MUSIQUE: Lavenir zanfan, sur la voie de Désiré François

Un cinquième album solo. Désiré François chante afin d’honorer une promesse faite à lui-même et à ceux qui ont appris à lui faire confiance. Cette “mission” est sacrée à ses yeux. Convaincu par la philosophie qui le fait avancer, l’artiste poursuit son parcours en gardant tous les éclats de sa couleur musicale. Lavenir Zanfan, réalisé avec Cassiya, est une nouvelle étape d’une carrière professionnelle qui a débuté il y a 20 ans.
Juste derrière, de l’autre côté de la baie : le Morne, dans l’éclat de toute sa majesté. La montagne symbole, il l’a chantée quand, avec Cassiya, il avait repris le célèbre poème de Sedley Assonne. Un autre tube qui garde l’empreinte vocale de Désiré François, celui qui demeure “la voix de Cassiya”. Groupe qui, jusqu’à sa dissolution, a été considéré comme l’une des plus grandes formations de l’océan Indien.
Assis sur un banc en béton, le dos à la mer, l’homme conserve beaucoup de souvenirs de cette période. Au final, tout cela lui a procuré “beaucoup de bonheur”. Son optimisme n’a jamais failli : “C’est parce que je suis quelqu’un de positif que je continue ce que je fais.”
Comme Alain Ramanisum et Gérard Louis, Désiré François a repris la route après Cassiya. En s’entourant de la plupart de ses anciens compagnons musiciens, il a gardé vivant l’esprit musical du groupe. Lavenir Zanfan en est imprégné.
Cinquième album
Dans ce cinquième album solo, Désiré François met en exergue la sagesse musicale acquise par vingt ans d’expérience, après ce Star Show de 1992 où lui-même et ses compagnons avaient été révélés comme les précurseurs d’un autre séga. Les neuf titres de ce nouvel album gardent la couleur musicale d’origine, mais exploitent d’autres avenues pour se démarquer des précédentes compositions.
Tout en restant fidèle à son style, Désiré François prend soin d’éviter le déjà entendu, en venant de l’avant avec des compositions originales qui laissent découvrir un tout nouveau répertoire. On demeure certes en terrain connu : l’album crée l’impression d’un voyage musical qui continue et qui offre de nouveaux paysages à apprécier dans une ambiance qui garde toute sa fraîcheur et son enthousiasme.
Mission
Cet album, Désiré François dit l’avoir réalisé comme pour tenir une promesse : “Je l’ai fait pour le peuple. C’est une responsabilité que nous avons vis-à-vis de nos fans. Nous essayons d’en produire un chaque année.”
À chaque fois, c’est le même défi qui s’impose pour ne pas décevoir et pour que la flamme demeure, chez le public comme chez les artistes. C’est précisément pour éviter la monotonie et sonner différent que le chanteur a préféré confier certaines compositions à d’autres collaborateurs. Parmi les auteurs et compositeurs qui ont travaillé avec Désiré François sur cet album, citons Rico Clair, Evelyne François, Dominique Isidore, Yvon Vernet, Antonio Perrine, Henry Louis et Hugues Lansley (Kong). Le travail a été revu ensemble. “Ce sont des personnes qui connaissent bien mon style et qui m’ont proposé des compositions adaptées à ce que je fais.”
Bann realite lavi
À travers cet album, Désiré François parle, une fois encore, de “bann realite lavi. Parce qu’il y a des choses que les gens vivent et qu’ils n’osent pas dire, alors qu’il faut en parler. On affirme que j’ai un don pour la chanson. J’en profite pour faire entendre ce que ces gens silencieux auraient souhaité dire.”
L’amour, la vie, les sentiments, la souffrance et la douleur comptent parmi les thèmes de l’album. Cet opus, Désiré François a choisi de le dédier aux jeunes. “Pour leur dire qu’ils représentent l’avenir. Notre avenir est entre leurs mains. Ils doivent apprendre à se débrouiller seuls et à se tenir sur leurs pieds pour leur bien et celui du pays. Ils doivent faire attention à l’alcool, à la drogue. Quand on voit combien ces fléaux prennent de l’ampleur…”
Espoir
L’alcool l’avait condamné aux fers de la dépendance. Cela fait une douzaine d’années qu’il s’est libéré de cette entrave. Désiré François n’oublie pourtant pas ceux qui n’ont pu s’en sortir.
Les préoccupations ne manquent pas : “Le pays est ainsi fait; il y a des problèmes partout.” Plus tôt dans la journée, il avait été attentif aux inquiétudes de personnes rencontrées à Case Noyale, qui lui avaient raconté leurs angoisses parce qu’elles seront bientôt expulsées de leurs cases pour faire de la place à un projet hôtelier. “Toutes ces inquiétudes, toute cette tristesse m’interpellent et me rappellent qu’il y a encore beaucoup à faire. Et c’est pourquoi, malgré le chemin parcouru, je veux continuer.”
Sur terre, chaque être, veut-il croire, a une mission : “Nous devons faire ce pour quoi nous sommes là. Moi, je chante.” Les messages passés jusqu’ici n’ont pas été vains : “J’ai rencontré des gens qui m’ont confié que mes chansons les avaient aidés à reprendre sur eux quand ça n’allait pas, parce qu’ils se retrouvaient dans ce que je disais.”
Sov nou lanatir
Pour ne pas déroger à la règle, Lavenir Zanfan est également une occasion de chanter la nature : “Later li la pou fer nou boner. San dimande li sem so rises. Tou seki ou pou plante tou seki nou pou rekolte ladan mem nou lafors. Ki fer zot pe maltret nou later ? Derasine pou goudrone, derasine pou betone. Indistriyel pe pli polie, lanatir pe toufe”, chante-t-il dans Nou Racin.
Si la nature a une telle importance pour lui, c’est parce que cet enfant de Cassis, abandonné à lui-même après la séparation de ses parents, a appris à la respecter lorsqu’il y trouvait refuge. “Pour vivre, je passais beaucoup de temps sur la mer ou dans les bois. Avec des amis, on s’amusait à cueillir et à manger des mason et des badam. On s’en nourrissait. J’étais si imprégné de la nature que j’ai fini par lui vouer un vrai respect. C’est pourquoi je n’arrive pas à comprendre ceux qui ne font aucun effort pour la protéger.”
Peser
Caché du soleil par les feuilles de l’arbre qui protège le banc en béton, Désiré François est à l’aise dans ce cadre pittoresque et sauvage. C’est pour cette raison qu’il a choisi ce village côtier pour le tournage d’un de ses prochains clips. Une fois réalisé, il sera joué ici et dans tous les autres pays visités où il compte des fans. De Maurice à l’Europe, en passant par les îles de la région et l’Afrique, le parcours du chanteur est flatteur.
Mais l’homme s’efforce de ne pas oublier ses racines. En face, les vieux loups de mer qui rafistolent le grand filet tendu entre les lianes des grands arbres de Case Noyale lui donnent l’occasion de rappeler qu’il était lui aussi pêcheur. “J’avais 16/17 ans. Il fallait que je pêche pour me nourrir. Ça a été mon premier métier.” C’est à cette période qu’il commence à s’initier à la musique. Quelque temps plus tard, avec des amis du coin, il crée Cassiya. “Nous avons beaucoup vécu. Il était normal que nous passions par des hauts et des bas. Tout cela a contribué à nous enseigner des choses. Nou ti bizin kogne pou aprann. Aster-la, mo kontan.”
D’autres projets suivront ce cinquième album, qui plaira aussi bien aux fans qu’aux amateurs de séga en général. Désiré François continuera son parcours, avec un seul et unique désir chevillé au cœur : “J’aurais souhaité que mon avenir soit comme les choses sont aujourd’hui. J’espère demeurer quelqu’un de simple, qui s’entend bien avec les autres et qui vit honnêtement avec son prochain. Mo tia kontan bann zafer res koumsa mem.”