MUSIQUE TRADITIONNELLE — Lasosiasion Pratikan Sega Tipik : Habiter le Patrimoine

Collectage, pratique de chants traditionnels : le groupe Abaim avait déjà commencé un travail important pour conserver jalousement un trésor culturel très riche : le séga tipik à Maurice. L’inscription de ce séga au patrimoine immatériel de l’UNESCO caractérise l’âme de la région du Morne et d’autres lieux avec les chants folkloriques, le livret « O ti le la e ravann ».
Lasosiasion Pratikan Sega Tipik, lancé le 5 juillet 2017 au Jardin de la Compagnie à Port-Louis, vient renforcer cette dynamique entre 11 groupes de sega tipik à Maurice et fait émerger la question des rapports entre plans d’actions patrimoniaux, sites et de leur devenir.
Le lancement de l’association s’est déroulé dans l’esprit du Sega Tipik, le public rassemblé comme le cercle de la ravanne pour écouter une musique de qualité.
Un patrimoine encore vivant, mais dont un pan disparaît à chaque décès d’un ségatier et autre chanteur rural : le répertoire traditionnel des chants et musiques à Maurice est un héritage d’une grande richesse et diversité. Comme préconisé par l’UNESCO, il fallait se regrouper en association pour parler de séga tipik d’une seule voix, faire sa promotion, le défendre auprès des autorités concernées. Sylvain Donice (actuel président de l’association) a pris l’initiative de consulter toutes les personnes dans le domaine du séga tipik à partir d’un comité consultatif. Une première réunion a eu lieu en août 2016. A partir de là l’association a commencé à travailler avec 11 groupes : Grup Zenfan Labrazir, José Legris de Rivière du Rempart, Mimose Ravaton et partenaires de Quartier Militaire, Abaim de Barkly, entre autres.
De nombreux musiciens se sont rencontrés sous la direction de Marclaine Antoine et autres pionniers du séga tipik. L’objectif de Lasosiasion Pratikan Sega Tipik est de veiller à l’édification du séga tipik comme une culture avancée et empreinte d’identité nationale. L’autre mission sera de développer une troupe nationale de séga tipik, d’initier des projets et de disséminer cette musique à tout vent. Les autorités concernées ont réitéré leurs vœux de faire du Jardin de la Compagnie un espace où les artistes pourront venir s’exprimer et vendre leurs produits culturels. L’association étudie la possibilité de créer une coopérative à cet effet. On le sait, que les artistes pratiquant le séga tipik ne sont pas dans le circuit commercial, mais ils méritent la reconnaissance du public. C’est grâce à eux que le séga a été inscrit au patrimoine de l’UNESCO. Alain Muneean, secrétaire de l’association se réjouit de ce regroupement qui est une continuité du travail entrepris par le groupe Abaim (album nome mwa sega tipik, livret ravanne) et une nouveauté pour ce qui est des défis et discussions à venir autour du séga tipik. A l’agenda de l’association : la dissémination du séga tipik dans les milieux scolaires pendant les vacances.


Un héritage d’une grande richesse et diversité

C’est une richesse d’autant plus frappante quand on compare le répertoire de chansons de séga tipik (avec Josiane Cassambo-Nankoo, Mimose Ravaton, Fanfan, Michel Legris, Marclaine Antoine, Serge Lebrasse et autres groupes de musique traditionnelle). Violoneux, conteurs, chanteuses, chanteurs à la voix éraillée ont fait preuve jusqu’à présent d’une belle vivacité à Maurice. Le séga traditionnel est inscrit au patrimoine immatériel de l`UNESCO. Un exemple de sauvegarde et de transmission d’un bien commun, d`une mémoire. Le séga comme vecteur d’un pan de notre histoire (l’esclavage) et d`une identité collective, constitue avec Lasosiasion Pratikan Sega Tipik un enjeu important : il s’agit de valoriser ce patrimoine, l’habiter comme il se doit en remettant au goût du jour le répertoire des « anciens » et en renouvelant ce répertoire vocal traditionnel avec nos jeunes.