Noemi Alphonse, 23 ans, participera à l’épreuve du 1,500 m en fauteuil roulant aux prochains Jeux des Îles de l’Océan Indien. Née avec une malformation, la championne a puisé dans sa discipline sportive pour surmonter son handicap. Cela lui a permis de s’épanouir et de devenir une personne confiante et ambitieuse, capable d’aller chercher une médaille d’or pour son pays.

Il est 13h au IMotion Gym à Ébène. Une dizaine de personnes pratiquent leurs exercices, sous la supervision de leurs coaches. Lorsqu’elle fait son entrée, tous les regards se tournent vers Noemi Alphonse. À notre requête, elle s’est faite coquette pour une séance de photos. La battante qui d’habitude pousse des poids lourds, se régale aux barres fixes et se délecte des press-up, s’est métamorphosée en une belle jeune fille arborant une jolie robe et des talons aiguilles. Elle est émue de l’attention manifestée par le petit groupe qu’elle côtoie régulièrement à la gym. Pendant une bonne heure, elle se prête au jeu, en glissant de temps à autre : “Je ne suis pas très à l’aise.”

Détermination.

Aussitôt la séance photos terminée, elle s’empresse d’enfiler ses habits de combat. En collant et débardeur, elle se transforme en lionne. Le sourire disparaît de son visage. Sa détermination est palpable lorsqu’elle fait ses exercices. Des biceps saillants, un visage renfermé, le regard fixé vers l’horizon. Sa concentration est au maximum, l’esprit tourné vers les Jeux des Îles. “Ce seront mes Jeux, chez moi, devant mon public”, confie Noemi Alphonse.

Remontée à bloc, elle tient à remettre les pendules à l’heure après l’énorme désillusion de 2014, qui l’avait privée de ses premiers Jeux des Îles à La Réunion. “C’était dur à vivre parce que j’avais énormément travaillé mais n’avais pas réussi à atteindre mon objectif. J’étais découragée. J’y suis allée en tant que spectatrice, j’ai vu mes amis remporter des médailles. J’étais contente pour eux, mais quand je les ai vus monter sur le podium avec le drapeau mauricien et chanter l’hymne national, ça m’a fait quelque chose. Je me suis promis que, dans cinq ans, j’allais tout faire pour être sur le podium avec eux.”

Dans moins d’un mois, elle aura enfin l’occasion de montrer de quel bois elle se chauffe sur le 1,500 m en fauteuil roulant, seule épreuve inscrite dans cette discipline aux JIOI. “Je vise la médaille d’or et aussi le record des Jeux sur cette distance”, dit-elle sans détour. Elle ajoute : “C’est une motivation supplémentaire pour moi.” Elle plaide également pour que d’autres épreuves de course en fauteuil soient inscrites pour les Jeux qui suivront. “Nous devrions avoir plus de médailles”, dit-elle, confiante.

Des records à la pelle.

Pratiquant ce sport depuis cinq ans à peine, Noemi Alphonse s’est vite révélée douée. Quatre mois à peine après avoir découvert la discipline, elle remporte le 1,500 m et obtient la médaille d’argent sur 100 m et 400 m au Grand Prix d’Italie. Elle poursuit sur cette lancée avec plusieurs médailles, tout en brisant à plusieurs reprises les records nationaux. Performance qu’elle a de nouveau réalisée il y a quelques semaines en Suisse, où elle a participé à trois compétitions, tout en réalisant les minima pour se qualifier aux Jeux Paralympiques de 2020. “J’ai amélioré cinq records nationaux, dont ceux du 100 m et du 1,500 m, que j’avais déjà améliorés en début d’année. Le record du 1,500 m est également un record d’Afrique”, dit-elle fièrement.

Elle participe à ces compétitions pour se préparer aux échéances qui s’approchent à grands pas. Cela lui permet d’acquérir de l’expérience. “Le choix de faire des compétitions n’est pas pour ramener la médaille d’or, à part pour les Jeux des Îles et les championnats du monde, mais pour améliorer mes performances. Le niveau est très élevé et cela ne fait que quatre ans que je pratique la course en fauteuil. Les autres filles qui sont en compétition avec moi ont dix à vingt ans d’expérience. Je ne me précipite pas. Pour moi et mon entraîneur, le but est de faire le plus de performances possibles, savoir rouler en peloton et acquérir plus d’expérience.”

Journalisme.

À environ deux mois des JIOI, Noemi Alphonse est actuellement en pleine préparation. Une phase qu’elle entreprend parallèlement à ses études en Web and Multimedia Development à l’Université de Maurice. Pour l’instant, elle s’est fixé comme objectif les Jeux paralympiques de 2020. Après quoi, elle choisira dans quelle filière elle se lancera professionnellement. “Je voulais devenir journaliste. J’ai même suivi des cours à l’Alliance Française. Je prendrai une décision le moment venu.”

En dehors du sport, Noemi Alphonse adore la plage et le soleil. “Mais je n’ai pas trop l’occasion d’aller à la plage.” Elle confectionne également des bracelets brésiliens, qu’elle vend sur sa page Facebook, Handcraft boutique, et sur son compte Instagram. “Quand j’étais au collège, j’aimais en porter tout le temps. J’ai voulu les fabriquer moi-même. J’ai appris à les fabriquer et mes copines m’ont demandé d’en faire pour elles. C’est comme ça que tout a démarré.”

Surmonter son handicap.

Son sport lui a permis de grandir en tant que personne et à surmonter son handicap. “La course en fauteuil roulant a changé positivement ma vie. J’ai toujours été complexée par rapport à mon handicap. Quand les gens m’interrogeaient sur cet aspect, je ne voulais pas répondre, je devenais même agressive. Je leur disais que ce n’était pas leur problème. Quand je suis allée en Italie pour ma première compétition, j’ai vu d’autres personnes avec des handicaps plus graves qui vivaient leur sport à fond. Cela m’a transformée. Je suis devenue très différente, j’ai vaincu ma timidité. Je suis devenue plus indépendante, J’ai commencé à porter des shorts alors que je ne le faisais jamais. J’ai pu m’ouvrir d’avantage aux autres, Grâce à ce sport, j’ai commencé à m’aimer comme je suis. Cela m’a fait grandir.”

Avant, les gens ressentaient surtout de la compassion pour elle. Mais après ses exploits sportifs, leur regard a changé. “Les gens me reconnaissent. Ils me disent : tu as beaucoup de chance et du talent. On ne voit plus la petite fille avec un handicap, mais l’athlète.”

Découverte.

Cette passion pour le sport s’est développée très tôt. À peine âgée de trois ans, elle faisait des abdos et des press-up chaque soir avant d’aller dormir, encouragée par ses oncles, Patrick et Christophe Lebrasse. À huit ans, elle s’est mise au judo, mais a dû arrêter pour se faire opérer. Au collège, elle a pratiqué le badminton, le basket et le volley-ball, avant de se mettre sérieusement à la gym à 19 ans. Elle rencontre alors Jean-Marie Bhugeerathee, qui deviendra son entraîneur. Elle veut se mettre à la course à pied, mais faute d’une prothèse spécifique, elle doit renoncer.

C’est à ce moment qu’elle découvre la course en fauteuil. “Il m’a mise dans un fauteuil et m’a dit d’essayer pour voir. Au début, je n’ai pas aimé. J’ai même eu honte d’être dans le fauteuil parce que mon handicap ne m’empêchait pas de marcher. Cela m’a rappelé l’époque suivant mon opération, quand j’avais dû passer beaucoup de temps dans un fauteuil roulant. Mais, après une semaine, je me suis rendu compte que cela n’avait rien à voir avec les fauteuils qu’on trouve dans les hôpitaux. C’était comme une petite voiture qui me permettait d’aller très vite.”

BIO EXPRESS

Situation familiale : Célibataire.

Âge : 23 ans.

Profession : Étudiante.

Totem : Un mélange d’un lion et d’un ouragan.

Plus grande frayeur : De ne pas atteindre mes objectifs alors que je travaille très dur.

Plat préféré : Les pâtes.

Série préférée : The Flash.

Chanteuse préférée : Afro Jaune.

Moments forts

2015 : Remporte la médaille sur 1,500 m et la médaille d’argent aux 100 et 400 m au Grand prix d’Italie.

2016 : Gagne la médaille d’or aux 100, 400, 800 et 1,500 m au Grand prix de Berlin en Allemagne, en battant les records de Maurice sur 400, 800 et 1,500 m.

2017 : Médaillée d’argent au 100 m et médaillée de bronze au 200 m au Sharjah 7th International Open Athletics Meeting à Dubaï. Elle y bat les records de Maurice sur 100, 200, 400, 800 et 1,500 m. Elle bat ces cinq records de nouveau au Grand prix de Nottwil en Suisse, quelques mois plus tard. Elle remporte la médaille d’argent aux 100 et 400 m ainsi que la médaille de bronze au 200 m au Grand prix de Paris en France. Elle atteint la finale des 100 et 200 m au World Para Athletics championships en Angleterre.

2018 : Elle atteint la finale du 1,500 m et participe au marathon sur 42 km aux Jeux du Commonwealth. Elle bat de nouveau les records de Maurice des 100, 200, 400, 800 et 1,500 m au Grand prix de Nottwil. Elle y bat également le record d’Afrique du 1,500 m. Médaillée d’or sur 1,500 m aux Handisport games et au Championnat national de Maurice. Elle est médaillée d’or sur 100, 200, 400 et 800 m au Grand prix de Paris.

2019 : Remporte la médaille de bronze du 100 m, tout en battant le record de Maurice de la distance au GIO Summer Down en Australie. Elle est aussi la première Mauricienne à participer au 5,000 m.

Remporte le 100 m et, faute de compétitrices, participe à la finale des 400, 800, 1,500 et 5,000 m avec les garçons au Sharjah International Open Athletics Meeting à Dubaï. Médaillée de bronze au 100 m lors du Grand prix de Fazza à Dubaï. Elle bat de nouveau les records de Maurice des 100, 200, 400, 800 et 1,500 m au Grand prix de Nottwil. Le record du 1,500 m constitue également un record d’Afrique.