Une mission de la Banque mondiale est attendue le mois prochain à Maurice en vue d’aider les autorités mauriciennes dans l’élaboration d’un plan directeur (Blueprint) pour le secteur des services financiers, plan qui couvrira les dix prochaines années. C’est ce qu’a annoncé, hier, le ministre des Services financiers et de la Bonne gouvernance, Sudhir Sesungkur, lors d’une conférence de presse en solo, à la SICOM Tower, Ébène, après sa mission à Washington pour les réunions annuelles de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, et à Londres pour la promotion du secteur financier mauricien.
La venue d’une équipe de techniciens de la BM a été évoquée lors d’une session de travail qu’a eue la délégation dirigée par le ministre des Services Financiers avec des officiels de l’institution financière. La préparation du Blueprint sur les services financiers à déjà commencé et l’apport de la BM a été recherché en vue de l’élaboration des grands axes du développement futur du secteur des services financiers conformément à la vision de Maurice de devenir un centre financier d’excellence dans la région. La délégation mauricienne et les officiels de la BM ont également passé en revue les points forts de la dernière évaluation de la BM du Financial Sector Assessment Programme (FSAP), des défis qui se présentent à l’économie mauricienne et des politiques à adopter en conséquence.
Sudhir Sesungkur a annoncé avoir discuté avec la BM de la possibilité de créer un Marché commun des services financiers pour la région du COMESA et éventuellement pour l’ensemble des pays de l’Union africaine. La création d’un Office of Good Governance à Maurice a également fait l’objet de discussions, la mission Sesungkur sollicitant l’aide technique de la BM pour la mise en place des structures d’une telle instance. La délégation mauricienne a fait comprendre que l’Office of Good Governance pourrait éventuellement servir la région notamment en termes de développement des capacités. « Les officiels de la BM ont été émerveillés par cette idée. La question sera discutée en profondeur ultérieurement », a laissé entendre le ministre. Ce dernier a indiqué, par ailleurs, que d’autres sujets ont été discutés avec la BM dont les problèmes démographiques du pays et la question des pensions ainsi que la préparation du rapport « Ease of Doing Business ». Sur ce dernier point, la délégation mauricienne a réclamé des éclaircissements sur les sources d’information pour l’élaboration de l’indice du climat des affaires.
 
Règlements contraignants de l’OCDE
 
La mission Sesungkur a eu l’occasion lors de son séjour à Washington d’avoir une session de travail avec des officiels du FMI. Elle a fait état de la décision de Maurice de ne pas inclure tous les traités de non-double imposition qu’il a déjà signés pour être amendés selon les dispositions de la Convention Multilatérale élaborée par l’Organisation pour la Coopération et le Développement Économique (OCDE). Cette convention, qui porte la signature de quelque 80 pays et juridictions à ce jour (dont celle de Maurice), concerne la mise en oeuvre des mesures relatives aux conventions fiscales pour prévenir l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (aussi connu comme le BEPS). « Nous avons fait comprendre au FMI que Maurice est un petit pays, que son économie est vulnérable et que l’imposition d’un changement drastique dans l’orientation de la politique économique peut avoir des effets désastreux. Le FMI a dit être conscient de cette situation et a écouté attentivement l’argumentation de la délégation mauricienne », a souligné Sudhir Sesungkur. Celui-ci a indiqué avoir évoqué ce problème avec la secrétaire générale du Commonwealth Secretariat, en particulier de l’impact des règlements de l’OCDE sur les petits États insulaires. Le Commonwealth Secretariat, a poursuivi Sudhir Sesungkur, a également reçu des critiques d’autres petits pays (Jersey, Malte et Singapour, entre autres) concernant l’approche de l’OCDE. Le Commonwealth Secretariat pourrait reprendre toute la question avec l’OCDE.
Par ailleurs, la délégation menée par Sudhir Sesungkur et comprenant, entre autres, le secrétaire financier, Dev Manraj, le gouverneur de la Banque de Maurice, Ramesh Basant Roi, et le CEO de la Stock Exchange of Mauritius, a eu deux séances de travail avec des officiels de la société Euroclear, dont le siège social se trouve en Belgique. Euroclear se spécialise dans le règlement des transactions sur les marchés de capitaux internationaux et les services de dépôt de titres financiers. Elle est considérée comme un leader en la matière. Euroclear, selon le ministre des Services financiers, serait intéressée à s’implanter à Maurice, ce qui serait un plus dans la démarche de Maurice de s’imposer comme un hub financier dans la région. « L’implantation d’Euroclear à Maurice rehaussera la réputation de Maurice comme centre financier capable de structurer des investissements dans la région et de faciliter le transfert des capitaux », a fait ressortir le ministre. Un comité composé de représentants du ministère des Finances, du ministère des Services financiers, de la BoM, de la FSC et de la SEM a été constitué pour étudier les propositions d’Euroclear concernant une éventuelle implantation à Maurice.
À Washington, la mission Sesungkur a eu des discussions bilatérales avec des délégations du Sénégal et du Ghana sur leurs projets de création de zones économiques spéciales et de Cybercité respectivement et auxquels le gouvernement et des sociétés mauriciennes seraient associés. Par ailleurs, Sushir Sesungkur a parlé de l’institution d’un comité conjoint FSC/BoM pour se pencher sur les derniers développements concernant la cryptomonnaie, cela après avoir participé à une table ronde organisée par la BM sur les innovations dans le domaine de la fintech et le recours accru à la monnaie virtuelle. Pour ce qui est de la fintech, le ministre a indiqué avoir eu la possibilité de visiter la Fintech City de Londres et discuter avec une entreprise qui serait disposée à aider le pays à déployer une stratégie de développement dans ce domaine. Un Memorandum of Understanding serait signé bientôt avec cette entreprise. Nicole Anderson, fondatrice de Fintech Circle Innovate, qui a animé plusieurs sessions de travail à ce sujet à Maurice, apporterait également son concours à l’exécution de cette stratégie.