MYTHE - 40 ANS DÉJÀ : Elvis… always on our mind !

Jacques Maunick : « Il y a eu deux époques Elvis : celle de ses années rock puis celle de sa déchéance, quand il est devenu une caricature »

Ce mercredi 16 août, des millions de fans d'Elvis Presley, alias le King, se remémoreront leur idole. En effet, Elvis Presley est décédé le 16 août 1977, soit il y a 40 ans. Icône du rock et de la musique, ayant influencé et marqué des musiciens de toutes générations confondues, de Johnny Hallyday à Michael Stipe (REM), en passant par nos musiciens locaux, Elvis The Pelvis ne laisse jamais indifférent et déchaîne toujours autant les passions. Flash-back.
Elvis Aaron Presley voit le jour le 8 janvier 1935 à Tupelo, dans le Mississippi. Celui que le monde entier a surnommé « The King » est devenu une figure mythique de la musique. Son déhanchement, qui lui a valu le surnom de Elvis The Pelvis, a longtemps déclenché l'hystérie et les foudres, au même titre qu'il a affolé les « bons pensants » qui l'avaient carrément… censuré ! Ce que l'on sait moins en revanche, c'est que Elvis n'était pas le fils unique de Gladys Love-Smith et Vernon Elvis Presley. Le King avait en effet un jumeau mort-né, Jesse Garon Presley… Une perte qui l'avait marqué à tout jamais.
Dans la mémoire des Mauriciens, on se souvient surtout des « années Elvis » et de l'immense rivalité qui existait entre ceux qui adulaient le King et les autres, qui préféraient Cliff Richard. Un peu à la manière de deux gangs qui s'opposaient, les fans d'Elvis honnissaient l'interprète de Young Ones, et vice-versa. « Et c'est une énorme absurdité ! » soutient Jacques Maunick, observateur social et personnalité de la vie culturelle mauricienne. Il continue : « Pour la simple et bonne raison que Cliff Richard, lui-même, était en admiration totale d'Elvis ! Et de toute manière, c'était comparer une fourmi (Richard) à un éléphant (Presley) ! »
Passionné de musique, dans toute sa pluralité et sa densité, Jacques Maunick rappelle que « Elvis n'a jamais inventé le rock », comme le prétendent certains. « Le rythme binaire prend source dans la musique noire américaine. Et de là, d'ailleurs, ont découlé tous les mouvements R'n'B, rap, hip-hop, et toutes ces sonorités qui sont venues enrichir le vocabulaire musical, les années passant. » Ce qui distingua Elvis Presley, poursuit notre interlocuteur, « c'est, d'un côté, sa voix de ténor, et, de l'autre, ce fameux déhanchement qui lui a valu le surnom de Elvis The Pelvis ».
Personnellement, Jacques Maunick « préfère la première partie de la carrière d'Elvis, quand il surfait sur la vague rock ». Sa référence : « L'époque de la chanson et le film Jailhouse Rock. Il y a là une chorégraphie d'Elvis très authentique et qui n'a jamais été rééditée ! » La vague Elvis déferle sur le globe et c'est peu après cette même époque que l'artiste américain est intronisé « The King of Rock & Roll ». « Il faut bien préciser en effet que ce n'est pas qu'aux Etats-Unis que Elvis affole le baromètre, mais dans le monde entier ! »
Ses plus grands succès, c'est au milieu des années 1950 qu'ils sont diffusés… Heartbreak Hotel, Blue Suede Shoes, I Want You, I Need You, I Love You, Don't Be Cruel et le très suggestif Hound Dog. Parallèlement, à la télévision, Elvis poursuit ses tournées de concerts, qui deviennent très vite une foire difficilement contrôlable. La vedette se produit devant des foules immenses, arrive en Cadillac rose, est surprotégée par une nuée de policiers. L'Amérique veut voir et toucher le jeune chanteur, devenu en moins d'une année l'idole de ses enfants…
Et le phénomène mondial ne tarde pas à suivre : Jacques Maunick relève comment « deux jeunes collégiens britanniques, Paul Mc Cartney et John Lennon, furent fortement influencés par Elvis, sa musique, sa voix, le son qu'il apportait, conjuguant sa voix de ténor aux rythmes rock », poursuivant : « Ils créèrent The Beatles. Il en fut de même pour Mick Jagger et ses potes des Rolling Stones. » L'Angleterre, donc, « est l'un des pays qui reconnaît le talent d'Elvis, comme par la suite elle accueillera à bras ouvert des talents phénoménaux comme Jimi Hendrix ».
Mais Jacques Maunick ouvre une parenthèse : « Certains préfèrent se souvenir d'Elvis quand il était au sommet de sa carrière. En toute honnêteté, il serait trop facile de faire l'impasse sur la caricature qu'il était devenu durant la deuxième période de son parcours. » Pour étayer son propos, notre interlocuteur se réfère « au fameux » “colonel” Parker (voir plus loin) : « Elvis était revenu en force, offrant au monde l'innovation via le premier concert par satellite de l'histoire, depuis Hawaï. » C'était en janvier 1973 à l'International Center Arena d'Honolulu. Cinq milliards de téléspectateurs assistent alors au concert du King en direct, faisant de l'événement la meilleure audience de l'histoire de la télévision devant les premiers pas de l'homme sur la lune quatre ans auparavant !
L'année 1973 voit aussi les premiers gros problèmes de santé d'Elvis liés à sa surconsommation de médicaments (pour un glaucome et de l'hypertension). Depuis son service militaire, Presley a en effet pris l'habitude d'utiliser toutes sortes de pilules suivant ses besoins croissants pour répondre aux attentes de son public. À ses dépendances s'ajoute son divorce, qu'il n'acceptera jamais, puis les concerts éreintants. Elvis est aussi victime de maladies héréditaires, telles des maladies du cœur (comme sa mère morte d'une crise cardiaque et, plus tard, son père) et d'autres problèmes moins graves. Las Vegas devient un passage obligé pour le « King », où il donne quelque 600 spectacles de 1969 à 1976. S'il ne se déplace jamais en dehors des États-Unis, Elvis Presley chante à Las Vegas devant un public international.
« Il convient de se demander pourquoi Elvis ne s'est jamais produit en concert en Angleterre ou dans d'autres pays d'Europe, fait remarquer Jacques Maunick. C'est parce que Parker avait eu de gros soucis sur le Vieux Continent et qu'il y était persona non grata ! Donc, de là à pouvoir y faire jouer Elvis… » Et de poursuivre : « C'est triste, mais à partir du moment où Parker est entré dans sa vie, Elvis est devenu une marionnette entre ses mains. Il s'est laissé faire et cela a entraîné sa chute. » La mort d'Elvis Presley serait due à une arythmie cardiaque causée par un abus de médicaments pris sur une longue période. On pense aussi qu'il était atteint d'une maladie rare et incurable, le lupus érythémateux. Elvis mesurait 1,83 m et pesait 102 kg au moment de sa mort.
Pour celui qui a relancé les soirées autour des musiques des années de gloire, « les chansons d'Elvis sont toujours au cœur de ces activités ». Love me tender, Blue Suede Shoes, Can't help falling in love, Heartbreak Hotel, A little less conversation et Return to sender, entre autres, sont autant de tubes inoubliables qui seront fredonnés à tout jamais. Quarante ans après la disparition du King, ses chansons et sa voix restent intacts.


L'empreinte du « Colonel » Parker
Elvis, devenu célèbre dans le sud et le sud-ouest des États-Unis à la fin des fifties, rencontre à la fin d'un concert un homme vaguement impresario, plus connu en tant qu'aboyeur de cirque, Thomas Andrew Parker, ou Tom Parker, dit « le colonel ». Avec Elvis, Parker va se hisser au sommet de sa profession dans le « show business ». Il signe en 1955 un contrat d'exclusivité avec Elvis sur 20 ans avec, à la clé, 15% de tous les revenus de Presley. Le « colonel » impressionne Elvis, c'est un homme autoritaire à qui rien n'échappe. Il aurait dit à Elvis, pour l'approcher : « Jeune homme, pour l'instant vous valez un million de dollars, bientôt vous les aurez comptant. » Ce sont ces phrases qui ont impressionné le jeune Elvis, qui rêve de réussite et de dollars, tout autant que Parker lui-même. Ce duo atypique change le monde du spectacle. Avec son physique de jeune premier, Elvis sait comment attirer les foules sur scène avec sa voix, ses mimiques, ses pas de danse osés et son sens de l'humour. Quant à Parker, il a le sens des affaires et organise la carrière du King comme un véritable show commercial : tubes, films à succès, produits dérivés, posters, photos…
Le monde de la musique en est à jamais transformé et beaucoup de ses méthodes seront reprises pour d'autres artistes. Cependant, même si leur collaboration s'avère très fructueuse, plus tard, les critiques fuseront, surtout dans le milieu du spectacle. Certains reprocheront au « colonel » de n'avoir vu en Elvis qu'une machine à sous. Mais en 1956, les grands journaux se diront choqués et outragés. Certains éditorialistes iront jusqu'à le comparer à « une saucisse qui en plus ne sait pas chanter ».
De grands journalistes le méprisent. On peut même lire : « Elvis hurle, beugle plus qu'il ne chante. Il est une honte pour notre pays. » La presse devient même hargneuse et alarmiste. Le puissant Time Magazine parlera ainsi d'Elvis en évoquant son déhanchement suggestif : « S'il faisait cela dans la rue, on l'arrêterait. »