MICHAELA HARTE: La piste de l'ADN!

Le DPP suspendu aux résultats des analyses des 350 échantillons soumis à un laboratoire spécialisé en France

Le casse-tête du meurtre de la jeune institutrice irlandaise Michaela Harte dans la chambre 1025 de l'ex-Legends Hotel le 10 janvier 2011, alors qu'elle était en lune de miel, continue à hanter les autorités mauriciennes. Les conclusions du procès aux Assises avec l'acquittement d'Avinash Treebhoowon et de Sandip Moneea ont débouché sur la relance d'une nouvelle enquête policière confiée à une Special Squad comprenant le surintendant Yashdev Callee et les inspecteurs Seeballuck et Dabeesing. La soumission d'un rapport préliminaire au Directeur des Poursuites Publiques (DPP), Me Satyajit Boolell, Senior Counsel, en désignant un premier suspect, suscite un intérêt renouvelé quant au dénouement de la nouvelle enquête pour que justice soit rendue dans ce crime crapuleux, mettant à rude épreuve la réputation de Maurice en tant que safe destination.
Des indications quant aux chances de voir la nouvelle enquête aboutir à des résultats concrets avec les éventuels suspects dans le box des accusés devront être obtenues dès la reprise après les festivités du nouvel an. En effet, ceux assurant le suivi de ce dossier extrêmement délicat au DPP's Office préparent une importante séance de travail pour passer en revue les conclusions de l'enquête préliminaire des limiers de la police, évaluer les différentes options et décider de la marche à suivre.
Dans l'immédiat, l'accent sera placé sur la piste des résultats des tests ADN avancés réalisés sous la supervision d'un éminent spécialiste de l'université de Bordeaux en la matière. A ce jour, les autorités sont toujours dans l'attente du rapport final du laboratoire français sur les quelque 350 échantillons d'ADN prélevés lors de la réouverture de l'enquête en août dernier.
Ce rapport devra confirmer si des prélèvements d'ADN soumis à des fins d'analyse correspondent aux traces d'ADN recensées sur les lieux du crime le 10 janvier 2011, plus particulièrement dans la chambre 1025 et également aux abords de la baignoire où le corps sans vie de Michaela Harte avait été retrouvé initialement par son jeune époux, John McAreavey.
Dans les milieux autorisés, l'on soutient que cet élément sera extrêmement crucial pour les étapes subséquentes, notamment l'identification des meurtriers présumés. Les concertations au plus haut niveau annoncées dans les prochains jours mettront en place la roadmap à exécuter avec la réception du rapport de laboratoire de France.
Un autre volet majeur de l'enquête revue et corrigée sur le meurtre de Michaela Harte concerne la carte magnétique falsifiée avec l'agent de sécurité Dassen Narayen encore sous le coup d'une inculpation provisoire d'entente délictueuse. A ce stade de l'enquête, cet agent de sécurité n'a pas fait partie des 38 personnes, membres du personnel de l'ex-Legends Hotel, qui ont été auditionnées par la Special Squad du surintendant Callee ou encore les 68 autres témoins ayant été appelés à participer à des reconstitutions de différentes phases de l'enquête policière.
Le fait brutal réside dans le fait que cette carte magnétique équivaut à la clé, susceptible de mener aux suspects potentiels car le vol au préjudice des clients de l'ex-Legends Hotel est à la base de la présence illégale des suspects dans la chambre 1025 au moment où ils ont été surpris par le retour non-prévu de Michaela Harte. Jusqu'ici, le témoignage de Dassen Narayen n'a pas été d'une grande utilité pour faire progresser l'enquête. Toutefois, à une étape ou à une autre, cet agent de sécurité devra être confronté Under Warning aux nouvelles preuves versées dans le dossier à charge.
Néanmoins, les autorités sont pertinemment conscientes que même si demain, elles arrivent à percer le mystère de l'identité des meurtriers présumés de Michaela Harte, elles auront à franchir une autre barrière. Des amendements devront être adoptés par l'Assemblée nationale en vue d'autoriser la réouverture du procès aux Assises car dans l'état actuel du cadre légal des contraintes s'imposent. C'est du moins ce que laissent entendre des sources autorisées suivant de très près l'évolution de cette enquête.
"Nous étudions sérieusement cette possibilité. Nous savons qu'il faudra prendre toutes les précautions possibles car la réouverture d'un procès aux Assises est une affaire extrêmement délicate. Mais il y a des précédents dans le monde et surtout en Grande-Bretagne et si le besoin se fait sentir, nous allons adopter quasiment les mêmes procédures pour que justice soit faite dans le meurtre de cette institutrice irlandaise", fait comprendre une des sources autorisées contactées par Week-End sans vouloir apporter de plus amples détails sur les développements à prévoir

 
 


Après le jugement d'acquittement

Les photos du Sunday Times en collateral damages

Peu de temps après l'acquittement d'Avinash Treebhoowon et de Sandip Moneea dans le procès aux Assises sur le meurtre de Michaela Harte, la publication des photos de la scène de crime prises par la police dans l'hebdomadaire Sunday Times s'ajoute à la vague de controverses autour de cette affaire. La démarche de cet hebdomadaire aura l'effet d'une bombe non seulement à Maurice mais également en Irlande, où le verdict d'acquittement avait été à peine digéré et le Sunday Times essuiera d'importants collateral damages, que ce soit des autorités mauriciennes ou encore des proches de la victime.

Dès le jour de la publication, la CID démarre une enquête avec la saisie des copies de l'hebdomadaire. Le Prime Minister's Office (PMO) se voit dans l'obligation d'émettre un communiqué condamnant cet acte "peu scrupuleux". Imraan Hosany, directeur du Sunday Times, est placé en détention policière à Alcatraz, aux Casernes Centrales, sous la charge provisoire d'Outrage to Public Morality sous l'article 206 du Code Pénal.
Les avocats de Treebhoowon et de Moneea, en l'occurrence Mes Rama Valayden et Sanjeev Teeluckdharry, récusent les allégations du Premier ministre lors d'une Private Notice Question (PNQ) à l'Assemblée nationale à l'effet que les fuites de ces photos proviennent d'eux. Le directeur du Sunday Times est, dans un premier temps, privé de caution mais au lieu d'être maintenu en centre de détention d'Alcatraz, il sera transféré à l'hôpital où il sera admis aux soins intensifs pour cause d'un malaise en attendant sa comparution en Cour. Le lendemain, soit le 20 juillet, il sera enfin remis en liberté contre une caution de Rs 25 000 et une reconnaissance de dettes de Rs 125 000.
Trois jours après, Imraan Hosany sera une nouvelle fois traduit en Cour sous une inculpation d'agression suite à des démêlées avec un photographe de presse irlandais. Deux mois après, soit en septembre, le directeur du Sunday Times a vu ses conditions de liberté conditionnelle modifiées à la demande de son homme de loi, Me Roshan Seetohul.
2013 devra également voir le début de son procès formel au pénal suite à une décision du DPP.
D'autre part, le directeur du Sunday Times devra également faire face à un autre procès au civil. En novembre dernier, la famille de Michaela Harte avec le concours de Me Dick Ng Sui Wa et Me Bina Venkatasamy-Ramloll, loge un procès en réclamations de Rs 25 millions au directeur du Sunday Times et Starprint Co Ltd. Dans la plainte, les proches de la victime s'appesantissent sur le fait que la publication de ces photos relève d'une "atteinte à la vie privée et à la dignité humaine" et aurait causé "grievances, anxiety, shock, confusion, revolt and incommensurable pain to the plaintiffs".


 

 


Rs 65 M réclamées au Lux* Hotelpar les familles Harte et McAreavey

Les proches de Michaela Harte réclament £ 1 299 440, soit quelque Rs 65 millions, à l'hôtel ex-Legends, aujourd'hui Lux* de Grand-Gaube. La cause : l'administration de cet établissement hôtelier aurait failli dans sa tâche et aurait commis une faute en ne faisant pas de l'hôtel un «endroit sûr» afin d'assurer la protection de ses clients.

C'est ce manque de sécurité qui aurait, selon la famille de la victime, causé la mort de Michaela Harte. La famille de la victime réclame des "moral damages against ex-Legends Hotel for non-cooperation with police inquiry as deposed upon at Assizes Court before His Lordship Judge Fekna by the then Chief of the Major Crime Investigation Team under solemn affirmation".
L'hôtel Lux* Grand-Gaube a retenu les services Me Maxime Sauzier, Senior Counsel et de Me Thierry Koenig, Senior Attorney. L'affaire sera  appelée le 31 janvier.
 


 

Treebhoowon et Mooneea réclament Rs 75 et Rs 80 M à l'Etat

Acquittés tous deux à l'unanimité par le jury, le 12 juillet dernier, Avinash Treebhoowon et Sandip Mooneea ont engagé des poursuites contre l'Etat réclamant Rs 75 et Rs 80 respectivement. Les deux plaintes portent sur le traitement infligé après l'enquête d'un amateurisme sans égal de la Major Crime Investigation Team (MCIT). Ils n'ont pas été réintégrés à l'hôtel où ils travaillaient.


Le procès le plus long jamais enregistré

Ce procès aux Assises, qui a démarré le 22 mais 2012 devant le juge Pritiviraj Fekna et neuf jurés, dont trois femmes, se classe dans la catégorie des plus longs procès. Les deux accusés étaient Avinash Treebhoowon, ancien valet de chambre et Sandip Mooneea, ex-Floor Supervisor pour les blocks Deluxe Blocks à l'ex-Legends à Grand-Gaube. Avinash Treebhoowon était représenté par Me Sanjeev Teeluckdharry, tandis que Me Rama Valayden, assisté de Me Rouben Mooroongapllay, Me Neelkanth Dulloo, Me Siven Tirvassen et Me Arassen Kallee, représentaient les intérêts de Sandip Mooneea. Le ministère public était représenté par le Leading State Counsel, Me Medhi Manrakhan, assisté par Me Nataraj Muneesamy et Me Chitra Bhuruith-Servansingh. Me Dick Ng Sui Wa assurait le Watching Brief de la famille Harte et Mc Areavey's.
Les deux accusés ont nié les charges de "murder" retenus contre eux. L'accusé No 1 soutient que la Major Crime Investigation Team (MCIT) a monté de toutes pièces sa déposition sous menaces de brutalité policière. Quant à l'accusé no 2, il a également nié les faits qui lui sont reprochés.
Après plus de sept semaines d'audiences, les neuf jurés ont unanimement  prononcé un verdict d'acquittement estimant que les preuves n'étaient pas "beyond reasonable doubt".


Les moments importants du procès

4 Juin 2012: Raj Theekoy, le témoin vedette de la Poursuite est entendu. Il maintient avoir vu Sandip Mooneea et Avinash Treebhoowon sortir de la chambre 1025, dans laquelle le corps sans vie de la victime avait été découvert par son époux. Il a déclaré qu'il se cachait près de la chambre 1021. Il sera interrogé et contre-interrogé pendant deux jours.
6 Juin 2012: L'époux de la victime, John McAreavey, est appelé à la barre des témoins pour la première fois. Il revient sur les événements du jour du meurtre. Il arrive difficilement à se contenir en Cour. Il explique qu'en cinq ans, il s'est retrouvé loin de Michaela Harte trois fois seulement.
John McAreavey explique sa rencontre et leurs projets et comment sa vie a été anéantie en quelques minutes. Le veuf revient sur la découverte de sa femme, gisant dans la baignoire. Il explique qu'il a cru en premier lieu qu'elle se serait évanouie à la suite de douleurs. Il a aussi expliqué qu'il a cru qu'elle s'est fait violer et a vérifié si tel était le cas. "My life was finished. Michaela's life was destroyed, destroyed just in a moment our dreams of having children", a-t-il déclaré.
19 Juin: Descente des lieux du juge-président, des deux accusés et des neuf jurés, dans l'enceinte de l'ex-Legends pour un constat de visu.
26 et 27 juin: Avinash Treebhoowon témoigne. Lors de son interrogatoire, il raconte avec force détails comment il a été malmené par des officiers de la MCIT. Il éclate en sanglots à certains moments, notamment quand les policiers l'auraient menacé de s'en prendre à son épouse et à ses parents. Lors de son contre-interrogatoire par le State Leading Counsel, ses versions contradictoires sont mises en exergue.

3 juin 2012: Sandip Mooneea est interrogé et contre-interrogé. Il reste de marbre face aux questions du ministère public.


Les dates majeures de l'enquête sur le meurtre de Michaela Harte

Lundi 10 janvier 2011: C'est le choc à l'hôtel Legends quand le corps sans vie de Michaela Harte, alors 28 ans, une touriste irlandaise, est découvert dans la chambre 1025. La découverte macabre a été faite par son époux, John McAreavey, un comptable de 30 ans. L'hôtel fait appel aux services d'un médecin de la clinique du Nord. La police de Grand-Gaube est alertée. Suspectant un cas de "Foul Play", de par les marques relevées sur le cou de la victime, une autopsie est pratiquée le jour même. A 23 h 30, les premières conclusions attribuent le décès à une asphyxie due à une compression du cou. L'heure du décès se situe entre 15 h 30 et 16 heures. Après l'audition initiale de John McAreavey dans les locaux de la CID de Piton, une liste préliminaire des suspects potentiels est dressée.
Mardi 11: Un important exercice de "dépistage" informatique et d'audition est engagé avec une escouade renforcée des membres de la MCIT et du CID de Piton et des spécialistes de l'IT Unit de la police. Des journalistes irlandais et anglais débarquent à Maurice pour suivre cette enquête.
Trois employés de l'hôtel sont interpellés: Sandip Mooneea, Floor Supervisor et deux Room Attendants ,Avinash Treebhoowon et Raj Theekoy. Raj Theekoye  deviendra subséquemment le témoin-vedette durant le procès aux Assises et bénéficiera de l'immunité du DPP. C'est grâce aux relevés de la carte électronique que les trois suspects ont été appréhendés. Les versions contradictoires des suspects ont ajouté aux soupçons de la police.
Mercredi 12: Les trois suspects comparaissent en Cour de District de Pamplemousses/ Rivière du Rempart devant la magistrate, Sheila Boonoomally. Ils sont tous trois reconduits en cellule. Sandip Mooneea et Avinash Treebhoowon se retrouvent sous une charge provisoire de meurtre, tandis que Raj Theekoye est accusé de complicité. Avinash Treebhoowon se plaint de brutalité policière.
Le même jour, le commissaire de police, Dhun Iswar Rampersad, anime un point de presse pour faire état des développements dans l'enquête. Interviendront également, les premières révélations de Raj Theekoye sur lesquelles se baseront les enquêteurs pour corroborer les charges retenues contre les deux accusés.
Jeudi 13: La police est satisfaite et considère le crime résolu et l'enquête bouclée. Les preuves versées dans le dossier à charge, que ce soit en termes de témoignage directs ou de "circunstantial evidence" sur la base des analyses informatics et "forensics". Ce serait un vol qui aurait mal tourné avec la victime qui a fait irruption dans sa chambre. Elle était venue chercher du chocolat qu'elle affectionnait particulièrement pour boire avec le thé.
Les familles Harte et McAreavey quittent l'île Maurice avec la dépouille de Michaela Harte.
Vensdredi 14 : Deux autres suspects sont eux aussi appréhendés, à savoir deux Security Officers, Dassen Narayenen et Seenarain Mungroo. Ils sont accusés d'une charge, "Conspiracy to commit murder qui sera ensuite réduite de "Conspiracy to commit larceny" pour Dassen Narayenen, tandis que Seenarain Mungroo verra sa chargé rayée.
Lundi 20 Juin: Début de l'enquête préliminaire au tribunal de Mapou.
Lundi 18 juillet: Après pratiquement un mois d'audience, la décision de la magistrate Sheila Bonoomally est connue: les deux accusés seront déférés en Cour d'Assises, un Prima Facie Case ayant été établir contre eux.
Mardi 22 mai 2012: Début du procès aux Assises devant le juge Pritviraj Fekna et un jury composé de neuf jurés.
Jeudi 12 juillet 2012: verdict d'acquittement à l'unanimité par le jury.