NO.18 :QUELS ENJEUX ?

Bien que le résultat de la partielle au N°18 ne changera pratiquement rien aux rapports de forces à l'Assemblée nationale, l'enjeu demeure néanmoins de taille pour le parti Lepep, et ce quoi qu'en disent ses dirigeants.  En effet, en tant que parti au pouvoir, il s'agit avant tout d'affirmer sa présence dans une des plus importantes circonscriptions du pays par la reconquête d'au moins un des deux sièges qu'il avait remportés aux législatives, mais perdus en cours de route dans les circonstances que l'on sait.  Cependant, il est devenu plus qu'évident aujourd'hui que, se trouvant dans le creux de la vague de l'opinion, les dirigeants Lepep ne présenteront pas de candidat à Belle-Rose/Quatre-Bornes – une éventualité d'ailleurs déjà évoquée au Bureau politique du MSM le 22 juillet 2017. Si, à Rivière-du-Rempart, pourtant bastion électoral du parti soleil, le gouvernement n'a pu prendre le risque d'organiser une partielle – ce qui a effectivement contraint SAJ de prolonger son mandat ministériel malgré son âge avancé alors que, selon certains observateurs proches de l'entourage de l'ex-PM, il avait envisagé de partir à la retraite après le passage du témoin à son fils –, pourra-t-il faire face à un électorat qui est loin d'être acquis à sa cause ? À l'impopularité ambiante du gouvernement est venue s'ajouter l'abominable affaire Showkutally Soodhun qui met, encore une fois, en exergue une justice à deux vitesses et la politique de deux poids deux mesures.
 Ainsi, Roshi Bhadain, qui avait promis de faire des révélations fracassantes sur Pravind Jugnauth et sur le gouvernement Lepep durant la campagne, doit impérativement revoir sa copie et réorienter ses tirs. Car, jusqu'ici, c'est l'affaire Medpoint au Privy Council de même que la dynastie papa-piti qui ont dominé les thèmes de sa campagne alors que ses adversaires immédiats sont déjà connus : Arvin Boolell, Nita Juddoo et Dhanesh Maraye, entre autres. Dans les circonstances actuelles donc, le gouvernement pourrait traîner les pieds et repousser l'échéance de cette partielle jusqu'à la limite du délai maximal légal de 240 jours qui expire en février 2018, alors que les formations politiques en lice affûtent déjà leurs armes avec la conviction que l'élection aura lieu durant les présentes vacances parlementaires, soit avant le 24 octobre prochain.
 Par ailleurs, de nombreux observateurs sont d'avis qu'en débauchant Arvin Boolell de « lakaz mama » du No 11 pour l'envoyer au "casse-pipe" au No 18, Navin Ramgoolam tend à éliminer une menace directe et perpétuelle à son leadership. D'ailleurs, l'on se souvient que, bien avant même l'annonce de la démission de Roshi Bhadain de l'Assemblée nationale, le bruit courait déjà que Arvin Boolell serait muté au No 18 alors que les pronostics le placent d'ores et déjà comme favori de la course pour la reconquête de son siège au No 11 dont il connaît tous les coins et recoins au bout des doigts. Il serait intéressant, dans cette optique, de scruter la campagne des Rouges à Belle-Rose/Quatre-Bornes mais surtout le body language de Navin Ramgoolam. Mais quoi qu'il en soit, ce dernier trouverait toujours la parade pour expliquer une éventuelle campagne morose et moins intense : l'argent du parti saisi par la police, la construction du nouveau quartier général, etc. Mais personne n'est dupe.
Finalement, en ce qui concerne le MMM, il paraît que son leader n'a tiré aucune leçon de sa monumentale bévue stratégique de décembre 2014 qui a suscité d'ailleurs une énième cassure de son parti. Dans cette joute électorale cruciale pour la politique locale, le parti mauve aurait dû mettre toutes les chances de son côté en ne prenant aucun risque. Sans pour autant minimiser la candidature de Madame Nita Juddoo, force est de reconnaître toutefois que la probabilité du succès de celle de Vijay Makhan est bien plus élevée ; ce dernier connaissant très bien le terrain et ayant déjà côtoyé tous les membres du parti de cette circonscription. C'est aux législatives que des nouveaux sont d'ordinaire tirés vers le haut par les chefs de file d'expérience.