Paul Bérenger, leader de l’opposition et du MMM, considère que le pays est « en état de choc » dans le sillage de l’éclatement des affaires Lutchmeenaraidoo et Dayal. Aussi, même si, dit-il, le MMM se tient prêt à l’éventualité de partielles, il considère, néanmoins, que le pays est « mûr pour autre chose », soit « un changement de gouvernement ». Il s’élève, d’autre part, contre le licenciement du syndicaliste Alain Edouard « à la veille de la fête de Pâques », et lance un appel au bon sens du Premier ministre adjoint et ministre responsable du secteur portuaire, Xavier Duval, pour que le président de la Port-Louis Maritme Employees Aassociation (PLMEA) soit réintégré à son poste quitte à ce qu’un avertissement lui soit adressé s’il a fauté.
Revenant à la charge sur les affaires Lutchmeenaraidoo et Dayal, Paul Bérenger fait le constat d’un pays « en état de choc » à la veille de la reprise des travaux parlementaires, mardi. Selon lui, la population éprouve un profond sentiment de dégoût à l’encontre du gouvernement dans son ensemble. Ce qui, dit-il, le rend « profondément triste » pour le pays. S’il accueille favorablement la mise en garde du Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, à l’effet qu’il n’y aura pas de « cover-up », il dit espérer que le Commissaire de police, Mario Nobin, en a bien pris note.
Dans le cas particulier de l’affaire Lutchmeenaraidoo, Paul Bérenger souligne le fait qu’un deuxième Judge’s Order a été émis en vue de lever le secret bancaire afin de permettre à l’enquête en cours de progresser. Le chef de l’opposition, qui ne manque pas, à ce propos, de laisser comprendre qu’il s’agit, là, d’un développement important s’étonne que le ministre demeure, malgré tout, à son poste sans que le Premier ministre n’agisse, de son côté.
Pour lui, la nouvelle à l’effet que l’ancien juge, Bushan Domah, aurait été approché par la SBM pour des conseils dans le cadre des enquêtes initiées par l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) constitue « le summum de l’injure » dans toute cette affaire. Dans le cas de l’affaire Dayal comme dans celle impliquant le ministre Lutchmeenaraidoo, Paul Bérenger trouve, néanmoins, que l’île Maurice, tout entière, a « entendu de vive voix tout ce qu’il fallait entendre et pris connaissance de tout ce qu’il fallait qu’elle sache ».
Invité à commenter la non-arrestation de Raj Dayal après son premier interrogatoire par l’ICAC, le leader des mauves ne se prive pas de souligner que d’autres ont été arrêtés sur-le-champ par la police rien que pour avoir fait circuler des courriels jugés controversables. Aussi, pour lui, la population « ne manquera pas de prendre bien note d’une telle politique de deux poids, deux mesures ». Même si le MMM est prêt à l’éventualité de partielles dans la présente conjoncture politique, il considère, néanmoins, que ce n’est pas ce que souhaite le pays.
« Le pays est mûr pour autre chose que des partielles », soutient Paul Bérenger. Mercredi, il précisait que cette « autre chose était un changement de gouvernement ». il disait que, compte tenu de sa longue expérience politique, il a pressenti, très tôt, les difficultés qu’allait rencontrer l’équipe gouvernementale élue « par accident » en décembre 2014.
« Licencié pour faciliter DP World »
Le licenciement du syndicaliste du secteur portuaire, Alain Edouard, a aussi fait l’objet de commentaires Paul Bérenger, hier matin. Pour lui, il est inexact d’affirmer que c’est le comité disciplinaire présidé par une magistrate qui a recommandé que ce dernier soit licencié. « Le comité a, en fait, statué qu’Alain Edouard s’est rendu coupable d’avoir quitté son travail sans permission à 12h06 le 31 décembre, mais n’a, à aucun moment, recommandé qu’il soit licencié », explique Paul Bérenger.
Aussi, pour lui, la décision de licencier le syndicaliste s’apparente à de la provocation et de la répression syndicale en vue de faciliter l’arrivée de DP World dans le secteur portuaire. Il souligne, à ce propos, ce qu’il affirme être le mode particulier de gestion propre à cette société de Dubaï qui opère au niveau de 60 ports à travers le monde. Pour lui, le fait que le syndicaliste a été licencié avant même l’amorce des discussions avec DP World est un mauvais signal.
Dans la mesure où, rappelle-t-il, il était dans la pratique que le travail s’arrête à midi dans le port le 31 décembre, veille du Nouvel An, Alain Edouard avait un point pour déclarer litige contre sa suspension. « Et même si le comité a conclu qu’il était dans son tort, pourquoi n’avoir pas choisi de lui adresser un avertissement plutôt que de la licencier à la veille de la fête de Pâques? », se demande Paul Bérenger.
Aussi lance-t-il un appel au Premier ministre adjoint et ministre responsable du secteur portuaire, Xavier Duval, pour que le syndicaliste soit réintégré quitte, pour cela, à ce qu’un avertissement lui soit adressé, si le besoin se fait sentir : « Je souhaite que Xavier Duval entende la voix de la raison et qu’il réalise la portée symbolique d’un licenciement à la veille de Pâques. » Le leader du MMM assure ne vouloir en rien faire de cette affaire une question politique et déclare s’en remettre au bon sens du Premier ministre adjoint.
« Que le pays se relève le plus vite! »
Par rapport à la motion inscrite au nom du Premier ministre et devant être débattue à l’Assemblée nationale, mardi, autour de la retransmission en direct des travaux parlementaires, Paul Bérenger indique que son parti attend de prendre connaissance de la composition du Broadcasting Committee à être institué ainsi que du nom du président du comité. Mais il prévient que le MMM n’entend pas « accepter n’importe quoi ».
Au sujet de la présentation en deuxième lecture de la loi sur le Build, Operate and Transfer (BOT) mardi, Paul Bérenger insiste sur l’élaboration d’un cadre approprié dans la mesure où les dépenses de l’Etat sous cette législation ne seront pas comptabilisées au niveau de la dette publique. Il s’inquiète, de même, du fait que les projets qui seront mis en chantier par le biais du BOT ne seront pas soumis au Public Procurement Act.
Le MMM accueille, par ailleurs, favorablement la décision du Premier ministre de porter son choix sur Barlen Vyapoory, jusqu’à tout récemment, haut commissaire mauricien à Pretoria, pour être le nouveau vice-président de la République en remplacement de Mme Monique Ohsan-Bellepeau dont le mandat est arrivé à terme. Paul Bérenger se disait prêt, hier, à seconder la motion en ce sens du chef du gouvernement.
A noter qu’au terme de sa conférence de presse, le leader de l’opposition qui fêtait, ce samedi, son anniversaire a été invité par ses camarades de parti à couper un gâteau. « Mon voeu le plus cher est que le pays se relève le plus vite », a confié en cette occasion le leader du MMM.