Très jeune j’accompagnais mon père à la tribune (qui n’existe plus) de l’église Notre Dame de Lourdes à Rose Hill où il tenait l’orgue (plus précisément l’harmonium) et dirigeait la maîtrise. Toujours assis non loin de l’orgue, j’étais pieusement fasciné par les cérémonies liturgiques et je demeurais emporté par ces saintes expressions musicales de louanges à Dieu. Mes oreilles s’émerveillaient des prestations de mon père et de la maîtrise, et je me sentais comme baigné intérieurement d’agréables sons jusqu’à prendre goût à étudier la musique.  
Ce fut le temps merveilleux et inoubliable où les belles envolées du grégorien et des cantiques charmaient la congrégation et magnifiaient ces cérémonies religieuses. Les temps ont changé et les goûts aussi sans que le nouveau répertoire, au rythme différent et plus animé, à la mode bien de chez nous, quoique un peu laxiste parfois, n’ait en rien faibli la ferveur des fidèles s’adaptant assez bien, surtout chez les jeunes, à cette nouvelle exaltation musicale pour célébrer le Seigneur. Pour les nostalgiques de ce temps passé, heureusement que la chaîne KTO nous les fait revivre régulièrement par ces chants latins et ces brillantes liturgies catholiques à Rome et à Notre Dame de Paris, entre autres.
Au début de mes études musicales, mon pater me fut un excellent professeur et je commençais intelligemment la lecture musicale et le déchiffrage. Il n’y avait chez nous qu’un vieil harmonium poussif et inutilisable et ce fut indispensable de me trouver un piano pour des études musicales sérieuses. Heureusement que ce temps-là, pour parfaire leurs chants grégoriens, certains prêtres de la paroisse venaient parfois consulter mon père qui y excellait. Un jour le Père Neyrolles, un saint jésuite, toujours animé d’une générosité céleste, nous fit envoyer un vieux piano avec des touches dénudées. Mon père le fit retaper par un ami luthier et ce fut mon premier piano et le début d’une merveilleuse aventure pianistique et musicale.
Avec discipline je m’y mettais à l’école pédagogique des fameuses méthodes du piano de « Carpentier », « Czerny » et de bien d’autres. Gammes, arpèges, exercices de tierces, de sixtes, d’octaves, répétés mille fois, me firent vaincre certaines difficultés techniques en consolidant l’énergie des doigts, la vélocité et l’indépendance des mains. Malgré la vétusté de ce piano je m’efforçais de maîtriser le doigté pour exprimer le sentiment que dans le fond de mon coeur je ressentais. Lentement mais sûrement il se forgeait une relation, presque sensuelle, entre cet instrument et moi. L’intelligence des doigts, mêlée d’une sensibilité expressive pour traduire avec le plus de réalité possible ce que le compositeur veut transmettre aux dilettantes, fut, disons, concluante à travers cette relation avec le piano.
Comme sorti des langes, je commençais alors à améliorer mon jeu librement par une expression artistique et rythmique. L’interprétation de l’essence esthétique et les élans poétiques d’un morceau, demande un travail assidu pour acquérir du talent et atteindre le stade où l’on ne joue plus du piano mais avec le piano…
Lors de mes études de Chef d’Orchestre à Londres, j’en profitais pour parfaire mon interprétation au piano, surtout le phrasé, les nuances, les couleurs et le bon usage des pédales. J’eus un excellent professeur qui m’initia au répertoire connu de Chopin, Beethoven, Debussy et de bien d’autres auteurs. En toute modestie, au terme de ces études, suivies d’un dur examen, j’obtins ma licence de professeur de piano. Qu’une petite digression pour faire comprendre que la profession de Chef d’Orchestre, même pour un pianiste, ne s’improvise pas, comme, hélas, on en voit des parvenus ces jours-ci, même à l’orchestre de la Police. Le professionnalisme dans la direction d’orchestre, nécessite des études approfondies et spécialisées dans diverses disciplines orchestrales et culturelles. Je reçus la baguette de Chef d’Orchestre qu’après de longs et rigoureux examens écrits et pratiques, avec l’immense honneur, sans aucune suffisance, d’obtenir le Professors’ Prize.