Monsieur le Président,
Une modification de la Constitution, dont le devoir de veiller au respect vous incombe, vise à déchoir de la nationalité française tout citoyen né en France ayant adopté une deuxième nationalité, qui serait trouvé coupable de délit de terrorisme. Cette proposition de votre part est éminemment antirépublicaine. On ne peut vicier de la sorte une Constitution républicaine et prétendre que l’on est encore Président d’une  République qui se respecte. Certainement pas, Monsieur !
La France est déjà perçue comme une monarchie républicaine par un grand nombre de Français. Voilà pourquoi certains courants progressistes en France proposent depuis quelques années déjà que la France s’inscrive dans la VIe République. Quelle aberration qu’un seul homme puisse décider d’un changement d’une telle portée ! Qui plus est, un socialiste trempé dans « la mémoire du mitterrandisme ».
Plus aberrant encore, vous avez pris à votre compte une proposition de la droite française. Plus de trois millions de Français se sentent ainsi menacés d’exclusion en France et en Europe. Sauf votre Premier ministre qui, lui, est issu d’Espagne. Entre Européens ne s’entend-on pas ? On peut se permettre une double personnalité sans avoir besoin d’une double nationalité. Si ce n’est pas du racisme, qu’est-ce que tout cela signifie, Monsieur?
Il existe trois raisons fondamentales au fait que je vous écris.
La première est que la Constitution française ne semble appartenir qu’aux Français de souche. Cette réaction de ma part peut paraître absurde de votre point de vue. Elle est cependant pertinente, puisque seuls ceux qui sont nés sur le territoire français et n’ayant aucune autre ancestralité sont protégés, même s’ils peuvent demain s’engager dans des actes terroristes en France ou ailleurs.  Ne sont visés que ceux considérés comme des étrangers, c’est-à-dire ceux dont les parents viennent d’ailleurs.  
Le deuxième motif de ma missive consiste à anticiper d’autres amendements semblables mais encore plus racistes de nature, pour rendre des Français (de souche ou pas) apatrides. Selon la Constitution ce serait impossible, dites-vous? Mais le régime de Vichy en avait fait autant à l’égard des juifs. On ne modifie pas une Constitution qui se veut universelle pour exclure une ethnie, un groupe religieux ou une organisation politique. Et quid de la référence républicaine française sur la planète. Combien d’États risquent-ils de copier la solution française ? Souvenez-vous que l’État français avait copié la solution allemande à l’égard des juifs durant la Deuxième guerre mondiale.   
La troisième raison de cette lettre s’interroge sur ce que veut l’État français quant aux milliers de jeunes établis entre la Syrie et l’Irak se réclamant de l’État Islamique. La France bombarde cette région en vue d’éradiquer cet État. Plusieurs centaines de Français là-bas ont détruit leurs passeports. L’intention de la droite française est qu’ils ne reviennent pas en France. D’où son projet de déchéance de nationalité à l’égard de TOUS ces jeunes français, à double nationalité ou pas. Qu’est-ce que l’État français compte faire d’eux ? Les séquestrer dans un deuxième « Guantanamo » en Guyane ? Les emprisonner à vie ? Ou encore, pour éviter des dépenses conséquentes, les massacrer par le truchement des bombardements ciblés ?
Monsieur le Président, il ne faut jamais rien enclencher de si néfaste quand vous savez pertinemment bien qu’il n’y aura aucune possibilité d’y mettre un terme. La solution se situe déjà dans le Code pénal français s’agissant de la sanction des criminels. Nul besoin d’être si excessif dans la démarche de soudoyer la droite, voire de récupérer le vote FN.