Neena Ramdenee est une nouvelle venue en politique. Elle est présidente de la Commission féminine patriote du Mouvement patriotique depuis quelques mois et estime qu’il « ne faut pas s’arrêter à l’image négative » qui prévaut actuellement en politique. La Mauricienne, qui détient un doctorat en pharmacie et qui a vécu une trentaine d’années à l’étranger, reconnaît qu’il y a eu des avancées sur le plan de l’évolution de la femme, comme l’éducation gratuite, la contraception ou la santé gratuite. « Il y a eu une ouverture dans la mentalité des familles, qui ont vu que les filles sont aussi intelligentes. Je trouve cela extraordinaire. » Toutefois, selon elle, « beaucoup reste à faire au niveau de la parité entre l’homme et la femme ».

Qui est Neena Ramdenee ?
Je suis Mauricienne et j’ai vécu une trentaine d’années à l’étranger. J’ai un doctorat en pharmacie, que j’ai obtenu à Strasbourg. J’ai un fils, qui est pharmacien à La Réunion, et une fille, qui est neuropsychologue et psychologue clinicienne, également à l’île sœur. J’ai travaillé en France avant de venir à La Réunion, où j’ai ouvert une pharmacie. J’y ai travaillé une vingtaine d’années et, depuis une dizaine d’années, j’ai vendu ma pharmacie et je suis revenue à Maurice.

Pourquoi être retournée au pays ?
Le but était de rendre à mon pays ce qu’il m’avait donné et de retrouver mes parents, qui m’ont aidé à effectuer mes études. En rentrant, pour m’occuper, j’ai préparé un MBA international de l’Université Paris Dauphine. J’ai commencé à faire du social dans des associations à but caritatif. Je me suis aussi intégrée à un groupe de médecins, de pharmaciens et de dentistes. Ensuite, je suis entrée à la SACIM, dont j’ai été la présidente, et maintenant je suis vice-présidente. J’ai aussi dispensé des cours de pharmacologie à l’école des infirmiers du Wellkin Hospital.

Et votre entrée en politique ? Par quoi avez-vous été attirée ?
Je suis au Mouvement Patriotique depuis six mois. La politique m’a attirée parce que je me suis rendue compte, en faisant du social, qu’on est limité dans les prises de décision. On est assujetti aux lois du gouvernement. Je me suis rendu compte que le social dépend du gouvernement. On peut vouloir faire du bien sur le terrain mais, à un moment donné, on est bloqué.

Comment avez-vous atterri au MP ?
À travers des personnes que je connais. J’ai trouvé que le MP est un mouvement très avant-gardiste. Il y a beaucoup de débats et la démocratie participative est très présente. Il y a plus d’un an, le mouvement a démarré un débat sur la drogue et a fait venir un addictologue de La Réunion.

Vous succédez à Karuna Benymandhub, ex-présidente de l’aile féminine du MP, qui a claqué la porte du parti en octobre dernier parce que la direction n’aurait pas pris position contre un membre qui aurait tenu des propos insultants envers une femme. Comme nous sommes à la veille de la Journée de la Femme, est-ce que les femmes ont leur place au sein du MP ?
Tout à fait. L’aile féminine est maintenant connue comme la Commission féminine patriote. Je ne m’avancerai pas trop sur les raisons du départ de l’ex-présidente car je n’étais pas au MP à l’époque. Je pense que c’était un clash de personnalité. Il ne faut pas mettre cela sur le dos de la femme. Ce serait trop facile. On recrute beaucoup de personnes de tous milieux, des jeunes et des moins jeunes. On n’est pas du tout en souffrance. Au contraire, il y a une direction collégiale.

C’est donc vos premiers pas en politique. Qu’est-ce qui motive une femme à s’y lancer, dans un contexte où les scandales résument l’actualité de ce monde ?
Oui, c’est mes premiers pas en politique. C’est justement pour montrer qu’il ne faut pas s’arrêter à cette image négative de l’actualité politique. À Maurice, il y a plus de 50% de femmes. La politique, comme le monde du travail, est un champ de bataille. La femme peut apporter beaucoup à la société mauricienne.

Quel est le but que vous vous donnez en tant que présidente de la Commission féminine patriote du MP ?
Notre mission, en tant que femmes dans un parti politique, est de promouvoir la femme, faire avancer la place de la femme dans la société. Malheureusement, on a encore une société patriarcale. Notre but est de faire plus de place à la femme. On a la chance d’avoir l’éducation gratuite. La femme est libre de son corps à travers la contraception. Ce qui m’attriste, c’est la dernière loi sur l’avortement. C’est vraiment navrant. Il existe encore des avortements clandestins qui mettent la femme en danger.

Cinquante ans après notre indépendance, comment évaluez-vous l’évolution de la femme dans notre société ?
Il reste beaucoup à faire au niveau de l’égalité et de la parité. À bien des niveaux, il y a des discriminations. On parle de discrimination positive mais, moi, je ne suis pas très en faveur du quota, même si c’est pour faire avancer la cause de la femme. À un moment donné, ce sera limitatif. La femme doit être égale à l’homme. Le quota, c’est bien au début, quand on est à zéro. Mais le but est plus d’avoir une égalité. Cela aurait été idéal de faire voter une loi comme en Islande sur l’égalité de salaire pour la femme et l’homme. Maurice aurait peut-être fait un buzz avec une telle loi. Autrement, je pense qu’on a bien avancé. La femme a eu droit à l’éducation. Avant l’éducation gratuite, il y avait des familles nombreuses et pauvres. On envoyait à l’école les garçons et la femme restait au foyer. Avec l’éducation gratuite et obligatoire, toutes les filles sont allées à l’école et beaucoup ont fait des études supérieures. Il y a eu une ouverture dans la mentalité des familles, qui ont vu que les filles sont aussi intelligentes. Je trouve cela extraordinaire. Ensuite, avec la contraception, la femme a eu la liberté de choisir entre avoir un enfant ou pas. Nous avons eu la santé gratuite, ce qui n’est pas le cas en France, où je cotisais pour que mes employés aient une assurance santé. Il y a la gratuité, mais il faut maintenir le niveau de cette gratuité.

Depuis sa défaite à la partielle au No 18, on n’entend pas beaucoup parler de Tania Diolle au sein du MP…
Elle est toujours là. Après la partielle, elle s’est mariée et a pris un repos. Elle était ensuite en Éthiopie pour suivre des élections. Elle est toujours là et sera là pour les prochaines élections.

Comment la Commission féminine a-t-elle accueilli sa candidature et sa défaite à la partielle ?
Sa candidature a été quelque chose d’automatique et de normal. Elle est jeune, détient une formation en sciences politiques et a démissionné de son travail pour venir au MP. Comme moi, elle s’est rendu compte que le MP travaille beaucoup et présente beaucoup de motions à l’Assemblée. Elle a fait une campagne très courte avec très peu de moyens. On est satisfait de sa participation. Mais à Maurice, il y a d’autres paramètres que la personne qui entrent en jeu. Cela va changer un jour, espérons-le.

À l’occasion de la Journée de la Femme et des 50 ans de l’indépendance, on aurait pu se targuer du fait qu’une femme occupe le plus haut poste de l’État. Mais voilà que le statut de la présidente a été entaché par le scandale autour de sa carte de crédit. Votre point de vue ?
Je suis d’avis que la présidente a raté sa chance de pouvoir devenir une présidente digne et de représenter dignement la gent féminine. Elle a axé sa mission ailleurs mais, personnellement, je pense que le travail du président est un travail à plein-temps. La présidente a des prérogatives sur les lois de l’État puisqu’elle peut refouler une loi. Elle rencontre le Premier ministre toutes les semaines.

Diriez-vous que l’image des politiciennes n’est pas très reluisante ?
Est-ce qu’on a de la chance d’avoir des femmes valables et qu’on peut valoriser en politique ? Tout le monde me dit : « La politique est sale, pourquoi y entres-tu ? » Moi, je dis qu’il y a peu de femmes et qu’il y a autant de problèmes avec les hommes. On regarde plus les femmes parce qu’elles sont peu nombreuses. Je pense qu’il y a des femmes qui ont beaucoup de valeurs dans notre société. Il faut les encourager à faire de la politique. On a oublié les valeurs à Maurice. Est-ce que les parents ont le temps d’enseigner les valeurs ? Que ce soit des valeurs républicaines, de justice, de méritocratie ou des valeurs plus personnelles comme de ne pas voler, ne pas être malhonnête.

Que prévoit la Commission féminine pour la Journée de la Femme ?
On organise un forum-débat ce samedi de 14h à 16h à la salle Marie Marot de la municipalité de Quatre-Bornes. Ce sera un événement public dans le cadre des 50 ans de l’indépendance et de la Journée de la Femme. Le but sera de dresser un bilan. Il y aura des intervenants, comme Jane Ragoo – qui parlera des problèmes que rencontrent les femmes au travail –, Priscilla Mootee – qui évoquera l’émancipation de la femme –, ou encore Monique et Pierre Dinan.