Evoquant, hier, les graves allégations proférées par le condamné pour trafic de drogue, Peroumal Veeren, devant la Commission d’enquête présidée par l’ancien juge, Paul Lam Shang Leen, Paul Bérenger, leader du MMM, a indiqué qu’il s’abstiendra de tout commentaire, le temps que siégera la commission « pour ne pas gêner l’ex-juge et ses assesseurs dans leur travail (…) Je laisse à la Commission d’enquête le soin de juger de l’importance à accorder aux allégations des uns et des autres ». « Plutôt que d’une ou de deux partielles, ce sont des élections générales dont le pays a besoin », a-t-il dit, par ailleurs, avant d’ajouter, néanmoins que « si partielle il y a, à Belle-Rose/Quatre-Bornes, le MMM vaincra ».
Paul Bérenger estime qu’en temps et lieu, toute la lumière sera faite sur les liens entretenus par certains avocats proches du MSM et des personnes impliquées ou soupçonnées d’être impliquées dans le trafic de drogue, « particulièrement, le dénommé Veeren, mais aussi Geanchand Dewdanee et Navind Kistnah ». Il trouve qu’en attendant, la population dans son ensemble témoigne comment, selon lui, sous le présent gouvernement en poste depuis deux ans et demi, le trafic de stupéfiants se serait infiltré « partout, en particulier, dans les prisons ».
Quant à l’utilité d’une loi pour réglementer le financement des partis politiques afin  d’assainir la situation et prévenir des financements occultes, dont ceux à partir de l’argent sale provenant du trafic de drogue, Paul Bérenger soutient qu’aucun autre parti ne s’est autant prononcé pour une telle législation. Il regrette, à ce propos, que sous le gouvernement de 2000/2005 dont les mauves faisaient partie, le MSM avait « mis les bâtons dans les roues », alors même qu’une ébauche d’un projet de loi avait été élaborée. « Il en fut de même pour la réforme électorale », selon le leader du MMM.
Paul Bérenger dit ainsi son pessimisme que l’on parvienne « sous les Jugnauth père et fils à faire voter tant une loi sur le financement des partis qu’une nouvelle Declaration of Assets Act ». Enchaînant avec la manifestation de vendredi pour protester contre les prix du carburant, il trouve particulièrement choquante la surtaxe imposée de Rs 4.00 par litre décidée début 2015 à laquelle le PMSD de Xavier Duval et aussi Roshi Bhadain, qui étaient encore au gouvernement, ont été partie prenante. D’autant que les prix sur le marché mondial avaient largement chuté fin 2014 et que le gouvernement avait « osé prétendre qu’il avait, cette année-là, présenté un ‘no tax budget’ ».
« Elections générales pour les 50 ans”
Pour justifier l’échec de la mobilisation populaire pour cette manifestation en commun des partis de l’opposition parlementaire, Paul Bérenger avance le peu de temps dont ont disposé les organisateurs pour battre le rappel de leurs troupes respectives. Il commente les Rs 500 millions qui devront être versées en dommages et intérêts à la société de téléphonie Emtel, à la suite du jugement rendu cette semaine par la Cour suprême. « En fin de compte, ce sont les consommateurs qui auront à casquer », souligne-t-il. Sans compter, « les Rs 19 millions d’honoraires payées au beau-frère pour ses services d’avocat ».
S’il n’est pas tendre envers le leader du PTr, Navin Ramgoolam, pour tout le « fane que ce dernier a fane » depuis son arrivée au pouvoir en 2005, le leader du MMM considère qu’au pouvoir depuis seulement 2014, le MSM des Jugnauth « a réussi l’exploit de faire encore pire que Ramgoolam ». Reprenant ce qu’il a dit, hier matin, à notre confrère Le Mauricien dans une interview, Paul Bérenger estime que « tout fout le camp dans le pays ». Aussi formule-t-il le voeu qu’« à l’occasion de la célébration des 50 ans de l’indépendance du pays l’an prochain, de nouvelles élections générales soient organisées. C’est le cadeau qu’on aurait dû offrir à Maurice ».
«Le pays a besoin d’élections générales et non d’une ou de deux partielles », soutient le leader du MMM. Il explique, néanmoins, que son parti est déjà prêt pour affronter la partielle techniquement prévue à Belle-Rose/Quatre-Bornes. « Le mood y est et la campagne avance très bien dans l’unité. Si partielle il y a, le MMM vaincra », assure-t-il. Il se dit en tous cas convaincu que si jamais il devait y avoir une deuxième partielle, l’organisation à la place d’élections générales serait alors envisagée.
Paul Bérenger a aussi choisi, hier, de prendre de la hauteur pour commenter longuement des sujets de l’actualité internationale. D’abord la déclaration belliqueuse du président américain Donald Trump à l’encontre de la Corée du Nord à laquelle il a promis « le feu et la colère ». Même s’il concède que, de son côté, Pyongyang « fait dans la provocation », il déclare avoir senti « comme un frisson dans le dos » en écoutant la déclaration du bouillant président des Etats-Unis.
Il trouve que le discours de ce dernier reprend « presque mot pour mot » la déclaration du président Harry Truman à l’encontre du Japon presque à la fin de la Seconde Guerre mondiale avant que les Etats-Unis ne décident de lâcher les bombres nucléaires, d’abord sur Hiroshima le 6 août 1945, puis sur Nagasaki le 9 août de la même année. Il rappelle que, selon la Constitution des Etats-Unis, le président de ce pays peut décider de lui seul d’activer une attaque nucléaire sans avoir à obtenir l’aval préalable du Congrès ou du Sénat. Paul Bérenger relativise, quand même en se rassurant que fort heureusement le président Trump a parmi ses proches collaborateurs des personnalités bien moins va-t-en-guerre, à l’image, entre autres, de son ministre de la Défense, Jim Mattis, et de son secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, qui s’emploient à calmer les choses et « cela nous permet ainsi de garder espoir que la possibilité d’une catastrophe dramatique va être évitée ».
Qatar : « La faute à Soodhun »
Au moment où, par ailleurs, l’Inde s’apprête à célébrer le 70e anniversaire de son indépendance de la Grande-Bretagne, Paul Bérenger dit de même souhaiter qu’une solution diplomatique soit trouvée après la montée de tension entre New Delhi et son voisin chinois sur fond de contentieux territorial entre le royaume du Bhoutan qui a sollicité et obtenu le soutien indien et la Chine.
Il commente aussi un sujet diplomatique nous concernant plus directement, à savoir l’exclusion de Maurice de la liste des 80 pays dont les citoyens n’auront plus besoin de visas d’entrée au Qatar. Paul Bérenger explique d’abord que son parti accueille favorablement toute l’aide que Maurice puisse obtenir d’autres pays arabes, tels l’Arabie Saoudite ou les Emirats Arabes Unis dont Dubaï. Néanmoins, pour lui, le fait que Maurice ne fait pas partie des pays dont les ressortissants seront, désormais, exemptés de visas d’entrée au Qatar est source d’inquiétudes,d’autant que des pays de la région comme les Seychelles, l’Afrique du Sud, l’Australie, Singapour et les Maldives sont sur la liste des 80 pays concernés. « Cela est dû à la faute de qui l’on sait », le vice-Premier ministre, Showkutally Soodhun, soutient-il. Paul Bérenger fait le contraste entre ce dernier et « les quelques ministres qui font leur travail, parmi lesquels, celui du Travail et des Relations industrielles, Soodesh Callychurn ».
Le leader du MMM enchaîne en rappelant que le Qatar est au nombre des pays qui ont présenté un candidat au poste de nouveau directeur général de l’UNESCO dont l’élection aura bientôt lieu. Alors que, indique-t-il, ce dernier était même au pays récemment pour solliciter le soutien du gouvernement mauricien, des informations laissent entendre que Maurice s’alignera sur la position de l’Union africaine (UA) pour soutenir le candidat égyptien.
L’Unesco ayant pour mission de promouvoir la culture, dans son sens le plus large, dont la culture démocratique, Paul Bérenger appelle ainsi les autorités à faire le bon choix du candidat qu’elles soutiendront : « Le choix, selon moi, devrait se faire entre les candidats du Qatar, de l’Egypte et de la France. » Même s’il reconnaît l’importance que Maurice se montre solidaire de l’UA, le leader du MMM pense que, dans le cas présent, la consigne de vote suggérée par l’organisation panafricaine ne saurait être contraignante.