Les travaillistes et quelques-uns de leurs affidés devant la MBC hier. C’était plutôt amusant. Mais c’était aussi quelque part ridicule lorsqu’on sait comment fonctionnait le service public il y a à peine 50 mois sous Navin Ramgoolam et ses nominés politiques successifs qu’étaient Bijaye Madhoo et Dan Callikan. Entre la propagande permanente pour promouvoir l’image du Premier ministre et les attaques répétées contre les journalistes de la presse écrite dont les textes étaient exhibés à l’écran avec une croix rouge et les meetings quotidiens des socioculturels acquis à la cause du PTr ou le renvoi de l’excellente journaliste Sarah Persand pour cause de retard à une activité du Premier ministre, on ne comptait plus les excès révoltants de la MBC.

Oublie-t-on avec quel pactole le dernier directeur travailliste de la MBC est parti ? Allons, un peu de sérieux et de respect pour cette population qui n’est pas la plus bête ni la plus amnésique du monde, quoi qu’en pensent, avec un mépris évident, certains leaders politiques. Quant à la direction actuelle de la MBC, la énième en quatre ans, elle est probablement la plus médiocre que nous ayons eue depuis très longtemps. Il n’y qu’à écouter parler ceux qui occupent des postes de responsabilité. Ils ont tous l’air de ne pas savoir de quoi ils parlent, ils balancent n’importe quoi, comme s’ils étaient dans une sitcom de mauvais goût.

Lors de la “convocation” de l’Église dans les locaux de la MBC, dans un inversement inattendu des conventions et du protocole, pour des excuses suivant l’incident grotesque du caveau, on a vu le directeur par intérim, croyant faire de l’esprit, emprunter au vocable religieux des expressions pour expliquer le sort qui avait été réservé à celui qui avait réalisé le fameux sujet des louanges sans fin de Pravind Jugnauth post-Privy Council. Anooj Ramsurrun a déclaré que l’auteur de l’intrusion a été assez « crucifié » et « lapidé » par le public, et donc pas de sanction. Comme quoi, avec ce gouvernement, il est plus facile de débarquer un Megh Pillay pour cause d’incompatibilité avec un membre influent de la “cuisine”, quitte à plomber les ailes de la accompagne nationale d’aviation, que de toucher au moindre cheveu du biographe de la famille “royale” mauricienne, coupable pourtant d’une faute publique. Et on ne sait toujours pas jusqu’ici dans quelles conditions il a atterri à la MBC. C’est la nouvelle version de l’équité et de la méritocratie.

Lorsqu’on a fini de rire de la mbcillité nationale, on n’est pas plus rassuré quant au sérieux de ceux qui nous gouvernent. L’épisode burlesque du ministre des Affaires étrangères qui règle ses comptes avec ses collègues du gouvernement et certains organismes publics devant un invité d’honneur étranger n’a rien à envier aux dérapages de la MBC. Celui qui, en sa qualité de ministre des Finances, avait annoncé un taux de croissance de 5,7% pour 2015 et promis la construction d’un hôtel 7 étoiles à Pointe des Lascars aussitôt son élection a eu un accès de colère devant le médiocre et “honteux” 3% de taux de croissance que le pays enregistre depuis 10 ans et il délivre ainsi pêle-mêle un certificat d’incompétence à Rama Sithanen, Xavier Duval et Pravind Jugnauth.

Et dire que, lui, il a juste oublié qu’il n’aura été qu’une anecdote dans la promesse et la réalisation du « deuxième miracle économique », le grand thème de la dernière campagne électorale. Bien sûr que 3% c’est trop bas pour réaliser nos ambitions d’accéder à la catégorie des pays à haut revenu. On n’a pas attendu Vishnu Lutchmeenaraidoo pour le découvrir, mais comme il a présidé aux destinées de l’économie pendant quinze mois, il devrait commencer par nous expliquer ce qu’il est advenu de ses prévisions de croissance d’abord et de ce qu’il a fait pour essayer d’atteindre ce chiffre. À moins que ce ne soit le démantèlement de sa politique antizougader annoncée en grande pompe dans le seul et unique budget qu’il a présenté en juin 2015 qui soit à la base de son grand courroux et qu’il n’a pu s’empêcher de lancer de sévères coups de griffes et même devant un visiteur de marque présent pour les célébrations nationales de l’indépendance et de la République.

Il est vrai que Pravind Jugnauth a complètement détricoté son régime antijeu avec deux tirages du Loto par semaine et les permis pour les jeux sur tout et partout dans le pays. Mais de là à marquer des autobuts et à affaiblir la position mauricienne devant la presse régionale est un pas qu’il n’aurait certainement pas dû franchir. Mais comme il est un ministre un peu à part et qu’il semble avoir un statut particulier au sein du MSM, ses dérives langagières ne susciteront que quelques déclarations dépitées de ses collègues porte-parole du parti obligés de taire leur exaspération.

Heureusement qu’il y a des choses plus agréables qui se passent ici même et dans le monde. Ils n’étaient peut-être pas très nombreux vendredi au Jardin de la Compagnie, mais c’est bien que les jeunes soient descendus dans la rue pour défendre la planète. Ils étaient un million d’adolescents à travers le monde à dire aux adultes qu’ils sont en train de détruire leur futur. Ce n’est qu’un début, mais il est prometteur. Il faut espérer que davantage de nos jeunes s’approprient ce noble combat et qu’ils s’engagent pour forcer des décisions que nous tardons trop à prendre.

L’Algérie se pose aussi en exemple au monde quant à la manière de protester sans tout fracasser. Pas un cheveu déplacé, pas une chaise cassée lors des manifestations pour réclamer le départ de leur président. Hommes, femmes, jeunes, tous dans la rue dans un grand élan de fraternité. Et lorsqu’ils sont face aux forces de l’ordre, ce n’est pas pour leur cracher dessus, c’est pour les embrasser et leur dire que « tous même combat ». Une vraie leçon en ces temps troublés.