La victoire de l’Independence Party (le Parti travailliste, le Comité d’action musulman (CAM) et L’independent Forward Bloc – IFB) sur le Parti mauricien social démocrate (PMSD) – 39 sièges contre 23 – sans les députés correctifs) aux élections générales du 7 août 1967 aura réservé son lot de surprises de part et d’autre. Premier constat: la défaite dans le camp des Indépendantistes de quatre ministres, en l’occurrence Guy Forget (Travaux et communications intérieures), Abdool Razack Mohamed (Urbanisme, Terres et Logement), Guy Balancy (Information et PTT) et Michaël Leal (ministre d’État au budget), ainsi que Régis Chaperon, Radhamaney Poonoosamy et Eliézer François. La débâcle du côté des anti-indépendantistes se manifeste également par la chute de Jules Koenig (l’ex-leader emblématique du Parti mauricien), Dharma Rajan, l’adjoint au leader du PMSD, Jean Alex Rima, Narainduth Sookhoo, entre autres. Le Mauricien du 9 août 1967 en fait état et annonce, le lendemain, en stop press, la liste des huit députés correctifs (Best Losers): quatre candidats du PMSD (Bussier, Maingard, Rima et Narrainen) et quatre candidats de l’Independence Party (Balancy, Forget, François, Mohamed).
Le 22 août 1967, à 23h45, la motion de sir Seewoosagur Ramgoolam auprès du gouvernement britannique en marge de l’indépendance de Maurice à brève échéance est votée. « Les parlementaires des partis au pouvoir votent l’indépendance de Maurice à l’unanimité », titre en une Le Mauricien le lendemain. On y retrouve l’intégralité du Discours du Trône qu’a prononcé Sir John Shaw Rennie, Gouverneur de Maurice, au matin du 22 août. S’ensuivent de nombreux débats y relatifs, au point où Le Mauricien s’y attarde davantage dans son édition du 30 août. Le quotidien souligne les nombreuses interruptions des « deux côtés de la Chambre », titre sur Raymond Rivet, principal porte-parole de l’Opposition, qui « fait le procès des partis au pouvoir », et salue au passage la posture de Kher Jagatsingh, le ministre de la Santé d’alors, qui aura « défendu son point de vue avec force en maintenant haut le niveau des débats ».
Le Mauricien fait également la part belle à l’intervention de Beekrumsing Ramlallah, élu pour le compte de l’Independence Party à la circonscription N°6 (Grand-Baie/Poudre d’Or). Ramlallah évoque des points importants s’agissant de la condition des pêcheurs, de l’Ombudsman, ainsi que la distribution équitable de « 10 000 arpents » de terre cultivable « sans distinction de communauté ».
Par ailleurs, les propos du bouillant Elias Oozeerally (député PMSD de la circonscription N°3 – Port-Louis Maritime/Port-Louis Est) et de Raouf Bundhun (député de la circonscription N°4  – Port-Louis Nord/Montagne-Longue), ironisant sur les dires du plus jeune député de l’hémicycle, auront également animé les débats. Et ce, sans oublier la teneur des propos de Gaëtan Duval, Monaf Fakira, Guy Marchand et Guy Ollivry. Tous ces débats se déroulent au moment où les feux des projecteurs sont également braqués sur les « treize pétitions électorales déposées en Cour suprême », dont onze venant du PMSD…
Les débats sur le Discours du Trône prennent fin le 15 septembre 1967. Le Mauricien évoque, dans son compte-rendu le lendemain, une  « atmosphère tendue ». Les interventions ponctuées de remarques de Sookdeo Bissoondoyal (qui critique la presse le 12 septembre), d’un Satcam Boolell très cartésien dans la repartie, de Gowtam Teelock, d’Augustin Moignac, Maurice Lesage, Yousuf Mohamed, Jean Ah-Chuen, Mewasingh Awootar, Veerasamy Ringadoo, Tanguvel Narrainen, du Dr Ghurburrun, Dayanundlall Basant Rai, Joseph St.Guillaume ainsi que Sir Seewoosagur Ramgoolam, entre autres, viennent clore de longs débats au sein de l’Assemblée, dont les travaux devaient reprendre le mardi 7 novembre 1967. SSR, lors du résumé des débats, rapporte Le Mauricien, « répond aux critiques de l’Opposition avec force ». Et de citer SSR en substance lors de son intervention en fin de séance parlementaire: « La meilleure preuve de la démocratie, c’est d’écouter l’Opposition sans l’interrompre. Car l’Opposition a le don de se méprendre: elle a mal lu et mal interprété tous les actes du gouvernement. Tout au long de ces débats, la Chambre a entendu les mêmes arguments. Mon gouvernement a été tenu responsable du surpeuplement, du prix du sucre…»
Comme quoi on nageait déjà en plein realpolitik au plan local.
Partir pour l’Australie…
Il convient tout de même de signaler une information qui vient se planter au beau milieu de toute cette vive actualité : dans une missive en date du 11 septembre 1967 publiée dans Le Mauricien le 13 septembre, Alex Bhujoharry, en tant qu’administrateur, vient souligner que le Collège Bhujoharry (Filles) ne fermera pas ses portes ; que la rumeur selon laquelle les dirigeants du collège vont partir pour l’Australie relève de la fausseté. Cette missive est lourde de sens dans la conjoncture politique alors même qu’une publicité sautait aux yeux dans Le Mauricien du 14 août 1967 prévoyant l’arrivée sous peu du R.H.M.S Patris pour un départ vers Fremantle, Melbourne et Sydney.