Jeudi prochain, une task team de la Banque mondiale, menée par Rafaello Cervigni, Lead Environmental Economist et qui a assuré la coordination du rapport intitulé The Ocean Economy in Mauritius : Making it happen, making it last, engagera des discussions à haut niveau à ce sujet. Ce plan, décliné dans un document de 243 pages, sans compter les technical appendices, balise les paramètres d’intervention dans le cadre d’une O2 Strategy et procède à une évaluation du « overall potential of the Ocean Economy to contribute to Mauritius’ development ». Tout en identifiant les secteurs économiques autour desquels s’articulera l’ocean economy, la BM se dit confiante que « doubling the ocean economy is possible and worthwhile ». Mais les consultants de la BM mettent en garde contre toute tentative de brûler des étapes. Dans cette perspective, le rapport fait preuve d’une extrême retenue en ce qui concerne les projets du terminal pétrolier à Albion ou encore l’island container service dans le port. Des études complémentaires et plus approfondies sont réclamées pour ces projets, de même que pour ceux ayant trait à l’ambition de Maurice de repositionner le port au niveau de la région. Toutefois, en attendant que les propositions soient validées et entérinées, un obstacle devra être surmonté. La BM prévoit que le lancement de l’ocean economy nécessitera au bas mot des investissements de Rs 20 milliards (580 millions de dollars) annuellement.
Les consultations de jeudi, qui comprendront une importante équipe de la Banque mondiale mais aussi des représentants du Prime Minister’s Office, des ministères des Finances, de l’Ocean Economy et d’autres secteurs concernés comme le National Ocean Council, sont en prélude à une conférence nationale organisée probablement en septembre avec la présentation des grandes orientations du développement de ce nouveau secteur. La réunion de jeudi, qui sera reliée en vidéoconférence avec le bureau de la Banque mondiale de Maputo au Mozambique, avec la participation du Country Director, Mark Lundell, devra constituer « an opportunity to make progress on earlier discussions about potentiel further support to the Ocean Economy agenda, focussing on the implementation of the policy findings of the report, through project level technical and financial assistance ».
D’entrée de jeu, la Banque mondiale, tout en confirmant la pertinence de la diversification économique avec le nouveau pilier de l’économie bleue, rappelle un desiderata. « The analysis suggests that doubling the GDP share of the Ocean Economy is possible,but achieving such target is likely to take at least 15-18 years. Attempts to pursue the O2 target over a shorter period of time may well result in undesirable economic outcomes, such as diseconomies of scale, price increases, excessive use of natural resources, and fiscal imbalances »,  note le rapport en discussion.
Toutefois, les prévisions établies indiquent qu’au cours des dix premières années, des premiers dividendes devront être récoltés sous forme d’une augmentation de 62% de la contribution de l’ocean econmy au Produit intérieur brut, et de 38% sur le plan national. Mais il y a encore l’urgence d’un « major boost in investment ». Comme indiqué plus haut, la moyenne des investissements est de Rs 20 milliards annuellement au cours des dix premières années, avec une enveloppe de $ 8,2 milliards, soit Rs 287 milliards, pour les 18 à 20 ans. « This is equivalent to an increase in investment of 1.6 percent points of GDP over and above the share of GDP going to fixed investment over the decade 2005-2015 », concède la BM.
Pour pouvoir réaliser cet objectif en matière d’investissements, la tendance à la baisse, que ce soit sur le plan privé ou public, devra être renversée dans les meilleurs délais, avec des efforts en matière de productivité et de compétitivité. Les consultants de cette institution internationale soutiennent que le tour est jouable. « This increase in investment is feasible and is in line with a reasonable objective of a 30 percent GDP share going toward fixed capital formation, in order to finance the OE as a major contributor to Mauritius becoming a high income economy », peut-on lire à la page 15 du rapport en discussion.
Néanmoins, avant de franchir le cap des investissements, la BM préconise une série d’actions à court terme, soit sur les 6 à 18 mois à venir, sous la supervision de l’Ocean Delivery Unit, notamment :
— l’élaboration d’un National Ocean Policy Paper, comprenant un plan d’action à court et moyen termes,
— un unified regulatory framework pour l’ocean economy
— un programme de formation pour disposer de la capacité technique et opérationnelle dans des selected priority ocean economy areas,
— un governance and legal framework pour le marine spatial planning process,
— une financial protection strategy en cas de catastrophes climatiques,
— un engagement politique de haut niveau pour la réhabilitation des lagons,
— un buisness plan de trois ans pour le bank fishery development,
— un integrated energy plannig process,
— un cable program looking eastwards (vers l’Asie) et également vers l’Europe et les pays du Golfe et,
— un accent sur des attributions commerciales pour la Mauritius Port Authority.

Le rapport de la Banque Mondiale dresse également un constat des lieux des différents secteurs de l’ocean economy, qui sont porteurs de croissance et de développement. L’industrie de la pêche, qui représente 1,5% du PIB avec quelque 22 000 emplois, assure 22% de l’ensemble des exportations. Mais déjà, des signes de fishing-fatigue se font sentir, la BM préconisant que « enabling the sector to meet its true potential will require a reduction of over-exploitation and environmental stresses in the lagoons and coastal fisheries ; carefully managed development of underused resources such as the Banks fisheries ; and an enhanced investment climate for expansion of aquaculture and the seafood hub ».
Aquaculture : des doutes
Des doutes sont exprimés par rapport aux perspectives dans le domaine de l’aquaculture. D’abord, ces activités font face à une contrainte majeure, soit les superficies disponibles à l’intérieur du lagon avec des opérations dans des sites plus exposés en pleine mer accentuant les risques financiers. « Expansion will hinge on demonstrated profitability and mitigation of the high risks associated with aquaculture, along with public investment to create a more robust enabling environment for private investors and to attract finance », rappelle la Banque mondiale.
L’infrastructure portuaire retient également l’attention dans la stratégie visant à démarrer l’ocean economy. Valeur du jour, les port-related activities contribuent 2% du PIB avec quelque 9 000 emplois créés. En 2016, le trafic portuaire se chiffrait à quelque 8,4 millions de tonnes, dont 5% dans des opérations de conteneurs, 22% de dry products et 24% de produits en liquide. Analysant les principales caractéristiques des activités portuaires, soit 27% pour le transbordement, 12% au titre des produits pétroliers et 2% de tansbordement de poissons, les représentants de la Banque mondiale mettent en exergue le fait que « the key question for Mauritius is how it can further increase the external component of port traffic ».
Une tentative de réponse se présente sous la forme de deux scénarios, comme suit :
— une approche conservatrice avec des investissements de Rs 38,5 milliards dans des projets comme un new gate complex au container terminal, un second oil jetty à Fort-George, une digue pour l’island container terminal, un cruise terminal, un nouveau terminal pétrolier avec des installations de stockage à Albion et des aménagements au Caudan pour des « maritine-type activities » et ;
— un scénario optimiste avec des investissements additionnels de Rs 8,5 milliards pour les dix prochaines années pour des extensions à l’Albion Tank Farm, la reconstruction du Quai N°1 pour des marchandises en vrac, de nouvelles facilités au port de pêche et un troisième chantier naval.

Très vite, la Banque mondiale tire la sonnette d’alarme par rapport au fait que certains de ces investissements ne sont pas des revenue-generating activities. Mais le rapport se veut mi-figue mi-raisin au sujet d’autres projets à l’effet que « the financial feasibility of some projects – such as the Island Container Terminal and the oil terminal at Albion – needs to be further investigated, including the option of undertaking them as public-private partnerships. In addition, the public sector may have to make investments in the port that do not show a positive financial return in order to attract the necessary private investment. » La BM n’hésite pas à souligner que « the port expansion projects needed to reposition Port Louis in the market warrant further investigation to validate the result of this preliminary analysis about their worthiness from the point of view of the economy as a whole ».
« Singapore of the South West Indian Ocean »
Le projet de Riche-Terre Special Economic Zone est perçu comme une composante majeure pour des « port-related distribution activities, with strong backward and forward linkages into the rest of the economy ». Avec des investissements dans la fourchette de $ 100 millions à 250 millions au cours des dix premières années, la Riche-Terre Special Economic Zone devrait voir la création entre 1 500 et 3 000 emplois avec des revenus de l’ordre de $ 100 millions pour passer à un maximum de $ 250 millions et 8 000 emplois lorsque cette zone tournera à plein régime.
La Banque mondiale veut doter la Mauritius Ports Authority d’un rôle de pivot dans les efforts de Mauritius Inc. pour attirer des investissements, mais cette institution demande un renforcement de son encadrement en matière de marketing, de customer management relationship ou encore de project appraisal. En résumé, la Banque mondiale fait ressortir que « for the ports sector, the future holds a mixture of opportunities and challenges. Seizing the former and addressing the latter can turn Mauritius into the Singapore of the South West Indian Ocean. In particular, there will be an increasing need to be well-informed about port and shipping developments elsewhere in the world, and for MPA to expand its role from that of a landlord port authority into a facilitator of economic development with a leadership role within a cluster of broadly-based port-related activities – as is currently happening in progressive European ports such as Rotterdam. »
Le projet d’ocean economy, qui n’est qu’un long shot, accorde une place prépondérante à d’autres secteurs, comme la génération d’énergie, dont le deep water ocean cooling, et les TIC. Dans le premier cas, l’Ocean Renewable Energy Technology, O-RET, est en pleine évaluation par la Mauritius Renewable Energy Agency.
Par contre, la filière des TIC est classée dans la catégorie des emerging ocean sectors. « The Ocean supports the ICT sector in three main ways, all of which are based on investing in infrastructure directly in the ICT sector and using Mauritius’s island location to generate revenue and future growth », recommande la BM, qui identifie ces trois moyens, soit the global network of undersea cables, offshore data centres et cellular mobile services…
Toutefois, Maurice souffre d’un net désavantage, même si en Afrique elle se classe en troisième position en termes de coût d’internet bandwidth. « However, its $26.09 per Mbit/s monthly price is still much higher than international competitors for OE activities, especially when expressed in terms of purchasing power parities ($46.77). By contrast, economies such as Hong Kong (a shipping and port competitor) offers rates as low as $1.06 per Mbit/s per month and Bahamas (a tourism competitor) offer rates of $3.92 – while even Vietnam (a fisheries and seafood competitor) is able to offer rates at around $26.06 per month, or just over half the price of Mauritius », indique la Banque mondiale comme pour dire que la partie d’ocean economy n’est pas courue d’avance…