MLF - JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME : Recentrer le débat autour de la liberté et de l’émancipation

Le Muvman Liberasyon Fam (MLF) observe que le débat concernant la liberté et l’émancipation de la femme a été détourné, résultant au fait que la Journée internationale de la Femme ait perdu de son essence. Pour y remédier, le MLF souhaite recentrer le débat autour des grands thèmes ayant constitué cette lutte et qui demeurent d’actualité aujourd’hui comme un emploi, un logement et une alimentation saine pour tous, de même qu’un contrôle collectif et démocratique des terres et de la mer.  
À la suite d’une rencontre des femmes le 12 février en son siège à Grande-Rivière Nord-Ouest, le MLF a estimé que la Journée de la Femme, commémorée le 8 mars, « perd de son essence ». Selon le mouvement, la nouvelle stratégie du « genre » ou celle politique, qui a infiltré le mouvement des femmes et qui milite pour l’accession de quelques-unes aux postes de responsabilité « dans une société patriarcale capitaliste caractérisée par des inégalités », a tendance à « étouffer sa force vitale de lutte pour l’émancipation et la libération » des femmes. Ce qui va à l’encontre des principes du MLF, qui se considère dans la lignée du courant historique des luttes pour la femme ayant mené à la célébration d’une Journée internationale de la Femme en 1977.
Au sein de cette société patriarcale capitaliste, observe-t-il, le salaire égal revendiqué sous la « gender strategy » a mené à une baisse des salaires des hommes par des patrons. « Ce qui a créé la division et la défaite. » Ainsi, le MLF relève que le pivot du mouvement des femmes doit être « work for everyone, housing for all, collective and democratic control over all the land and sea of the country, and nourishing food for all ».
Tout en gardant en tête certaines réalités comme « la haine des femmes exprimée par les capitalistes » ou encore « la récupération des organisations, dont celle des femmes, par l’État de femmes en leur offrant Rs 2 000 annuellement si elles se font enregistrer », le MLF estime qu’il faut recentrer le débat sur les grandes questions qui concernent la gent féminine. Pour se faire, le mouvement est d’avis que le gouvernement doit compiler des statistiques fondées sur la réalité du chômage en considérant la disparition des emplois dans les champs de canne à sucre ou dans la zone franche. Ce qui pourrait mener à « en créer de nouveaux et à stopper la vente des terrains fertiles du pays ».
D’un autre côté, le MLF considère que bon nombre de problèmes dont font face les femmes, comme l’inceste, la violence domestique et la restriction de liberté, découlent d’un « manque de logement décent », précisant : « Les statistiques mises en avant par le gouvernement masquent le problème réel. » Commentant une annonce sur la construction de 10 000 logements en deux ans qu’aurait faite le ministre du Logement et des Terres, Showkutally Soodhun, la semaine dernière, le MLF estime que ce serait le résultat d’une campagne qu’il a menée.
Pour ce qui est des terres, le mouvement soutient que le gouvernement doit forcer les établissements sucriers à développer les terrains agricoles, à créer des fermes et à investir dans le développement des produits, dans la recherche, le marketing à l’étranger et le transport « afin de créer de l’emploi à grande échelle ». Au cas contraire, le gouvernement devrait entamer de tels projets lui-même ou, sinon, les « rendre au peuple » pour l’exploiter.
« We call for a stop to denying access to part of the land on the pretext of gated communities, hotels and domains. Colonization is over ! » Le MLF insiste : « No to re-colonization ! No to sale of permanent residence and citizenship for money. » Les femmes, soutient le mouvement, mèneront la lutte pour une réappropriation des terres du pays. Il demande qu’elles soient « exploitées » pour assurer la sécurité alimentaire.
Évoquant le potentiel de la mer, le MLF estime que les 2,3 millions de kilomètres carrés de Maurice pourraient devenir un vivier pour la création d’emplois. Dans la foulée, la libération de Diego Garcia de l’occupation militaire par les États-Unis et l’Angleterre est demandée de même que la réunification de la République de Maurice avec un retour des Chagossiens dans leur archipel. Le MLF réclame aussi la libération de Tromelin et de sa zone économique sous occupation française.
Evoquant le problème des femmes victimes de viol, le MLF considère avoir gagné une bataille quand les autorités les ont autorisées d’aller à l’hôpital au lieu de se rendre au poste de police. Concernant les femmes qui se retrouvent délaissées avec des enfants sous les bras, au lieu d’obliger leur époux à subvenir aux besoins de ceux-ci, ce qui entraînerait d’autres problèmes dont la violence, l’interpellation policière et un casier judiciaire, qui ne lui permettra pas de trouver un travail par la suite, le MLF lance un appel à toute la société pour soutenir les femmes concernées et de « laisser les hommes tranquilles ».
Pour toutes ces raisons, le MLF réclame « un retour aux fondamentaux contre un courant qui compose avec les inégalités patriarcales et capitalistes ». Pendant tout le mois de février, et ce jusqu’au 8 mars, le MLF œuvrera en vue de mobiliser « les femmes de tous les quartiers du pays ».