La première séance de travail pour l’année 2012 du National Tripartite Forum constitué de partenaires sociaux a débouché hier à Victoria House sur la validation d’une prochaine rencontre dans deux semaines. Les principaux acteurs, sous la présidence du ministre du Travail Shakeel Mohamed, ont affiché bonne mine à l’issue de cette deuxième réunion tripartite depuis sa création dans le cadre de la promotion du dialogue social, comme énoncé dans le program gouvernemental 2010-2015. La composition des six sous-comités techniques n’a cependant pas encore été finalisée à ce stade.
À l’issue des « opening addresses » du président du National Tripartite Forum Shakeel Mohamed et ses vice-chairpersons Toolsyraj Benydin et Clensy Appavoo, l’agenda du NTF a connu une légère perturbation avec une contestation provenant des rangs des syndicalistes, en particulier de Reaz Chuttoo. Le secrétaire de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP) a interpellé le ministre du Travail sur l’institution d’un cadre légal pour le NTF, qui définirait son fonctionnement, sa composition, sa prise de décisions et sa gestion des différences.
S’en est suivi un véritable dialogue de sourds entre les deux principaux concernés. Le syndicaliste Reaz Chuttoo a rafraîchi la mémoire du ministre Shakeel Mohamed en expliquant que l’expert du Bureau international du travail Tayo Fasohin, qui était en déplacement à Maurice en 2011, était d’accord sur la revendication de la CTSP portant sur le fait que le NTF devait exister sous un projet de loi. Le représentant de la CTSP aux tripartites a brandi la menace de bouder les prochaines rencontres.
Face à cette interpellation de Reaz Chuttoo, qui était nullement à l’agenda du jour, Shakeel Mohamed lui a rappelé à l’ordre en insistant qu’il fallait procéder par étapes. « Je suis parvenu à convaincre Reaz Chuttoo que nous allons commencer par un set-up administratif. Quand nous aurons commencé à avoir une culture de débats et de partage d’idées pour une meilleure solution, je pense qu’à ce moment nous serons suffisamment matures pour créer le NTF sous une structure légale », a soutenu le ministre du Travail à l’issue de la rencontre.
Ce léger accrochage entre Shakeel Mohamed et Reaz Chuttoo n’a, semble-t-il, eu aucune incidence sur la suite de la séance, si l’on tient en ligne de compte la bonne mine affichée par les partenaires sociaux au terme de la rencontre. La décision a déjà été entérinée de convoquer les partenaires sociaux une nouvelle fois le jeudi 26 janvier, représentant ainsi deux rencontres pour le début de l’année.
Cette décision a été favorablement accueillie dans la mesure où à la suite de la séance inaugurale en octobre 2010, qui marquait le retour des tripartites dans le monde du travail et les relations industrielles, aucune autre rencontre n’a été « scheduled » entre les sept ministères représentant le gouvernement, les sept membres du patronat nommés en consultations avec la Mauritius Employers Federation et les sept représentants des salariés issus des confédérations syndicales existantes.
« C’était une réunion très intéressante dans la mesure où c’est la première fois que le NTF se rencontre en 2012. Nous avons eu des remarques et observations très intéressantes de la part des employeurs et syndicalistes. [...] Employeurs et syndicalistes ont affiché une bonne volonté. Il y a consensus que les trois parties ont envie que le NTF fonctionne. Chacun veut apporter sa contribution de façon différente mais dans le respect de chacun et dans l’intérêt de la nation », a déclaré le ministre du Travail à la presse après la réunion tripartite.
Le président du NTF a aussi affirmé qu’il était primordial d’être partie prenante de cette rencontre et de ne pas refuser de se prêter aux échanges en référence aux divergences du passé. Avant d’ajouter qu’il « faut donner la chance à ce comité de travailler ». Toolsyraj Benydin, président du National Trade Union Congress et vice-chairperson du NTF souligne de son côté que cette première rencontre 2012 s’annonce de bon augure mais qu’il faut mettre l’accent sur la régularité.
Chez le patronat, c’est la même tendance. Clensy Appavoo de la Mauritius Employers Federation (MEF) a expliqué que « nous sommes satisfaits que le NTF revive. La MEF a tout le temps était partie prenante du dialogue social. Nous avons pleinement participé à cette réunion, nous constatons qu’il y a un renouveau : le dialogue est sur sa lancée ». Et d’affirmer que le dialogue social est important dans le contexte de crise qui se précise.
Ainsi dans environ trois mois, les premiers rapports qui découleront des rencontres des sous-comités du NTF seront présentés au cabinet. Mais à ce stade, rien n’a encore été finalisé concernant la composition de ces six sous-comités techniques, où les thématiques Santé et Sécurité, Compensation salariale, Emploi et relations industrielles devraient y figurer. La MEF a proposé pour sa part à ce sujet qu’on revoie les attributions des sous-comités et qu’ils soient bien établies et structurées.
Les « minutes of proceedings » de la rencontre seront d’autre part transmis à la CSG-Solidarité, qui avait snobé la réunion d’hier en raison du retard que prennent les amendements de l’Employment Rights Act (ERiA) et l’Employment Relations Act (ERA) votés en 2008 et proclamés en février 2009.