La métisse a dit

Que ce soit clair : j’ai une longue histoire d’amour avec Paris, elle remonte à mon enfance… et elle commence comme ça :
« Il était une fois, une jeune grand-mère globe-trotteuse… », la mienne évidemment ! Elle avait fait le tour du monde et collectionnait les porte-clefs de toutes les régions où elle s’était arrêtée, les accrochant à la portée de mes petites mains curieuses ! Parmi ses souvenirs, il y avait, entre autres, un mini livre dans lequel on pouvait voir les plus grands monuments de Paris, et également, une minuscule Tour Eiffel qui m’a sans doute marquée plus que je ne l’ai en premier lieu soupçonné !

Août 2005…
C’est ma première visite à Paris: je suis surexcitée, j’ai rendez-vous avec elle. Pour la première fois, je vais la voir en vrai, la toucher, marcher entre ses pattes et grimper à son sommet. Je me sens comme… la reine du monde, et j’en prends plein les yeux. Dès la Place de l’Étoile , je passe en mode suricate, le cou tendu, le nez en l’air, je sais qu’elle ne doit plus être bien loin.
Et puis, soudain, la voilà, la Tour de Gustave Eiffel… Je prétends ne plus être une enfant, mais je pleure de joie, je saute sur place; mon cousin Ric se délecte de ma réaction et s’exclame : « Ça fait plaisir ! »

Le 4 avril 2017 : Paris sera toujours Paris…
La plus belle ville du monde ? Je ne sais pas. Mais si c’est ma huitième visite dans la Ville lumière, ça fait du bien d’y revenir en touriste après plus de sept ans. Les deux dernières fois, c’était pour le boulot, et Paris ne se visite pas au pas de course entre deux rendez-vous. Na ! Paris se déguste en marchant…
Sur les escaliers qui mènent à la basilique du Sacré-Coeur, j’ai rendez-vous avec mon filleul. Il est à peine 9 h 30. Le harpiste (qui est là depuis plusieurs années déjà) accorde son instrument alors que je le prends en photo sans qu’il s’en aperçoive. Les touristes ne sont pas encore arrivés. Le Sacré-Coeur est silencieux et attend leur assaut. Les vendeurs à la sauvette sont prêts à recevoir les visiteurs. Le fond de l’air est frais. Le manège va bientôt se mettre en route. La ville est toujours sous sa couverture de brume, comme une paresseuse qui prolonge les dernières minutes de moelleux qu’offre une couette, retardant la journée-marathon qui s’annonce. Paris s’éveille.

Avec un bonnet de laine, qui lui recouvre presque les yeux, les petites jambes d’Oli gravissent les quelques marches qui nous séparent. Bien moins essoufflé que ses parents, il me fait un câlin, étonné de me voir là ! Demain, il rentre à Maurice. Il a hâte. On discute à bâtons rompus, et Oli et Matt, son frère, n’en finissent pas de me raconter leur voyage… Quel bonheur ! Nous profitons de la connexion WiFi gratos pour envoyer les photos de nos retrouvailles à la famille alors que nous mangeons à La Bohême du Tertre, sur la place du même nom.
Cette première journée sera marquée du sceau de la reconnaissance des lieux. J’ai loué sur Airbnb un très lumineux studio rue Gabrielle au coeur de Montmartre, exactement ce qu’il me faut. La frangine vient me rejoindre pour trois nuits. Nous sommes à deux minutes à pied de la basilique du Sacré-Coeur, et de la place du Tertre. Les scènes du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain tournent en boucle dans ma tête.

Amélie, nous voilà!
Nous sommes rue Lepic, qui prend naissance à deux pas du Moulin Rouge et de la station de métro Blanche et grimpe jusqu’à moins de 200 m à pied de la place du Tertre. Arpenter cette rue est une expérience géniale: on y trouve des fleuristes, un boulanger, une fromagerie, une rôtisserie, et il y a le Café des 2 Moulins. Ça vous dit quelque chose ? C’est là où bosse la plus attachante des héroïnes parisiennes : Amélie Poulain ! Un petit rouge ? Ça marche ! Nous nous installons en terrasse, délirons sur les moments forts du fabuleux destin de vous-savez-qui, observons les fenêtres en essayant de deviner derrière lesquelles pourraient se cacher M. Colignon, l’épicier et M. Dufayel, l’homme de verre. Nous observons les nombreux passants et chopons au passage un échange entre deux cyclistes devant la pente raide qui les attend : « Bon, ben moi je tourne ici », dit le premier en se défilant. « Salaud ! Vendu ! » crie le second, en poursuivant l’effort ! Avant de reprendre notre exploration, je me paye un délire : je vais aux toilettes, celles qui guérissent tous les maux de Mme Georgette. Plus haut, se trouve la maison, où a vécu Van Gogh, et des commerces de bouche qui portent des noms évocateurs, Milord, Petite Mendigote, autant de témoignages du passage des artistes dans ce quartier. En bifurquant sur la rue Norvins, j’aperçois le vétuste Moulin de la Galette. Et nous revoilà à la place du Tertre.

Montmartre a été la terre d’accueil des artistes, et si aujourd’hui sont visibles des lieux, où ont vécu Dalida ou Picasso, si on peut encore deviner les fantômes de Renoir, Monet ou Sisley sur une terrasse de resto, ou si Truffaut, Zola ou Degas sont enterrés au cimetière du coin, c’est loin d’être un hasard. Montmartre entretient le mythe… Les légendes et références culturelles sont placardées sur les places. Les caricaturistes et portraitistes sont nombreux, avec des dons allant du génial au passable!

Les pavés ont l’âge des lieux, et malgré la foule qui se presse chez Starbucks (une aberration au cœur de ce quartier, et pourtant je suis fan), ceux qui assurent le mieux le spectacle – tant pis pour les musiciens de rue, jongleurs et autres artistes présents – ce sont les serveurs. Dans la foule de clients et de passants distraits, un plateau chargé posé sur la paume, ces derniers se faufilent avec adresse jusqu’aux tables au centre de la place. Un peu équilibristes, un peu contorsionnistes, ces serveurs ont une adresse et une élégance qui me fascinent.

Les amoureux n’ont pas dit leur dernier mot !

Je ne sais pas si je suis le genre “basic tourist”, j’aime bien vivre comme les résidents de la ville que je visite, mais ça fait du bien parfois de se laisser guider par les classiques, les clichés, les idées reçues !
Je me balade le long de la Seine. Mon point de départ préféré : la Tour Eiffel. Avec les terroristes qui ont si fréquemment frappé la Ville lumière ces dernières années, la sécurité est décuplée. Aujourd’hui, il n’est plus possible de se promener sous la tour sans avoir au préalable passé les portiques de sécurité, fouille obligatoire des sacs, des poussettes, et la file me semble interminable. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la chanson dit vrai : la Tour Eiffel a mal aux pieds ! Je ne suis jamais allée à Paris sans m’y rendre. Ce serait comme visiter

Maurice sans mettre les pieds sur une plage ! Avec un petit pincement au coeur, je me contente de l’observer en la contournant, ce qui me donne l’occasion de trouver des angles bien plus intéressants pour la prendre en photo!
Je me dirige vers le pont de l’Alma, poursuis ma route en admirant les Bateaux-Mouches pleins à craquer le long du Quai d’Orsay, m’arrête au Pont Alexandre III pour faire quelques photos, hypnotisée par les dorures. Le temps d’un boeuf bourguignon digne de ce nom, et d’une discussion difficile avec des voisins de table chinois qui essaient de se retrouver sur un menu écrit en français, alors qu’ils ne baragouinent que quelques mots en anglais – Super-Métisse à la rescousse! – je reprends la route jusqu’au Pont des Arts…

Suite au malheureux enlèvement du grillage le long du Pont des Arts, où les amoureux du monde entier venaient symboliser leur amour en accrochant un lovelock avec leurs noms dessus avant de jeter la clé dans la Seine, les couples, loin de se laisser abattre, se sont lancés à l’assaut de tout ce qu’ils pouvaient: chaînes de sécurité, sculptures, et pour les moins inventifs, le pont d’à côté, à savoir le Pont Neuf, où que je pose les yeux. Il y a des amoureux sur les bancs publics, de jeunes mariés étrangers qui se font prendre en photo devant les monuments, une future mariée (qui se rend à ses noces peut-être) gravit les escaliers de La Butte. Paris est-elle la ville la plus romantique du monde ? Je ne trouve pas, mais dans l’esprit collectif, il est clair que c’est le cas.

Le Pont des Arts porte bien son nom. Un vieil accordéoniste y joue des chansons classiques qui parlent de la ville, je lui laisse quelques pièces, et en échange, il m’offre des bonbons ! Elle n’est pas belle la vie ? J’aperçois déjà ma prochaine étape : le Pont Neuf qui enjambe l’Ile de la Cité. Je la traverse au pas de course, snobant la place Dauphine, rejoignant directement le parvis de Notre-Dame, où se trouve le Point Zéro (aussi connu comme le départ de toutes les routes de France) où bizarrement certains touristes laissent des pièces; ce qui fait le bonheur d’un SDF qui attend de voir s’éloigner ces idiots pour les récupérer. Je m’arrête juste avant l’île Saint-Louis pour regarder un jeune pianiste se produire au milieu du pont, et je traîne mon cadavre jusqu’à rue Rivoli pour prendre le métro. Assez de marche pour aujourd’hui !

C’est la troisième fois que nous mangeons au Rendez-Vous des Amis, un petit resto à deux pas du studio qui nous accueille malgré l’heure tardive. Bonne surprise, les Jetés de l’Encre qui s’y restaurent également, sortent leurs guitares et entonnent des compos à couper le souffle. Je ne peux imaginer mieux pour accompagner ma soupe à l’oignon et mes andouillettes, ni même mon côtes-du-rhône, d’ailleurs ! Ce sont de véritables gardiens du dogme de la chanson traditionnelle française !

Bon alors, je ne suis pas Parisienne, mais POURQUOI ? En fait, le titre fait référence à la chanson La Parisienne de Marie-Paule Belle, reprise par Zaz, il n’y a pas si longtemps. Elle parle des particularités des Parisiennes qui ne semblent pas toucher l’interprète, et le dénouement est amusant…

La suite de mon aventure parisienne la semaine prochaine! 🙂

Pour patienter, voici ma liste culturelle pour tomber amoureux de Paris :

À lire :
- « Paris brûle-t-il ? » de Lapierre et Collins
- « Le parfum » de Patrick Suskin
- « La bicyclette bleue » de Régine Desforges
- « Alain Decaux raconte la Révolution française aux enfants »

Ma playlist:
- Charles Aznavour
– Charles Trenet
- Joséphine Baker
- Zaz
– Edith Piaf

À l’écran:
- « Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain »
- « Minuit à Paris »
- « La môme »
- « Da Vinci Code »
- Et pourquoi pas « Un monstre à Paris » et « Ratatouille » ? 🙂