MORIS DIME | FINN ARIVE YER – AOÛT 1967 : Le Discours du Trône du Gouverneur Rennie

On se situe dans une atmosphère post-électorale relevant d’une âpre campagne frappée, de part et d’autre, de joutes oratoires. L’Independence Party vient tout juste de remporter sa victoire sur le PMSD aux élections générales du 7 août 1967.
Peu après la prestation de serment de la plupart des députés au matin du mardi 22 août 1967, à la réunion de la Deuxième Assemblée législative sous la présidence d’un Speaker de grand acabit en la personne de Sir Harilal Vaghjee, le Gouverneur sir John Shaw Rennie prononce le Discours du Trône à l’Hôtel du gouvernement.
Le Gouverneur Rennie procède à la « formal opening of the First Session of the Second Legislative Assembly ». On peut lire dans Le Mauricien, qui publie l’intégralité du Discours du Trône dans son édition de mercredi, que « The first item of business will be the motion which is to be moved today (yesterday, NdlR) requesting Her Majesty’s Government in the United Kingdom to take the necessary steps for the attainment of Independence by Mauritius at as early a date as practicable…». Cette motion de sir Seewoosagur Ramgoolam est présentée ce mardi même à 14h20 et les « débats animés », précise le quotidien, prendront fin dans la soirée, avec à la clé l’adoption à l’unanimité de celle-ci par « des parlementaires des partis au pouvoir » à 23h45. L’Indépendance de Maurice est donc votée.

Orientation économique

Plus tôt, à midi, en ce 22 août 1967, Le Discours du Trône distille les grandes lignes de l’orientation économique de Maurice et se pose en annonciateur privilégié des directives pratiques pour une mise en œuvre. La structure du Grand Oral du Gouverneur britannique John Shaw Rennie ne se prête pas au dilly-dallying; il ne traînasse pas, son discours étant to the point. D’emblée, il indique aux députés présents qu’ils auront la tâche de donner leur assentiment aux dotations budgétaires pour une année financière complète… En ce sens, à l’intention des membres de l’Assemblée législative, « An Estimate of Supplementary Expenditure will be laid before you and the necessary Appropriation Bill will be introduced.»
Par ailleurs, Rennie évoque l’introduction d’un projet de loi pour instituer l’Ombudsman. Mention est aussitôt faite d’un autre Bill au regard du recrutement des employés des collectivités locales par le biais d’une « Local Government Service Commission ». Aussi est-il question de solliciter le service-conseil d’un juriste français en vue de réviser le Code Civil et le mettre au diapason des « needs of Mauritius ».
Qui plus est, l’acuité du taux de chômage à Maurice ne démord pas. John Shaw Rennie met en exergue que « my Ministers will continue to give priority to economic development and to the creation of additional jobs, and they will extend their whole-hearted support and co-operation to the private sector of the economy in any measures directed to this end ». Le gouverneur affiche un certain optimisme dans cette voie, ajoutant dare-dare que « my Ministers trust that the rate of local and foreign investment in Mauritius will increase and that the private sector will make its full contribution towards a concerted national effort ».
Se fondant sur les propositions de « my ministers » – leitmotiv de son discours –, John Shaw Rennie met en exergue la création d’un Industrial Promotion Centre grâce au concours des Nations unies. L’attention est également dirigée vers certaines restrictions quant à l’importation, l’objectif annoncé étant de soutenir, voire booster, la production locale en général. Une diversification agricole accrue par l’entremise des cultures du riz et de légumineuses est privilégiée, et il n’est pas anodin que la Banque mondiale, qui a pointé du nez au début de 1967 sur la question des crédits agricoles, soit citée explicitement lors du Discours du Trône, dans la recherche d’une plus grande portée des mouvements coopératifs à Maurice.
Tout projet de développement présenté comme étant d’une certaine envergure ne peut aboutir sans cette connexion grandissante avec le monde extérieur. D’où l’annonce d’instituer une « Authority for the port of Port-Louis in order to co-ordinate harbour and industrial development so as to maximise the economic potential of the port and to provide for better and more stable conditions of employment ».

Agriculture et terres

Sir John Shaw Rennie prend de nouveau à témoin ses ministres, qui, affirme-t-il cette fois-ci, « will continue to give special attention to agriculture ». Le Gouverneur prône par là même la réorganisation des services agricoles du gouvernement en vue d’un nouvel élan. Cette démarche se rapporte, entre autres, au « land settlement », où il est question de répartir 10000 arpents de terres comme moyens de subsistance à 5000 ménages.
La question de la croissance démographique à Maurice aura certainement préoccupé l’esprit des décideurs de la Grande-Bretagne et de l’île Maurice pré-indépendante. Il n’est donc guère surprenant que le Gouverneur Rennie considère le « maintenance of the standard of living » comme le corollaire d’un « effective control of the growth of the population ». Et celui-ci de poursuivre : « My Ministers will therefore continue to give the maximum encouragement to family planning. Financial and technical assistance from international sources, already guaranteed or under negotiation, will enable the voluntary agencies engaged in this work to extend and intensify their activities ».
Par ailleurs, est bel et bien répercutée dans le Discours du Trône la préoccupation des ministres quant au sort des jeunes dans cette Île Maurice Indépendante, qui point à l’horizon. Il favorise en ce sens une redynamisation des « youth services » du ministère de l’Éducation « with a view to preparing the youth of the country for full and active participation in the economic and social development of Mauritius ».
Bien que le Gouverneur n’ait pas mentionné, en ce 22 août 1967, la potentielle contribution politique des jeunes de Maurice à l’avancement de la société mauricienne, le terrain des événements à la fin des années 60 et au début des années 70 allait militer pour opérer une brèche incontournable dans le visage politique du pays, au risque de briser le carcan d’un certain paternalisme, entre autres… Des jeunes, profondément mauriciens pour beaucoup, à l’avant-garde d’une ère de revendications…