MEURTRE DE KISTANAMAH RAMANJOOLOO  : “Ti fer plan kokin dan jardin Plaine-Verte” 

Sharone Jackson, 30 ans, voisine de la victime Kistanamah Ramanjooloo qui devait fêter ses 79 ans hier, passe aux aveux dès son arrestation dans la nuit de vendredi à samedi 

Depuis vendredi après-midi, la région de La-Tour Kœnig est en état de choc. L’un des visages incontournables de cette zone résidentielle, Kistanamah Ramanjooloo, qui devrait fêter ses 79 ans hier et qui tenait une boutique bien connue, a été victime d’une agression mortelle. L’une de ses voisines, Sharone Jackson, 30 ans, figurant parmi les premiers suspects, a été interpellée presqu’au même moment que la découverte de la dépouille de la victime dans sa boutique. Très, les aveux de cette voisine devaient mettre les limiers de la Major Crime Investigation Team et du CID de Port-Louis sur la piste des trois autres complices, dont Nasser Ali Jeewon, alias Ti-Jockey, 41 ans, marchand ambulant de son état et habitant la route Militaire à Plaine-Verte. Les quatre meurtriers présumés ont comparu devant la Bail and Remand Court, hier matin, sous une inculpation provisoire de meurtre.
Dans ses aveux aux enquêteurs de la police dans la soirée de vendredi, Sharone Jackson a révélé que “nu ti fer plan pou alle kokin dan la butik bonfam kan nou ti jardin Plaine-Verte.” Les trois complices, en l’occurrence la voisine de La-Tour-Kœnig, Ti-Jockey et Aktar Hossenally, alias Malgache, 34 ans, habitant également la route Militaire, s’étaient rencontrés au jardin du faubourg de l’Est, ce vendredi, vers les 11h. Ils devaient monter un plan pour aller commettre un cambriolage dans la boutique Ramanjooloo à La Tour Kœnig vu que Sharone Jackson connaît mieux le mouvement des habitants de cette région.
Le quatrième suspect, Mohamad Nazeem Emambaccus, 35 ans, domicilié à la rue Alma à Vallée-Pitot, devait se joindre subséquemment au groupe. Après avoir mis au point les détails de ce cambriolage, les quatre suspects se sont embarqués dans un taxi pour se rendre sur les lieux en vue de commettre leur forfait. Les trois hommes s’étaient placés en embuscade pour ne pas éveiller des soupçons, le temps que Sharone Jackson arrive à convaincre la gérante d’ouvrir  son commerce parce qu’elle avait un besoin d’une bonbonne de gaz. Entre-temps, le dénommé Mohamad Nazeem Emambaccus devait quitter les lieux pour des raisons encore inconnues.
Une fois la porte de la boutique ouverte, les deux hommes ont surgi de leur cachette sont entrés de force à l’intérieur pour mettre à exécution le plan de cambriolage. En principe, la victime ne laissait entrer personne dans sa boutique à cette heure de la journée et servait ses clients à travers des barreaux. Au cours de la lutte, la septuagénaire mordit le doigt d’un des suspects, mais ils la bousculèrent brutalement en la renversant sur le sol.
Perdant l’équilibre, la boutiquière se cogna violemment la tête au sol. Ses agresseurs l’ont ensuite bâillonnée avant de prendre la fuite. L’intérieur du commerce était sens dessus dessous avec, à ce stade, aucune indication sur ce qui aurait été emporté. Sur place, le Dr Maudarbaccus du SAMU a certifié que Kisnamah Ramanjooloo avait déjà rendu l’âme. L’autopsie pratiquée par le Chief Police Medical Officer, le Dr S.K. Gungadin, a révélé qu’elle a été victime d’un étouffement et qu’elle portait de multiples blessures à la tête.
Alertée, la police de la Tour-Kœnig a coordonné les opérations sur les lieux du crime en attendant l’arrivée des limiers de la Major Crime Investigation Team, du CID Port-Louis (Sud), des éléments de la Scene of Crime Officers et de la Dog Section. Après une fouille dans la cour de la suspecte Sharone, qui habite en face de la boutique de la sexagénaire, Nanda Ramanjooloo, le fils de la boutiquière et des officiers de la police scientifique ont découvert un sabre, un couteau et un casque intégral. Au moment de son arrestation, la suspecte avait des traces de sang sur ses mains et ses vêtements, qui, selon la police, sont des signes qu’elle aurait lutté avec la victime. “Mo demann mwa ki zot ti pou fer avek enn sab”,  s’interroge Nanda, sous le choc, hier matin.
Averti par l’un de ses voisins, Nanda s’était rendu sur les lieux du drame quelques minutes après. “Dès que je suis arrivé, j’ai vu les cordons placés par la police. Un voisin m’a approché pour m’apprendre que ma mère avait été agressée par des voleurs et qu’elle gisait dans une mare de sang”, relate-t-il à Week-End.
Et de poursuivre: “Y a-t-il une raison pour qu’ils arrachent la vie d’une vieille de 79 ans qui gagnait sa vie tranquillement dans son coin? Je ne comprends plus. Ma mère était disponible pour ses clients. Elle ouvrait sa boutique à n’importe quelle heure pour les servir. Elle avait le cœur sur la main. C’est un coup très dur pour la famille. Personne n’aurait cru que ma mère allait mourir dans de telles conditions, de manière aussi barbare”, déplore son fils qui avait l’habitude de passer la voir quotidiennement avant de rentrer chez lui.
Ce drame, le jour du Vendredi Saint, a plongé toute cette région de La Tour Kœnig et de Terrasson sous le choc. Ainsi, Joseph, un voisin de la victime depuis plus de 30 ans, ne connaissait pas le vrai nom de la victime. Son épouse et lui l’ont toujours connue sous le nom de Tantinn. Ce n’est que vendredi après-mdi qu’il a su son nom. “Lorsque je suis venu habiter ici, Tantinn et Tonton (ndlr: l’époux de Kosnamah) venaient chaque matin vers 5h déposer du pain chez leurs clients à pieds. Ils parcouraient chaque jour plus d’un kilomètre. Ils étaient très courageux”, témoigne-t-il.
Vendredi vers midi, Joseph avait pensé se rendre à la boutique chez Tantinn pour acheter des gato banann, avec l’idée d’aller changer un billet de Rs 1,000, la voir pour prendre de ses nouvelles et la taquiner un peu, comme il avait l’habitude de faire. “J’ai été choqué d’apprendre que Tantinn a été mortellement agressée. Je ne suis pas allé voir son cadavre sur place. Je suis triste et revolté. Personne n’a le droit de prendre la vie d’une autre”, insiste-t-il.
Il lance un appel aux autorités policières afin qu’il y ait des patrouilles plus fréquentes dans cette région, surtout aux alentours du centre commercial.