NEHA KALKAPROSAND : Modèle de combativité

C’est le récit d’un petit bout de femme qui, du haut de ses 20 ans, se donne les moyens de réaliser ses rêves. La combativité de Neha Kalkaprosand s’est forgée sur un passé personnel douloureux et des préjugés au niveau professionnel. Parce qu’on lui a souvent répété qu’elle n’avait pas le “physique de l’emploi” pour arriver au sommet dans le mannequinat, elle a fondé en 2016 WAR Models, une agence qui accueille des filles et des garçons de tous horizons et de toutes tailles.
En 2012, elle n’a que 15 ans quand se joue le drame de sa vie… Elle se souvient de sa mère apeurée, de l’affairement autour de sa famille et du désarroi de ses proches. L’oreille collée à la radio, elle garde l’espoir de retrouver ces deux pêcheurs portés disparus en mer, au large de l’île Plate, dont l’un n’est nul autre que son père. “Même aujourd’hui, je n’accepte toujours pas l’idée que mon père ne soit plus là et que nous ne le reverrons plus jamais”, confie avec émotion Neha Kalkaprosand, qui a toujours du mal à faire son deuil. Vie et rêve brisés, elle entre dans une phase de dépression, échoue dans ses études, dépérit à vue d’œil, se referme sur elle-même… Une adolescence écourtée tragiquement mais qui l’a fait grandir très vite. “Pour ma mère, qui avait besoin de moi, mais aussi pour rendre fier le nom de mon père, j’ai remonté la pente. Ce drame a été ma force et mon moteur pour avancer.”

La rage de réussir.
Nous la rencontrons sur la terrasse d’un café où, entre deux gorgées gourmandes, elle nous parle de ses ambitions. La maturité de cette jeune femme se précise au fil de notre échange. Neha Kalkaprosand a un langage corporel et une gestuelle très posée, et s’exprime avec conviction sur ses projets. Elle est consciente d’où elle vient, où elle veut aller et par quel moyen arriver à ses fins. “Fille de pêcheur, j’ai connu une enfance modeste mais heureuse dans la côte nord du pays.” Sans vouloir paraître prétentieuse, elle affirme “avoir toujours voulu devenir quelqu’un. Depuis que je suis petite, mes parents m’ont enseigné la valeur du travail. Nous avons connu la misère et la faim, mais mes parents se sont toujours sacrifiés pour que nous ayons une vie meilleure. C’est de là que me vient ma rage de réussir”.
La combativité est gravée dans son ADN. “Mon père était quelqu’un de très ambitieux. Je tiens cette qualité de lui.” Pour cette amoureuse de chevaux, de fitness et du grand large, le mannequinat a toujours été une passion. Elle touche à ce domaine la première fois à 15 ans, lors d’une séance de photos avec un ami, qui met en relief sa photogénie. Encouragée par ses proches, elle se construit un portfolio généreux, tout en continuant sur sa bonne lancée avec d’autres projets. Elle est freinée dans son défilé glamour par la tragique disparition de son père. “Ce passage à vide m’a rendue plus forte et j’ai trouvé le courage de renouer avec ma passion.”

Beauté intérieure.
Employée par une agence locale, la jeune femme déchante très vite. Raillée sur sa taille par de nombreux “soi-disant professionnels du milieu”, elle se rend compte que ses mensurations et son physique métissé ne sont pas des critères qui séduisent les clients. “Cela met en lumière une certaine discrimination dans ce secteur. Nous sommes des Mauriciennes et notre beauté se situe au niveau de notre métissage. Comme beaucoup de filles, je trouve cela décevant de n’être choisie que pour des promotions dans des hypermarchés et des centres commerciaux.” Fonceuse, elle ne baisse pas les bras, s’inscrit à plusieurs concours de beauté. “Mais je n’ai jamais été retenue.”
Parce qu’elle estime que la taille n’est pas un frein pour percer dans ce milieu, et se sentant rejetée, elle fonde WAR Models avec l’aide d’un partenaire. Une agence de mannequinat qui se veut une plate-forme pour celles et ceux qui veulent vivre leur passion, au lieu d’en rêver uniquement. “À travers cette agence, je veux offrir la chance à toutes les filles de travailler dans le mannequinat, peu importent leurs caractéristiques physiques, leurs qualités et leurs imperfections. Mais je suis consciente de certaines restrictions physiques, que j’applique avec modération dans mon agence. Il faut mettre en valeur les filles mauriciennes et il faut changer la structuration des événements.” Elle ajoute que “la beauté physique n’est pas aussi importante que celle qui vient de l’intérieur”.

Face of the Week.
Neha Kalkaprosand est sur une bonne lancée. Elle dispose d’un carnet d’adresses très étoffé et d’une certaine renommée. Elle coache à ce jour une quarantaine de filles, leur offrant une visibilité concrète sur les réseaux sociaux. Elle a lancé récemment le concours Face of The Week sur Facebook. Chaque semaine, une jeune femme a l’occasion d’être le visage de l’agence. “Mon but est de guider les jeunes filles vers une carrière professionnelle épanouie et contribuer à leur ouvrir les portes vers l’avenir.” En novembre, un casting call sera organisé pour celles qui désirent intégrer son agence.
Elle ambitionne d’être parmi le Top 3 des agences de mannequinat d’ici trois ans. Pour arriver à ses fins, la jeune femme compte rester fidèle à la philosophie d’ouverture et de tolérance sur laquelle s’est construite sa boîte. “WAR Models n’est qu’un début. Quand tu veux arriver quelque part, rien ne peut t’arrêter si tu y crois vraiment.” Son plus grand accomplissement, “c’est de rendre fiers ma maman et mon papa, là où il est”.