La guerre des tranchées entre le patronat et le monde syndical par rapport au salaire minimal et le paiement d’une compensation salariale à partir du 1er janvier prochain plane sur les consultations tripartites. Ainsi, Business Mauritius et les autres organisations patronales partagent entièrement la proposition du Chairman du National Minimum Wage Consultative Council, Beejaye Coomar Appanah, à l’effet que la compensation salariale ne doit pas s’appliquer à ceux qui tomberont sous le nouveau régime de minimum salarial. Cette prise de position pousse les syndicalistes à dénoncer une « connivence entre Beejaye Coomar Appanah et les patrons sur le dos des salariés. » En prévision de la prochaine réunion des tripartites, les capitaines de l’industrie misent sur un nouveau mécanisme salarial à être dégagé à la lumière du nouveau contexte socio-économique.
« Il est clair que la compensation salariale doit se faire dans un contexte d’un nouveau wage determination mechanism. Au sein du secteur privé, nous sommes en faveur du principe d’un minimum wage pour protéger ceux au bas de l’échelle. Nous sommes d’avis que cette nouvelle politique salariale devra réduire la pression sur les autres composantes des salariés en éliminant les cascading effects », déclare à Week-End un porte-parole attitré de Business Mauritius.
« Le National Minimum Wage Consultative Council a débattu des propositions et il y a un rapport qui a été soumis aux autorités politiques en vue de décisions. The objective is to reconcile the most vulnerable of wage earners with growth. Il faut aussi privilégier la paix industrielle. Avec le salaire minimal de ?Rs 8 000 à partir de janvier 2018 et de Rs 8 500 un an après, soit en janvier 2019, nous maintenons que ce salaire minimal a déjà intégré la compensation salariale de janvier prochain », poursuit cette source autorisée du secteur privé. Interrogé sur le quantum de compensation salariale, il laissera entendre que « nous travaillons là-dessus et nous allons en discuter à la réunion de mercredi. » Et cela sans laisser transpirer la moindre indication chiffrée.
Intervenant lors du tour de table préliminaire présidé par le ministre du Travail et des Relations industrielles, Soodesh Callichurn, Raj Makoond, directeur de Business Mauritius, a mis l’accent sur la stagnation de la croissance économique au cours de ces trois dernières années. Le signe le plus inquiétant est la baisse dans la performance dans les exportations, avec des répercussions sur l’économie et le défcit de la balance des comptes courants.
Pour sa part, Pradeep Dursun, Chief Operating Officer de Business Mauritius, a rappelé que même si les discussions se déroulent sur le plan national, la compensation salariale est payable au niveau des entreprises, posant l’équation délicate de Capacity to Pay. « The capacity to pay differs from sector to sector. Some companies are able to pay higher wages than what are prescribed, while others are not, thus rendering them vulnerable », ajoutera-t-il.
« The salary compensation exercise for this year is being held in a new context with the implementation of the National Minimum Wage which has already taken into account the rate of inflation », déclare-t-il, comme pour mieux préciser que les Minimum wage earners doivent être exclus de la compensation salariale, de même que ceux qu sont couverts par des collective agreements.
Tableau sombre de l’industrie sucrière
Le COO de Business Mauritius plaidera également pour une redéfinition du rôle et du mandat du National Remuneration Board. « The Tripartite Meeting should not only focus on the payment of salary compensation but should also look into other issues so as to enhance social dialogue and industrial peace », laisse-t-il entendre en précisant que « discussions need to be held to clarify the role of the NRB and the importance of Remuneration Regulations with the implementation of the National Minimum Wage and the Negative Income Tax. »
Sur le plan sectoriel, la représentante de la Mauritius Export Association (MEXA), Lilowtee Rajmun-Joosery, a tiré la sonnette d’alarme au sujet de la baisse des exportations « at an increasing rate ». Elle a révélé que durant ces dernières années, la part de marché de Maurice a régressé de 30% en Grande-Bretagne, de 20% en France, de 20% en Afrique du Sud et de 12% aux États-Unis. Le secteur des exportations génère 55 000 emplois, dont 30 000 travailleurs étrangers et contribue 7% au PIB.
Du côté de l’Association of Mauritian Manufacturers, le diagnostic n’est guère différent, avec une perte de 5 000 emplois en dix ans et une vulnérabilité grandissante dans le sillage de la compétition venant des sociétés multinationales, notamment celles opérant en Chine.
Jean Li, le secrétaire de Business Mauritius, a brossé un tableau sombre de l’industrie sucrière, heurtée de plein fouet par l’élimination des quotas d’exportation en Europe depuis le 1er octobre et des effets conjugués de la baisse du cours du sucre. Contribuant 2% au PIB, le secteur sucre a vu sa production être réduite de 50%, passant de 700000 tonnes de sucre à 350 000 tonnes au cours des 15 dernières années, et une réduction de 30 000 arpents de terre sous culture de la canne.
Le tourisme et l’industrie du bâtiment sont les deux rares secteurs économiques à afficher des perspectives positives. Jocelyn Kwok de l’Association des Hôtels et Restaurants de l’île Maurice, a indiqué que des investissements de Rs 6 milliards sont engagés dans ce secteur, avec la création de 1 800 emplois et actuellement 400 déjà disponibles. Mais il a mis en garde contre la compétition internationale, nécessitant une politique prudente en matière de prix des chambres.
La reprise dans la construction est perceptible après trois ans de morosité. Jessen Arnachellum, le représentant de BACCECA, indique que 90% des 40 000 employés sont des contractuels et que les salaires pratiqués, dans le cadre des collective agreements, sont supérieurs à ceux prescrits dans le Remuneration Order.