Que le 12 mars soit présenté comme un temps d’unanimisme et de rassemblement, et que les courts métrages tentent de représenter un pays solidaire avec des groupes culturellement différents et une politique pour la coexistence pacifique entre ces groupes ! Que reste-t-il d’une société dans laquelle la question du vivre-ensemble se pose avec toujours plus d’acuité ? Les thématiques de la fraternité et de la coexistence de groupes culturellement distincts en disent long sur les difficultés que peut avoir un pays à se représenter comme solidaire. Or, il semble que l’on soit passé, ces dernières années, à un questionnement sur la possibilité même pour la population de notre pays de faire société. Ce n’est pas un hasard si le thème de l’identité nationale en est venu à occuper le devant de la scène. Lorsque la société se replie sur des groupes qui entrent parfois en conflit, le récit des films tente de structurer l’imaginaire national.
« Nu l’île Maurice », un court de 15 minutes projeté en public à l’occasion de la fête nationale, le 12 mars 2016, a été produit par Sada Rajah avec la collaboration de la Mauritius Film Development Corporation (MFDC). L’occasion de d’un des personnages du film (le chauffeur joué par Yousuf Manjoo), un passionné du théâtre, du cinéma, de la pub dont l’actualité récente est marquée, outre plusieurs films (« Grate Gratos »), par « Batmen » de Wassim Sokia et « Nu l’île Maurice » de Sada Rajah. Des comédies de ses débuts à l’âge de 13 ans à des films de haute tenue, les films dans lesquels a joué ce comédien débordent de personnages hauts en couleur, d’humour, de sentiments, de dialogues… avec, à parts égales, rire et générosité.
Yousuf nous parle cinéma avec la projection d’un film sur le multiculturalisme qui revient au-devant de la scène. Pour résumer le film : Le chauffeur (Yousuf Manjoo) ramène Ashok et sa femme d’origine étrangère de l’aéroport jusqu’à leur maison. « Li dir mwa amene li Vallée des Prêtres. Kan pe rouler, ena boucou dialog parski sa fer 30 ans ki Ashok pas fine retourne Moris… » Un jeu de questions-réponses s’ensuit non sur les conflits de tous ordres sociaux, économiques, politiques qui agitent le pays mais plutôt sur son développement économique : les nouvelles infrastructures, le tourisme, le nouvel aéroport, les « smart cities », le développement du port, la modernisation du pays mais aussi d’harmonie sociale.
La thématique du développement est avancée comme remède à d’autres maux et l’on débat à foison sur la possibilité du vivre-ensemble. Un évènement vient illustrer ce « vivre-ensemble ». La nièce d’Ashok, gravement malade, est sauvée grâce au don de sang d’un rasta. Le médecin qui la soigne est un musulman, etc.  La femme d’Ashok porte un regard extérieur et surpris, sur cette petite communauté qui vit ensemble pacifiquement. Bien sûr qu’il s’agit d’un premier constat et qu’on s’interroge dans cette fiction sur la perpétuation d’un ensemble cohérent. Mais il existe aussi l’envers du décor. Mais dans le contexte des 48 ans de l’indépendance de Maurice, le réalisateur a focalisé sur le besoin d’unité, d’unicité et la tentative de construction d’un socle commun de valeurs. C’est ce même besoin qui explique le succès du modèle qui est toujours le même : un seul récit, une seule histoire qui intègre tout, explique tout en vertu de certaines valeurs.