Alors que des habitants de La Butte, s’appuyant sur le rapport du groupe d’ingénieurs japonais JICA, n’ont eu de cesse d’alerter les autorités sur la dangerosité de cette zone, très connue pour ses risques de glissement de terrain, un exemple concret de leur argument s’est produit hier avec l’écroulement d’une route provoqué par une construction.
Des habitants alarmés se posent plusieurs questions : comment le promoteur a-t-il pu obtenir son permis de construction et quel impact aura un projet d’une envergure telle que le Metro Express si un simple chantier a causé l’affaissement d’une route, des fissures aux murs d’une maison se trouvant à côté et la dégradation d’un tuyau principal de distribution d’eau de la CWA?? « Le projet Metro Express représente un risque énorme », disent-ils.
Les dégâts sont survenus dans le cadre d’une construction à La Butte, tout près du magasin Kalachand. « Si une simple construction est en train de causer de pareils résultats, imaginez l’ampleur des dégâts avec le Metro Express », déclare Azam Rujabali, un habitant de la localité. « On l’a souligné à plusieurs reprises. C’est une zone fragilisée », ajoute-t-il, tout en nous montrant les craquelures sur une maison adjacente. « Cette maison est susceptible de céder. Il faut stopper cette construction », prévient-il.
Pour Me Krishna Sawoo, qui a aidé les habitants dans la préparation de la mise en demeure qu’ils devraient déposer en Cour suprême incessamment, le Metro Express est un projet dénué de sens. « Lors d’une conférence de presse vendredi, j’ai souligné qu’il y a un rapport du groupe japonais JICA, qui dit que La Butte, elle-même sur le tracé du Metro Express, comporte de forts risques de glissement de terrain. Et c’est arrivé hier », relève-t-il. « Ce glissement de terrain soulève la question suivante : dans quel cadre ce permis a-t-il été octroyé ?? Tout porte à croire que c’est illégal, car il aurait fallu qu’il y ait un mur. Deuxièmement, comme c’est une rue piétonne, il aurait fallu laisser au moins trois mètres de distance. Or, ce n’est pas le cas. On a carrément empiété sur la rue. Il n’y a par ailleurs aucune indication pour dire qu’il y a un chantier. On voit bien que ce serait vraiment irraisonnable de faire passer le Metro à La Butte. C’est un gros risque ! »
Pour sa part, l’ancien Lord-maire Omar Khooleegan, qui était sur le site ce matin, avance que le promoteur a reçu son permis de construction « en bonne et due forme » l’an dernier. Toutefois, nuance-t-il, « d’après ce qu’on peut voir en premier lieu, c’est qu’il n’a pas respecté les travaux d’excavation et a fouillé plus qu’autorisé. Mais ce constat n’est pas final. On attend les constats des représentants des ministères et de la mairie pour déterminer la source du problème ».
Déracinement
Interrogé quant à l’octroi du permis par la mairie l’an dernier alors que cette zone est réputée à risques, Omar Khooleegan soutient que « nous avons un rapport de Japonais qui montre qu’autrefois la zone était à risque, mais que tel n’est plus le cas aujourd’hui ». Il indique que les Japonais ont fait des études et ont affirmé que la zone n’était pas à risques. « Nous pouvons continuer à émettre des permis. D’ailleurs, vous avez des appartements qui ont été construits récemment tout près et qui ont été vendus sans problème », insiste l’ancien Lord-maire.
La mise en demeure que devraient soumettre les habitants en Cour suprême met en avant notamment le problème écologique, de nuisance et de pollution de l’air qu’est susceptible d’engendrer le Metro Express. Deuxièmement, la mise en demeure questionne pourquoi un moyen de transport moins cher et efficace n’a pas été considéré, et demande par ailleurs si le gouvernement obligera les automobilistes à délaisser leur voiture pour le Metro Express. « Ces habitants sont attachés à ce quartier, observe Me Sawoo. Certains sont là depuis 40 ans. C’est un déracinement ». À Azam Rujabali de montrer une partie de la montagne près de La Butte toujours verte même en temps de sécheresse. « Cela démontre qu’il y a une présence d’eau permanente là. C’est vraiment une zone à risques ».
Ce matin, le Lord-maire, des ingénieurs de la mairie et des géotechniciens étaient sur place pour dresser un constat alors que d’autres représentants ministériels étaient aussi attendus.