MORT DE LA GRANDE NOUVELLISTE : Mort de la grande nouvelliste Annie Saumont

Goncourt de la nouvelle en 1981, mais également traductrice, elle aurait eu 90 ans en mars. On l’a surnommée la sœur française de Raymond Carver.
C’est sa maison d’édition, Julliard, qui a annoncé la triste nouvelle: la nouvelliste et traductrice Annie Saumont, Goncourt de la nouvelle en 1981, est décédée, a annoncé mardi 31 janvier son éditeur dans un communiqué. «Les Éditions Julliard, Betty Mialet, Bernard Barrault (dirigeants de la maison d’édition) et toute l’équipe, ont la tristesse de vous faire part de la disparition d’Annie Saumont.» Elle aurait eu 90 ans en mars.
Connue pour ses nouvelles, Annie Saumont fut d’abord traductrice de littérature anglo-saxonne, notamment de J.D. Salinger (L’Attrape-coeur), John Fowles et V.S. Naipaul. Nouvelliste hors pair, elle avait acquis un exceptionnel savoir-faire en même temps qu’une grande notoriété dans ce genre littéraire.
Elle a publié plus de trois cents nouvelles réunies dans une vingtaine de recueils. Saluée par la critique, elle était parfois désignée comme la sœur française de Raymond Carver. Les éditions Julliard publieront au mois de mai un florilège de ses nouvelles dans un volume préfacé par Josyane Savigneau.

«Notre petit monde contemporain défile à toute allure...»
Quand Patrick Besson était chroniqueur au Figaro littéraire, il écrivait, au moment où il évoquait C’est rien ça va passer (Julliard) : «Les personnages de Saumont sont des femmes perdues et des hommes qui ne vont guère mieux. Ils s’ennuient dans un monde froid, qui ne mérite pas une description. Le ciel leur est tombé sur la tête depuis longtemps, faisant cette grosse bosse nommée chagrin. Des femmes de ménage arabes font arrêter par inadvertance l’amant dealer ou paresseux de leur patronne. Une fille vit avec un tueur ; on tourne la page, on découvre qu’il égorge des poulets. Un apprenti Ben Laden laisse une bombe dans le bagage de son épouse qui doit prendre l’avion, mais elle la laisse dans le coffre et c’est lui qui saute dans sa voiture. Tout est cruel et raté. Un homme vous prête son appartement pour deux semaines et disparaît pour toujours. La vie n’avance pas, il y a même bien des cas où elle recule.» Et il ajoutait: «Notre petit monde contemporain défile à toute allure...»
Son style? « C’est entre le monitoring et l’électrocardiogramme. Il y a aussi un peu de laser. Saumont ne se regarde pas écrire, car on ne peut pas tout faire», dit Patrick Besson. Toujours à propos d’elle, l’écrivain avait écrit: «Les Français ont enfin compris qu’il valait mieux lire une bonne histoire de cinq pages plutôt qu’une mauvaise de cinq cent.» La nouvelliste ne sera plus là pour lui donner raison...

Un regard attendrissant
Dans Qu’est-ce qu’il y a dans la rue qui t’intéresse tellement? (Joëlle Losfeld), Annie Saumont démontre son savoir-faire dans l’art de décrire la vie quotidienne. Annie Saumont, experte en la matière, réussit, à chaque recueil de nouvelles, à croquer des «événements» ordinaires. Dans ce livre, les souvenirs d’enfance semblent être le fil directeur. Dans la première nouvelle, un vieil homme, du bord de sa fenêtre, pense à ses jeunes années. Sa femme lui répète sans cesse «Qu’est-ce qu’il y a dehors qui t’intéresse tellement?» Il ne répond rien, emporté dans son enfance.
Dans la deuxième nouvelle, on croise deux copines dans le métro, dont l’une a subi un inceste. Elles vivent dans un foyer d’accueil et tentent de fuir par le rêve. Quant à la dernière nouvelle, un homme revient dans sa ville natale, un lieu où, dit-il «j’ai traîné ma longue enfance». Même si ses récits disaient souvent le malheur et évoquent des gens cabossés par le destin, le regard d’Annie Saumont était toujours attendrissant. Nouvelliste de talent, elle arrivait, en deux ou trois lignes, à créer un décor, des personnages, une histoire.