NITA JUDDOO, CANDIDATE DU MMM : « La partielle au n°18, tremplin pour les élections générales »

Nita Juddoo, candidate du MMM à l'élection partielle dans la circonscription Belle Rose-Quatre Bornes, s'est engagée dans la campagne électorale dès cette semaine après la validation de sa candidature par la régionale du MMM dans la circonscription n° 18. Âgée de 47 ans, cette native de Quatre-Bornes a grandi à la rue Ollier. Elle a fait ses études secondaires au Couvent de Lorette de Rose-Hill jusqu’à la Form 3 avant de se rendre à Paris où elle a entrepris sa scolarité jusqu'au Baccalauréat. Après un bref passage à Maurice, elle s'est rendue en Angleterre pour des études de droit. Elle détient une licence en communication. Mariée, elle a deux  enfants et a travaillé un moment à la MBC comme news editor puis au ministère du tourisme, avant de partir pour le Canada. De retour au pays, elle a travaillé chez AXYS pendant deux ans et demi. Elle s'adonne actuellement en freelance à la traduction juridique.

Votre candidature a été approuvée par la régionale du MMM dans la circonscription n° 18 lundi après quelques jours de débats. Attendiez-vous à la polémique qui a suivi l’annonce de votre nomination au sein de votre parti?
Je dois d’abord vous avouer que je ne m’attendais pas à ce que mon nom soit cité comme candidat vu que mon admission au MMM ne date pas de longtemps.  Cela a été une surprise agréable parce que c’est une preuve de confiance que le parti me fait. Je connais très bien Vijay Makhan pour qui j’ai beaucoup d’admiration et de respect. J’aurais souhaité que ma nomination se fasse de façon consensuelle. Au départ, il est humain que les contestations m’ont au départ bouleversé mais comme l’a expliqué le leader il n’y a pas eu de vote ni au bureau politique ni à la régionale puisque Vijay Makhan s’était retiré. Je pense que ce qui s’est passé a permis de démontrer que les décisions sont prises de manière démocratique au sein du MMM et que les militants peuvent s’exprimer librement et faire part de leurs réserves à travers les instances du parti; ce n’est pas vrai de dire que le leader décide tout, tout seul. Je suis maintenant plus sereine et je suis en contact permanent avec les dirigeants, dont Vijay Makhan qui connaît le terrain et qui a une grande expérience tant au niveau local et international.

Comment la jeune professionnelle a choisi de se jeter dans l’arène politique ?
Cela fait très longtemps que la politique m’intéresse. On parle de papa-tifi.  Lorsque le père ou la mère d’une famille est un artiste et qu’un des enfants choisit de faire de la musique ou un autre art, on ne se pose jamais la question et on se dit que c’est peut-être inné. Mon père a longtemps fait de la politique, d'où le fait que dans la famille on a toujours été associés à la chose politique et aux affaires du pays. La politique m’a toujours intéressée. Cependant, dans un premier temps, j’avais donné priorité à mes deux enfants parce que je sais que la vie politique demande beaucoup de sacrifice et d’engagement. J’ai donc attendu que je sois prête et que ma décision n’affecte ni mon époux ni mes enfants.

Vous êtes présentée comme un symbole de la volonté du MMM de se rajeunir et de bien représenter les femmes mauriciennes. Cela représente-t-il un défi pour vous ?
Je pense que cela est très positif et démontre que le MMM pratique ce qu’il prêche. La nouvelle constitution du MMM met beaucoup d’accent sur le rôle de la femme dans la société et dans la politique.  La présentation de ma candidature est un signal très fort envoyé tant vis-à-vis des femmes que vis-à-vis des jeunes. Certains parlent de dinosaures, d’autres parlent de néophytes. Je suis pour un mélange de l'enthousiasme et du dynamisme des jeunes avec l'expérience des anciens.

Pourquoi avoir choisi le MMM pour votre début en politique ?
Mes détracteurs disent que c’est mon père qui m’a pris par la main et m’a amené au MMM. Ce n’est pas vrai. C’est vrai je suis militante de cœur mais c’est la tête qui m’a fait choisir le MMM. Après mon retour au pays j’ai rencontré des personnes d’autres bords politiques, des groupuscules. Par la suite j’ai pris ma décision en connaissance de cause. Après avoir étudié les programmes des partis et voir comment ils opéraient, je me suis sentie beaucoup plus à l’aise de représenter un parti avant-gardiste, qui a des idées et une structure. Le MMM a vu le jour l’année de ma naissance en 1969. Je dois dire que j’ai grandi avec. Ma décision a été prise de manière très réfléchie.

En suivant les débats parlementaires en direct à la télévision, ne vous est-il pas arrivé de vous demander ce que vous allez faire dans cette galère ?
Au contraire. Ce que démontrent les débats parlementaires à la télévision est qu’il faut avoir des professionnels qui puissent travailler leurs dossiers. On  dit que l’opposition est virulente et agressive. Or tout ce qu’elle recherche c’est la transparence. Pourquoi serait-elle agressive et pourquoi ferait-elle des walk-out si le gouvernement travaillait de manière transparente et communiquait les informations demandées convenablement, et dans l’intérêt public? Il y a tellement de choses qui se font dans l’opacité. On constate également que beaucoup de ministres ne maîtrisent pas leurs dossiers. Or les décisions qui sont prises affecteront tôt ou tard la décision de tout un chacun. Certainement ce qu’on voit peut nous choquer et nous mettre dans tous nos états mais comment changer si on ne s’engage pas et si on reste sur la touche en se contentant de critiquer. Il faut qu’il y ait des gens qui soient prêts à se jeter dans l'arène pour faire changer les choses de l’intérieur. Je me suis dit pourquoi ne pas apporter ma petite contribution à ce changement.

Que voulez-vous faire et quelles sont vos ambitions au plan politique ?
Je suis très attachée à la démocratie participative de manière à mettre le citoyen au cœur des décisions au lieu d’imposer des décisions comme tel a été le cas à maintes reprises que ce soit dans le cas du Metro Express, de la déclassification des plages et du Petroleum hub à Albion. À chaque fois on prend des décisions sans consulter les personnes concernées et par la suite on perd énormément de temps et de ressources à faire du « damage control ». Si on met le citoyen au cœur des débats et si on se met à son écoute, on éviterait le « disconnect » entre les projets gouvernementaux et la population, entre ce qui est dit et ce qui est fait. On parle de l’environnement mais on ne fait pas d'Environmental Impact Assessment pour des projets majeurs. On défigure les espaces verts. Promouvoir la protection de l’environnement ne consiste pas à créer des « photo opportunities » pour ramasser des sacs en plastique. Cela doit être pensé et planifié. Quand je serai à Quatre-Bornes, je ferai tout mon possible pour me mettre à l’écoute des citoyens.

Quel est, selon vous, l’enjeu de cette partielle ?
L’élection partielle, sans minimiser son importance, est un tremplin pour ce qui est à venir, en particulier les élections générales. Ce n’est qu’à ce moment qu’on pourra apporter des changements.

Roshi Badhain parle de référendum contre le Metro Express, Arvin Boolell de référendum contre le gouvernement actuel. Qu’en pensez-vous ?
En théorie c’est tout cela mais en pratique on aurait pu se passer de cette partielle parce que l’enjeu est ailleurs. C’est un référendum mais c’est surtout l’occasion de démontrer que le MMM représente l’alternative la plus crédible à ce gouvernement.

Quel genre de campagne comptez-vous mener pour ce scrutin ?
En premier lieu, je n’aime pas les attaques personnelles ou les cheap shots.  On est déjà empêtré dans des scandales, on n’a pas besoin de perdre du temps de parler de X, de sa vie personnelle et de sa famille. J’aime la proximité avec les gens. Je serai à l’écoute tout en expliquant notre programme et les types de solutions qu’on pourra apporter pour améliorer le quotidien. Je ne descendrai pas au niveau de ceux qui commencent à me diaboliser sans me connaître. Ce n’est pas mon style.

Vous serez candidate à cette élection partielle sachant que vous ne le serez pas dans la même circonscription aux prochaines législatives ?
Une circonscription n'est pas la propriété privée de qui que ce soit. Ce n'est pas la chasse gardée de qui que ce soit. Nous sommes dans un parti et on travaille là où on nous met. Imaginez ce qui se passerait lorsqu'il y aura soixante candidats à répartir à l'occasion d'une élection générale. Si chacun commence à dire que je ne travaillerai pas dans cette circonscription, ce sera la cacophonie. On doit travailler là où on nous met. À ceux qui me posent la question je réponds: Ne vous tracassez pas pour cela. On a une stratégie. Le leader a le sien. Nous voulons remporter cette élection et l'objectif est les élections générales. Je vais travailler de tout mon cœur à Quatre-Bornes et demain si on me demande de travailler ailleurs je le ferai avec la même conviction et le même effort. Notre principal souci c'est le pays. Les problèmes de Quatre-Bornes sont également ceux de toute la nation. Le Metro Express aura également des répercussions sur toute la nation. On doit voir les problèmes de manière globale.

Un message pour les jeunes...
Je leur demande de s'intéresser à la politique, de lire les journaux et de se mettre au courant de ce qui se passe car les décisions prises ont une répercussion sur tout ce qui les concerne – que ce soit leur région, leur environnement, leur travail, le pays et l'économie. Le droit de vote, acquis de haute lutte, est important. Il faut savoir s'en servir. Il faut par conséquent être avisé et comprendre ce qui se passe pour le pays, les Chagos, Agalega, Tromelin etc. Il faut connaître l'histoire. Mais il faut s'impliquer, pas nécessairement à travers la politique mais des ONG, les municipalités et clubs etc.

Durant la campagne vous découvrirez également certaines réalités dont le communalisme... Quelle sera votre attitude?
C'est dommage que lorsqu'on a parlé de moi, on a fait abstraction du fait que je sois une jeune, une nouvelle, une femme, on a parlé uniquement de ma caste. J'ai 47 ans; ma caste n'a jamais été un facteur déterminant dans ma vie. Cela n'a jamais fait partie de mon mode de vie. Je suis une personne très ouverte. Ce n'est pas maintenant qu'on va venir parler de ma caste. C'est de très mauvaise foi. S'agissant de la campagne, nous opérons comme une équipe et ne ferons pas bande à part. On veut montrer que c'est une équipe dynamique et qu'on est là pour travailler de manière collégiale. Ce sera un team work. Je suis certain que cela va bien se passer.

Que voulez-vous dire aux habitants de Belle-Rose/Quatre-Bornes?
Je sais qu'ils ne me connaissent pas encore. Je leur demande de m'ouvrir leurs portes. Que vous vous donnez l'occasion de me connaître! Vous pourrez juger en connaissance de cause.