• Des dossiers sensibles de la police et des pièces à conviction, dont des armes et vêtements ensanglantés, jetés dans un dépotoir improvisé au pied de la montagne du côté de Palma…

Rien n’explique comment tout un assortiment de documents, ces chemises s’apparentant à celles que portent des membres de la force policière, l’uniforme de la police et surtout ces “exhibits” faisant partie des dossiers d’enquête pour meurtre, agressions, vols et autres affaires criminelles, se retrouvent ces jours-ci en pleine nature, soit au pied de la montagne Corps de Garde. C’est le constat dressé sur place par Le Mauricien au cours de la semaine écoulée.

Abandonnées là, à ciel ouvert, et pour des raisons inconnues depuis un certain temps, des “Occurrence Books” et les versions des faits des protagonistes cités nommément, ces archives de la CID de Quatre-Bornes couvrant une dizaine d’années, soit de 2001 à 2011 et comprenant des dossiers révélant des détails sur les enquêtes, les victimes, les témoins et les suspects, de même que les rapports de police. Dans ce “Dumping Ground” improvisé loin du regard commun, il n’y a pas que cela. C’est sans surprise que l’on y découvrira des armes, des vêtements ensanglantés, un faux billet, des chèques, des pièces d’identité liées à différentes enquêtes. Intrigante gestion des archives de la police, d’autant plus que certains dossiers peuvent être considérés comme sensibles.

Plusieurs dossiers de la CID de Quatre-Bornes et de la Western Division ainsi que des pièces à conviction dans des enquêtes sont en ce moment en pleine nature au pied de la montagne Corps de Garde, versant Palma. Des éléments liés à des affaires criminelles : meurtres, tentative d’assassinat, agressions, vols, avortement et suicide, entre autres. Couteau, gourdins, vêtements ensanglantés, faux billet, chèques sans provision, cartes d’identité, passeports, carnets bancaires sont parmi les éléments abandonnés au milieu des herbes folles, des broussailles et d’autres détritus.

Occurrence book, chemises semblables
à celles de la police et documents

Sur quelques mètres carrés, deux képis, dont l’un décoré d’une bande argentée, et plusieurs chemises bleues semblables à celles des uniformes de police. On y trouve également des vêtements n’ayant jamais servi, les épingles servant à retenir les plis des chemises neuves étant toujours attachées. Parmi les documents sur place une douzaine “d’Occurrence Books” portant des dépositions, des témoignages, des aveux et des rapports rédigés par des enquêteurs de la CID de Quatre-Bornes. Si quelques-uns de ces grands cahiers ont été abîmés par la pluie et des insectes, plusieurs sont encore en état et leurs contenus sont clairement lisibles. Sur les lieux, on trouve aussi des dossiers contenant tous les éléments recueillis par la police dans le cadre de certaines enquêtes.

Des informations sur les policiers
Des fiches originales comprenant des empreintes digitales, des plans avec des détails des Scenes of Crime, des sachets sous scellés et leurs contenus provenant du Forensic Science Laboratory (FSC), des “Search Warrants” et des directives signées de hauts gradés ont aussi été jetés. Trois carnets ressemblant à des lettres d’adieux d’un homme annonçant son suicide suivant une déception amoureuse font partie de ce décor, dont seuls les responsables de la CID de Quatre-Bornes peuvent fournir des explications.

Plusieurs documents donnent aussi des détails sur les policiers eux-mêmes : rapports médicaux, “Extra Duty Rosters”, des fiches portant les immatriculations des policiers et leurs affectations, des lettres signées par de hauts gradés et des “Search warrants”, entre autres. Un châssis de moto enregistré en 2011, des casques intégraux, des carcasses de vélo, des disques durs, des téléphones fixes et mobiles, des meubles cassés figurent aussi parmi l’amas d’ordures.
Telle est la découverte faite en ce début de semaine au milieu des bois et des champs de cannes au pied de la montagne. L’on y accède après presque trois kilomètres en passant par les champs de cannes à partir de la route menant vers Beaux-Songes de Palma. Un sentier aussi utilisable par les véhicules mène vers cette “Dumping Zone” située à l’arrière d’un des bassins alimentant le réservoir La Ferme en contrebas à quelques kilomètres de là.

Le mystérieux couteau

Sur les lieux, rien ne permet d’expliquer comment ces éléments se sont retrouvés là ni depuis quand ils s’y trouvent. Cependant, les dossiers datent d’une période s’étalant de 2001 à 2011. On note aussi que plusieurs des documents et éléments sont à caractère sensible et confidentiel. Juste à côté dans un sachet en plastique transparent et dans un conteneur en plastique ; un couteau de cuisine. Le sachet porte l’inscription du FSL en date de 2003. La précision étant que ce couteau avait été trouvé « near the feet of the victim ». Des morceaux de bougies, une bouteille de vin sont aussi parmi les autres “exhibits” liés à la même affaire portant la référence “Murder”.

Enquête pour avortement et faux billet

Parmi les dossiers complets abandonnés, celui d’une enquête sur un fœtus retrouvé dans une poubelle à Quatre-Bornes. Le document expose des détails personnels sur la mère, une adolescente de 15 ans poursuivie alors pour avortement.

Cette affaire est liée à l’inculpation d’un trentenaire poursuivi pour relations sexuelles avec une mineure de moins de 16 ans. Les empreintes digitales du suspect, le plan d’une maison et celui du site montrant où le fœtus a été trouvé font partie du dossier.

Par ailleurs, c’est dans un dossier portant pour référence “Counterfeit Bank Note” qu’a été découvert un faux billet de banque. Il avait été rangé dans une lettre adressée au Managing Director de la Banque de Maurice. L’affaire avait été rapportée par le pompiste d’une station-service de Quatre-Bornes.

Dans les “Occurrence Books” certains noms d’enquêtrices et d’enquêteurs reviennent régulièrement. Dans ces livres aussi, les témoignages recueillis sont de nature sensible. Dans certains cas, des suspects dans des affaires de vol ou autres crimes citent les noms de leurs complices et de leur Modus Operandi. On peut aussi voir comment les policiers ont suivi ces affaires et les observations et découvertes qu’ils ont faites après enquêtes.
Toutefois, on ne sait comment ces dossiers et “exhibits” de la CID de Quatre-Bornes ont pu se ‘frayer’ un chemin dans ces champs de cannes ou encore les raisons de cette démarche, à moins que la police du commissaire de police, Karl Mario Nobin, ne décide de jouer la transparence…

TENTATIVE D’ASSASSINAT EN 2003

Le sang de sir Bhinod Bacha sur des vêtements retrouvés

La polo-shirt que portait Sir Bhinod Bacha lors de son agression

Plusieurs éléments recueillis par la police dans l’agression dont avait été victime sir Bhinod Bacha le 15 décembre 2003 gisent au pied de la montagne Corps de Garde. Parmi, un polo rose tailladé et maculé de sang. Il s’agit du vêtement que portait le Senior Adviser du Premier ministre au matin de l’attaque qu’il a subie à Quatre-Bornes.

Le polo a été tailladé à l’abdomen et dans le dos précisément dans les deux endroits où son agresseur, James Edmund Sanhye, 40 ans, lui avait assené des coups de cutter. Il avait été rapporté que sir Bhinod avait saigné abondamment lorsqu’il avait trouvé refuge dans la boulangerie La Baguette Magique.

Conduit à l’hôpital, il avait reçu des points de suture. Des taches de sang sont aussi visibles sur un mouchoir blanc qu’il avait remis aux enquêteurs de la CID de Quatre-Bornes. La chemise et le pantalon que l’agresseur avait à son tour remis aux policiers après son arrestation sont aussi dans les hautes herbes.

Tous ces “exhibits” étaient rangés dans des enveloppes ayant pour référence “Attempt at murder.” En effet, quand cette affaire avait éclaté, la police considérait qu’il s’agissait d’une tentative d’assassinat avec préméditation. Ce matin-là, sir Bhinod venait d’acheter du pain lorsqu’il avait été abordé par le récidiviste tandis qu’il regagnait son véhicule. Dans une déclaration faite à la presse à l’époque, la victime avait expliqué que l’homme avait tenté de prendre ses clés et de lui imposer de monter dans sa voiture. D’où l’une des thèses qu’il s’agissait peut-être d’une tentative d’enlèvement. L’homme, avait précisé sir Bhinod, l’avait menacé puis agressé avec un « gros cutter de trois ou quatre pouces » (Week-End, 21 décembre 2003).

Sir Bhinod avait dû son salut du fait qu’il ait pu revenir dans la boulangerie et réclamer de l’aide. Son agresseur s’était enfui. Mais puisque sir Bhinod connaissait son identité, la CID de Quatre-Bornes n’avait pas tardé à mettre la main sur James Edmund Sanhye, dit Roger. À un moment, il fut évoqué que ce dernier aurait connu sir Bhinod en prison lorsqu’il avait été suspecté dans l’incendie qui avait causé la mort de son épouse et de son fils en 1994. Arrêté la même année, il avait retrouvé la liberté en 1996.

En février 2009, James Edmund Sanhye avait été condamné à six mois de prison. L’homme avait plaidé coupable pour agression avec préméditation. Avant de faire appel, il avait été momentanément en cavale. Quant à sir Bhinod Bacha, il avait dit qu’il avait rapidement surmonté le traumatisme subi à l’époque. En cour, lors du procès de son agresseur il avait pardonné à James Edmund Sanhye pour son geste. « Forgiveness is divine », avait-il dit en cour. Sir Bhinod Bacha avait plus tard expliqué qu’il espérait que son geste aiderait son agresseur à se repentir.


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