages successifs des cyclones et dépressions tropicales Claudette (décembre 1979), Hyacinthe et Jacinthe, le pays a été sous l’influence d’une très grosse masse nuageuse qui avait persisté tout au long de février et mars 1980. Toutefois, de mémoire d’homme, jamais il n’aura autant plu à Port-Louis en une seule journée, comme cela a été le cas en ce samedi 30 mars, veille de la fête de Pâques.
Les 152 mm de pluies enregistrés en moins de cinq heures (entre 10h00 et 15h00) rien qu’à Port-Louis pourraient avoir battu tous les records archivés jusqu’ici. On aura plus de détails à ce sujet quand l’Office de météorologie national procédera à des analyses plus approfondies dans le courant de la semaine.
D’un point de vue statistique, ce qui est déjà confirmé à ce stade c’est que du 1er au 28 février 2013, la moyenne de pluviosité sur l’ensemble du pays avait été de 487 mm. Un chiffre qui avait déjà largement dépassé la moyenne à long terme du mois pour les années précédentes. En effet, la moyenne à long terme établie pour le mois de février – d’après les relevés effectués entre 1971 et 2000 – est de 335 mm. Or, hier, en l’espace de quelques heures seulement, Port-Louis a recueilli 152 mm de pluie !
Dans un autre registre, il est fort probable que dans les prochains jours – le temps que le pays fasse le deuil des malheureuses victimes des inondations d’hier – des questions vont pleuvoir (sinon être renouvelées) concernant la qualité réelle des prévisions météorologiques dans notre pays. Par exemple, le bulletin de la station nationale de Vacoas ne pouvait-il pas être plus explicite sur l’ampleur des pluies ? D’une aridité tout en contraste avec le temps qu’il a fait, le bulletin publié par la station s’était contenté de prévoir « un ciel mi-couvert avec ondées occasionnelles, (…) des périodes nuageuses avec averses principalement sur les hauteurs et des averses qui pourraient être modérées accompagnées d’orages ».
Certains, comme le leader de l’opposition, Alan Ganoo, pointent déjà du doigt
« les institutions, dont la météo, qui n’ont pas su mettre en garde la population ». Cependant, s’il est établi que faute il y a eu dans les prévisions mauriciennes, il faudrait également que le Centre météorologique régional de la Réunion – de loin beaucoup mieux équipé en radars, et auquel se fient désormais de très nombreux internautes locaux – soit également remis en question. Il est vrai qu’assez tôt, hier matin, le bulletin météo du centre réunionnais avertissait que le temps serait globalement mauvais sur la région. Mais il parait que les météorologues réunionnais aient, eux aussi,été pris de court par des intempéries dont ils n’avaient prévu l’arrivée que… « dans les prochains jours ». À 18h00, vendredi, on pouvait effectivement lire ce qui suit dans le bulletin émis par le centre réunionnais concernant l’activité cyclonique et les conditions météorologiques tropicales sur le sud-ouest de l’Océan Indien :
Partie 1 : Avis spéciaux en cours : néant
Partie 2 : Activité dans le domaine tropical : (…) une zone de temps perturbé avec présence de nombreux foyers orageux existe entre 12° Sud/20° Sud et 58° Est/65° Est (ndlr : les latitudes et longitudes recouvrant l’Île Maurice). L’activité convective dans ce secteur est entretenue par une convergence de basses couches importante en limite Nord-est de la poussée d’alizé associée à l’anticyclone présent au Sud de Madagascar, et par une bonne divergence d’altitude en entrée gauche du jet subtropical. Au cours des prochains jours, cette zone de temps perturbé devrait gagner vers l’Ouest et concerner le secteur La Réunion-Maurice.
Il se pourrait bien donc que les météorologues mauriciens comme leurs collègues réunionnais aient été pris de vitesse par ce fameux « temps perturbé » même si, concédons-le, la météorologie n’est pas encore devenue une science exacte et ne le deviendra probablement jamais.