Le secrétaire général de la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP), Reeaz Chuttoo, est d’avis que si le National Wage Consultative Council Bill est voté « sans amendement », les travailleurs feront 100 pas en arrière. Il avance trois points dans ce projet de loi, dont le calcul du salaire minimum par heure de travail, la création d’une catégorie de « young workers » et la menace d’une amende de Rs 50 000 qui pèse sur les représentants syndicaux qui siègent au sein du board s’ils dévoilent des informations internes à leurs membres, qui seraient néfastes aux travailleurs.
Lors d’une conférence de presse, hier, Reeaz Chuttoo a indiqué avoir eu une réunion avec le ministre du Travail, Soodesh Callichurn et ses officiers, avec qui il a soulevé trois points qui font que le travail devient de plus en plus précaire. « Depuis 2006, la CTSP est partie prenante d’une campagne internationale contre le travail précaire. Dans ce projet de loi, il y a trois éléments qui nous placent au premier rang mondial au niveau du travail précaire », dit-il.
Sur le premier point, M. Chuttoo estime que le gouvernement veut imposer un salaire minimal calculé par heure de travail. « Ça concerne tout le monde, y compris les journalistes, et les officiers du ministère utilisent comme prétexte que ça existe en Allemagne, en France, en Angleterre. Ce qui est faux et nous l’avons d’ailleurs dit au ministre ». Les travailleurs dans ces pays sont payés par heure « mais leur statut n’est pas comparable », dit-il. « En Allemagne, l’entreprise est définie comme une structure sociale où le patron et le travailleur siègent ensemble pour prendre les décisions. En Angleterre, le travailleur a un statut de self-employed ; il peut travailler n’importe où, même chez le compétiteur de son entreprise. À Maurice, on n’a pas le droit », fait-il ressortir, avant d’ajouter : « En France, la loi stipule que 1 % des profits de l’entreprise sont placés dans un fonds pour le bien-être des employés. Ce qui n’existe pas à Maurice. »
Sur le deuxième point, le syndicaliste indique que le gouvernement va créer un nouveau grade de travailleurs, les « young workers ». « Un employeur aura le droit de payer un salaire le plus bas que le minimum aux jeunes d’entre 18 et 25 ans, parski zot pe travay pou gagn experience. Et ce pendant un an, même s’il a fini par apprendre le travail en une heure ». Reeaz Chuttoo affirme que si cet élément est introduit, la CTSP fera appel à la Cour suprême sur la base d’une discrimination constitutionnelle. « On ne peut discriminer sur la base de l’âge ».
Finalement, pour le syndicaliste, il est inconcevable d’empêcher les représentants syndicaux au board de donner des informations internes à leurs membres, sous peine de se voir coller une amende de Rs 50 000. « Nous avons dit clairement au ministre que tel quel nous ne siégerons pas dans ce conseil et nous prendrons des mesures légales. Nous ne ferons aucune concession sur les trois points mentionnés, quitte à aller devant la Cour suprême », dit-il.