Le couple Sookun, Akash et Neha veulent connaître la vérité sur le sort de leur 2e bébé
  • Un document du ministère de la santé datant de décembre 2017 précise bel et bien que la mère portait des «Twins»
  • L’hôpital et le médecin traitant parlent d’erreur de diagnostic
  • Une enquête instituée vendredi par le Conseil des ministres pour faire la lumière sur cette affaire

Douleur, incompréhension, angoisse… Autant de sentiments que ressent le couple Sookun. Alors que Neha et Akash Sookun attendaient des jumelles, ils sont rentrés chez eux lundi dernier avec un seul nouveau-né. Le second bébé n’existe pas, objectent les services médicaux publics. Neha Sookun, elle, en est persuadée : elle attendait deux bébés. Plus précisément, deux petites filles. Un événement qu’elle et son époux Akash ont préparé pendant de longs mois. Que s’est-il passé vraiment lors de l’accouchement ? Le ministère de la Santé, qui a initié une enquête depuis vendredi, avance qu’il n’y avait qu’un bébé et qu’il y a sans doute eu erreur de diagnostic, mais le couple Sookun, documents à l’appui, n’en démord pas : Neha Sookun devait bel et bien accoucher de deux bébés. Outre son médecin traitant, qui est le même que celui qu’elle a vu dans le privé, deux autres médecins lui ont confirmé qu’elle attendait des jumelles.

Le couple, en désespoir de cause, lance un appel à témoins, à ceux qui savent la vérité, pour mettre fin à leur calvaire. A leur domicile, à Goodlands, la joie d’une première naissance se mêle à l’absence douloureuse d’une cadette ou ainée qui aurait dû être avec eux. Les Sookun vivent dans l’angoisse. Ils ne comprennent pas ce qui a pu arriver à l’autre bébé qu’ils attendaient. Ils avaient pourtant préparé l’événement depuis plusieurs mois. C’est en août 2017 que Neha Sookun apprend qu’elle est enceinte après un test de grossesse acheté à la pharmacie. Elle se rend alors à l’hôpital SSRN et après une première analyse faite, dont une échographie, le gynécologue qui l’ausculte — elle devait aussi y subir d’autres tests plus concluants — lui apprend qu’elle est enceinte de cinq semaines.
C’est une joie immense chez les Sookun, mariés depuis trois ans, d’autant que sur l’échographie, le médecin découvre qu’il y a deux fœtus. “

Au départ, c’est un peu la surprise. J’ai demandé si ce n’était pas plutôt une grosseur, mais le médecin a maintenu que c’était deux bébés à venir. Une fois cette appréhension passée, ce fut une immense joie. J’allais avoir deux enfants, je n’y croyais pas !”, raconte Neha Sookun. Elle commence alors son traitement à l’hôpital. C’est un autre gynécologue qui s’occupe d’elle et qui lui confirme qu’elle attend des jumelles. Elle poursuit son traitement à la Mediclinic de Triolet. Là encore, le même médecin, celui de l’hôpital, est formel : elle attend des jumelles. D’ailleurs, sur sa carte d’enregistrement de l’hôpital, il est clairement inscrit : “Twins pregnancy”.

“Twins pregnancy” inscrit sur sa carte d’hôpital

Enceinte pour la première fois, Neha Sookun décide d’un traitement dans le privé. C’est le même gynécologue que dans le public qui lui prodigue des soins. Le mot “jumelles” est prononcé une nouvelle fois. “A quatre reprises, entre janvier et mars 2018, le médecin a pratiqué des échographies. Il m’a dit, à chaque fois, que c’était des jumelles”, raconte Neha Sookun. “On a acheté trousseau, on a tout pris en double. On était heureux de cet événement. C’était une bénédiction”, dit Neha, qui compte parmi ses proches des jumelles également. “A la Mediclinic, les midwives m’ont expliqué comment faire pour trouver la tête du bébé. Et il y en avait deux. Kan enn bougé, lot la aussi bouger”, se souvient-elle.
S’ils n’ont jamais eu une copie de l’échographie en leur possession, à chaque fois, à l’hôpital ou à la consultation privée du médecin, les Sookun suivaient des explications sur l’écran de l’appareil, affirment-ils. Les traitements étaient “en double. Monn fer double pikir. Au lieu 12 mg couma tout madam, moi mo ti pe fer 24mg”, explique Neha Sookun. Elle aura reçu, au total, 4 injections de 24mg.

Neha Sookun devait accoucher en début d’avril. Mais le médecin lui avait dit que son cas était particulier et qu’elle accoucherait avant. Elle est admise le 12 mars en raison de “spotting”, et rentre chez elle deux jours plus tard. Le 15 mars, à son rendez-vous avec son gynécologue, ce dernier lui annonce qu’elle doit être admise le jour même et qu’il va pratiquer une césarienne sur elle le lendemain, parce qu’un bébé était de 36 semaines et l’autre de 38. C’est l’explication que lui a donnée le médecin. Heureuse, Neha Sookun rentre chez elle, prépare ses affaires et se rend à l’hôpital où elle passe la nuit. “J’ai été monitored pendant toute la durée. A chaque fois, les infirmières venaient me voir pour prendre ma tension, vérifier les battements de mon coeur, mais aussi celui des bébés. D’ailleurs, sur le factsheet, outre les battements de mon coeur, il y a également inscrit les battements du coeur de deux. J’en ai la preuve”, dit-elle.
“Madam, ounn gagn enn sel bébé”

Avant qu’elle ne se rende en salle d’opération, les infirmières sont venues récupérer les vêtements des enfants pour les vêtir après l’accouchement. “Zot inn prend double couches, double linges. Parski lors mo dossier ti écrire twins”, se souvient Neha Sookun. Deux heures après, lorsqu’elle revient de son accouchement, on lui montrera un seul enfant. “Mo pe ti pe comprend. Couma enn sel bébé. Où était l’autre fille”? a-t-elle demandé aux infirmières. La réponse est sidérante : “Madam, ounn gagn enn sel bébé !”. —” Impossible !”, crient Neha et Akash Sookun. Le couple n’en revient pas. Immédiatement, Akash Sookun a été voir le gynécologue de sa femme et la réponse de ce dernier est tout aussi renversante : “Il n’y avait qu’un seul bébé.” Le couple insiste : “Li panne répond, linn dir, ti ena enn sel bébé”, et ne cesse de demander : “Kot lot bébé-là ?” Un peu plus tard, “les assistants du gynécologue sont venus voir ma femme pour lui dire pourquoi elle fait du tapage avec cette histoire de deux bébés, alors qu’il n’y en avait qu’un!”

Akash Sookun a porté plainte à la police et à l’hôpital. Il a également écrit au ministère de la Santé, à l’Ombudperson for Children, au Medical Council, et même au Premier ministre… “Je veux la vérité ! Où est passé mon bébé ? Pourquoi nous cache-t-on des choses?”, dit-il. Pour les Sookun, “il faut une enquête”.

C’est ce que le Conseil des ministres a agréé vendredi, en décidant d’instituer une enquête afin de faire la lumière sur cette affaire. Le ministre de la Santé dit déjà être en présence de deux rapports, dont le second de l’hôpital du Nord, qui porte la signature de dix témoins de l’accouchement de Neha Sookun. Pour le ministre, il ne fait aucun doute : il n’y avait qu’un bébé, seule l’hypothèse d’une erreur dans l’interprétation des images de l’échographie est plausible  “Pendant neuf mois, une erreur de diagnostic ? Trois médecins et des infirmiers qui confirment des jumelles et c’est toujours une erreur de diagnostic ? Deux battements de coeur distincts sur le factsheet, c’est toujours une erreur de diagnostic ?” Les Sookun, révoltés, martèlent les questions. “Depuis que nous sommes rentrés à la maison avec notre seule fille, nous ne dormons presque pas. Pa kapav manger. Nou zis pe penser kinn arriver nou lot bébé”, racontent mari et femme. Ils disent même que le nourrisson “n’est pas joyeux. Cela se voit qu’il y a un manque”.

Le plus choquant pour eux c’est que le gynécologue qui a ausculté Neha Sookun est toujours en fonction. “ Il peut avoir accès au dossier et faire disparaître ou manipuler les preuves”, estime Akash Sookun. Il n’est pas prêt de baisser les bras, c’est sa bataille, et compte adresser une lettre au ministère de la Santé, une autre au Premier ministre, également au directeur de l’hôpital et à la PSC pour demander la mise à pied de ce médecin en attendant la fin de l’enquête.

Enfin, les Sookun lancent également un appel à témoins à quiconque saurait la vérité sur cette affaire et demandent aux autorités “dir nou kot nou bébé été. Rann nou nou bébé”.