MÉTRO EXPRESS: Le tracé de la discorde

Après la pose de la première pierre, la semaine dernière, les premiers coups de pioche ont été donnés cette semaine au Caudan, dans le sillage de l’entrée en chantier, en juin prochain, du Métro Express. Un projet évalué à quelque Rs 17 Mds, qui vise à fluidifier le trafic entre Curepipe et Port-Louis, en passant par plus d’une quinzaine de stations. Long de 26 km, ce tracé se heurte cependant à de nombreuses contestations et soulève plusieurs interrogations.
Subventionné à hauteur de Rs 9,9 Mds par le gouvernement indien, le Métro Express devra être une réalité en 2021. Le tracé, dont le design a été établi par la Singapour Corporation Entreprise, a été dévoilée lors d’une projection 3D, à l’occasion de la cérémonie de pose de première pierre par le Premier ministre. Long de 26 km, il touchera 19 stations, incluant les Urban Terminals des cinq villes, amenés à devenir de nouveaux pôles d’activités économiques intégrant métro, magasins et espaces de restauration, entre autres. Le trajet entre Curepipe et Port-Louis et dont le coût n’a pas encore été évalué, via le métro, devrait prendre 40 minutes.
Le temps d’attente prévu entre chaque départ de wagon est de 3 minutes, via Curepipe Sud, Curepipe Nord, Floréal, Sadally, la gare routière de Vacoas, la station Palmerstone et le rond-point de Phœnix. Après, ce sera Trianon, St-Jean, Quatre-Bornes et la station Avenue Victoria, avant l’actuel marché de Belle-Rose et Rose-Hill, puis l’avenue Vandermeersch vers la station Révérend Lebrun, Beau-Bassin et la Nelson Mandela Station. Direction ensuite la station Richelieu – où se situera le dépôt du Métro Express – et la station de Rivière Noire. Cela, non sans avoir croisé l’auto-pont reliant à  Coromandel l’AI au MI, à Sorèze. Il restera alors trois stations avant d’arriver à St-Louis, Victoria et, finalement, à Immigration.
Début des travaux en juin
Si le tracé, cadré sur l’ancien tracé établi sous l’ancien régime, inclut des sites traversés autrefois par le train, il demeure qu’avec la construction de nouvelles routes et la présence de bâtiments résidentiels, commerciaux et industriels, les autorités devront tenir compte d’un dual track en parallèle à nos routes pour la construction des rails. Est aussi prévu des bus to rail interfranges ainsi que des viaducs à plusieurs endroits pour faciliter le trafic des automobilistes qui seront stoppés sur leur trajet à l’aide des feux de signalisation. 
À ce jour, les autorités sont encore en pourparlers avec certains propriétaires de terrains dans le cadre du Compulsory Land Acquisition Process engendré pour l’installation des rails. Selon nos informations, le 14 avril prochain, les deux compagnies indiennes AFCONS et Larsen & Tourbo soumettront leurs offres en vue de la conception et la construction du Métro Express. Les contrats seront alloués à l’une d’entre elles en mai, et les travaux devront démarrer en juin. Toutefois, des retards ne sont pas à écarter au vu des nombreuses contestations auxquelles se heurte le projet. 
Outre l’opposition qui déplore le manque de transparence derrière le Métro Express et les craintes soulevées par les employés du secteur du transport, plusieurs propriétaires de terrains, en sus des maraîchers et autres colporteurs, contestent leur délogement. Avec l’introduction d’un nouveau mode de transport sur nos routes, parallèlement au trafic habituel, des questions relevant de la sécurité des automobilistes sont aussi soulevées, tenant compte du track record des accidents à Maurice.



Des contestations de tous bords
Alors que les autorités ont célébré en grande pompe, la semaine dernière, la pose de la première pierre du Métro Express qui devrait devenir réalité dans quatre ans, ce projet provoque une levée de boucliers. Après les maraîchers de Belle-Rose et le syndicat des employés du transport, les voix de l’Association des consommateurs de l’île Maurice (ACIM) et de l’opposition s’élèvent, déplorant le manque de communication. Plusieurs riverains et commerçants qui sont amenés, suivant la Compulsory Land Acquisition, à céder leur propriété s’opposent à leur délogement. Mais les autorités sont bien décidées à aller de l’avant. “Il s’agit d’un projet d’intérêt national”, dit-on au ministère des Infrastructures publiques. Le ministre de tutelle annonce, lui, la mise en place d’une cellule qui s’occupera, au cas par cas, du problème d’acquisition de terrains et d’habitations.
Long de 26 km, entre Curepipe et Port-Louis, le tracé du Métro Express nécessitera la destruction de plusieurs bâtiments, bureaux et maisons privées, dans différentes régions. Parmi, le marché de Belle-Rose, Arab Town à Rose-Hill, des terrains de jeux à Barkly et des maisons à Richelieu, entre autres, sans compter les lampadaires et autres espaces verts – dont le parcours de santé à Vandermeersch – qui seront éliminés sur le tracé. Si à ce stade, selon les autorités, 84% des terrains sur le tracé ont déjà été acquis et transcrits au nom de l’État, il nous revient que des 88 portions de terrains acquis, 33 comprennent des constructions, dont des maisons. Cependant, selon nos informations, 12 portions de Private Land sont en cours d’acquisition alors que pour 14 autres portions, les autorités ont déjà effectué le paiement des compensations relatives. Pour 18 autres portions de terrains, les procédures de paiement sont en cours devant le notaire de l’État.
Quatre propriétaires parmi ceux qui ont été compensés ont, toutefois, accepté uniquement le intérim paiement prévu par la loi, en attendant que leur contestation du montant de la compensation proposée par les autorités soit entendue devant le Board of Assessment. D’autres refusent de bouger. En sus de perdre un terrain qui, pour beaucoup, est un héritage familial, déménager – qui n’était pas dans leur plan d’avenir – équivaut à un changement social.
Il nous revient que le montant des compensations, en fonction de l’emplacement et de la grandeur du terrain et du site lui-même, varie entre Rs  100,000 à Rs 25 M, tenant compte également d’une “disturbance injurious affection allowance.” Dans le cas des propriétaires qui ont des constructions sur leur terrain et qui refusent de céder leur emplacement – soit une vingtaine de cas sur les 33 portions avec construction, selon les autorités –, leur problème sera traité au cas par cas. C’est ce que fait ressortir le ministre des Infrastructures publiques, qui rappelle, néanmoins, que le Métro Express est un projet d’intérêt national et que, dans tous les cas, comme il est prévu selon la Land Acquisition Act, les sites identifiés deviendront propriété de l’État.
“Il faudra livrer au constructeur un terrain libre. Si nous ne voulons pas de retard sur le projet, nous devons respecter les échéances et livrer au contracteur le terrain en temps et lieu pour que les travaux démarrent en juin prochain”, dit Nando Bodha. Si les voix s’élèvent quant au silence des autorités face à ce projet, on apprend que depuis 2013, sous l’ancien régime, plusieurs terrains avaient déjà été acquis par le gouvernement d’alors, dans le sillage d’un projet de renouvellement du réseau routier. Or, plusieurs propriétaires, en dépit des notices publiées dans la Government Gazette, ne sont toujours pas au courant que leurs terrains ont déjà été transcrits.


Inquiets, des habitants de Richelieu: réclament une rencontre avec les autorités
“Il nous faudra partir? Où et quand?”, se demandent des habitants de Richelieu dont les maisons se situent, en principe, non loin du tracé du Métro Express. Rencontrés sur place, ils disent n’être encore au courant de rien quant à leur avenir dans le sillage du Metro Express. “Personne ne nous a parlé de ce qu’il nous adviendra. Nous avons appris à travers les médias que le Métro Express passera par chez nous, mais c’est tout!”, disent-ils. Visiblement un peu mieux informés sur le projet, Georginette Souchon, membre des forces vives de Richelieu, et Mario Maudarbacus, travailleur social, nous conduisent sur les lieux où passera le métro dans quatre ans. Il s’agit des régions connues comme Plateforme et Canal de l’eau lane.
“Voilà, ce sera ici le passage du prochain Métro Express”, nous indiquent-ils, sur place. “Autrefois, alors que la cité Richelieu n’existait pas encore et que cette partie de la région n’était pas habitée, le train circulait ici. On voyait encore les rails. Mais depuis, des travaux d’infrastructure ont été faits et les rails ont été recouverts”, expliquent nos interlocuteurs. “Si le métro passe effectivement là, près de 100 familles seront obligées d’aller vivre ailleurs. Nous ne sommes pas contre ce projet. Mais nous aurions souhaité que les autorités nous rencontrent et nous donnent tous les détails de ce qui nous attend. Nous ne voulons pas être mis au pied du mur. Qu’on ne nous prenne pas pour acquis!”, dit Georginette Souchon. Propriétaire d’une maison à Plateforme, un mécanicien explique: “Je vis là depuis 47 ans! Si le gouvernement m’indemnise et me demande de m’en aller, je ne serai pas contre, car les jours de grosses pluies, nous sommes envahis par l’eau. Mais je n’irai pas n’importe où!” De son côté, son voisin, un jeune homme, confie que sa famille vit dans le quartier depuis deux générations. “J’ai contracté un emprunt pour financer la construction de ma maison sur le terrain familial. Qu’en sera-t-il dans mon cas?”, se demande t-il, inquiet.