Rien n’est trop beau ni impossible quand il s’agit de ces “bébés”. Noémie Barragan n’a des yeux que pour ses animaux et leur consacre chaque seconde de son existence. À Belle Mare, dans un immense domaine de plusieurs arpents, une petite minorité d’“humains” fait figure de compagnons de vie. Dans l’arche de Noémie, ce sont les animaux qui règnent en maîtres.

Scope a été à la rencontre de cette jeune Parisienne de 28 ans, installée à Maurice depuis 2016, avec non pas quelques bagages en trop, mais quasiment une exceptionnelle cargaison comprenant une dizaine de chevaux, un chat, trois chiens et un perroquet…

Il y a bien plus que de l’amour et de la passion entre ce petit bout de femme et ses “bêtes”. Cette relation particulière va bien au-delà d’une alchimie et d’un don inné, permettant à Noémie Barragan de leur parler et de comprendre chacune de leurs envies. À peine quelques secondes à bord de l’arche de Noémie et on se rend compte qu’il suffit d’un regard, d’un toucher, de l’attention et de beaucoup de câlins, du respect et de l’humilité pour que l’homme et l’animal vivent en parfaite harmonie. Dans cette atmosphère sereine et paisible située à l’entrée de Belle Mare, tout le monde est logé à la même enseigne. Une chose que la “maman” s’assure au quotidien, du matin au soir. Ce n’est pas qu’une question d’organisation ou de bon timing. Cette Parisienne a définitivement quelque chose de particulier.

Noémie Barragan intrigue, étonne et détonne. Elle a été modèle de lingerie fine, représentante d’une grande marque de parfumerie, commerciale, animatrice et formatrice en cosmétique et pharmaceutique, a fait divers tournages, tout en étant aussi cavalière et propriétaire d’écuries. Difficile à croire que cette jeune femme de 28 ans, avec une vie si trépignante menée cent à l’heure, a toujours trouvé du temps pour ses animaux. Encore plus lorsqu’elle nous révèle avoir laissé les strass et paillettes, la jet-set life, entre autres luxes et belles opportunités de carrière en France, pour s’installer ici à Maurice, “par amour et pour cette île”. Mais cette nouvelle vie ne pouvait se faire sans ses dix chevaux (du plus petit de 60 cm au plus grand de 1m92), son chat, ses trois chiens et son perroquet, qu’elle a fait tous voyager en avion.

Le langage des animaux.

En fixant Lucky, son perroquet accroché à son épaule, elle nous confie : “Mes animaux prennent énormément de place dans ma vie. Enfant, j’avais du mal à communiquer avec les autres. Je ne me sentais bien qu’avec mes bêtes. Aujourd’hui encore, je peux dire que ce n’est qu’en leur présence que je suis parfaitement à l’aise. Du plus petit au plus grand que j’ai possédé, accueilli ou sauvé, ils ont fait la personne que je suis. Ils ont été là à différentes étapes, dans les bons moments comme dans certaines mauvaises passes, et ils ne m’ont jamais déçue. Je n’imagine pas mon existence sans eux.”

Pour mieux nous décrire son histoire d’amour avec eux, elle nous cite quelques petites anecdotes : laisser son bouc monter avec elle dans sa Porsche, l’emmener déjeuner avec elle dans un grand restaurant gastronomique à Fontainebleau. Ou lorsqu’elle a sauvé un crabe de la marmite de sa grand-mère et a essayé de le garder en vie. Aux yeux des autres, “je dois certainement être une barjot.”

Noémie Barragan ne se contente pas d’aimer ses animaux. Elle s’en occupe, les soigne, leur parle, les observe et communique avec eux. “Comme nous, les animaux ont leur propre langage et leur façon de s’exprimer. J’arrive à voir et comprendre tout ça.” À Paris où elle a grandi, ils sont nombreux les vétérinaires à se souvenir des appels et questions de la petite Noémie dès qu’elle avait un nouvel animal. “J’étais très curieuse de tout savoir sur mes animaux. J’estimais que mon rôle ne devait pas s’arrêter à les nourrir ou les promener. Il y a tellement de choses à apprendre sur eux et je pouvais passer des heures à bouquiner et à faire des recherches.”

“Je vois au plus profond d’eux”.

Même si ses parents ont toujours accepté sa passion pour les animaux, ils lui ont quand même conseillé de se tourner vers des études de commerce. Selon eux, “dans les animaux, tu ne gagneras jamais ta vie”. Pour un jour être en mesure de construire son superbe haras et sauver les animaux, Noémie Barragan cumulera plusieurs boulots dans divers domaines. Sa réussite et sa progression professionnelle ne l’empêchèrent pas d’être disponible pour ses animaux. Au contraire, “mes animaux étaient mon échappatoire. Alors que d’autres se défoulaient dans les fêtes, je prenais ma voiture pour faire un break en allant visiter les fermes ou simplement trouver un champ et observer les animaux”. 

Impossible de savoir comment ni pourquoi tous ces animaux sont entrés dans sa vie. La plupart lui ont été offerts ou se sont simplement mis sur sa route. Un premier poney à l’âge de 12 ans, suivi d’un cheval vers 15 ans, sans compter les hamsters, cochons d’Inde, poules, chiens, chats… Noémie Barragan a vu défiler plusieurs espèces animalières. À Maurice, où l’aventure se poursuit depuis 2016, elle a agrandi sa famille avec un cochon tricolore, une biche, une chèvre, des coqs, des tortues, des poissons, des chauves-souris. Entre les résidents permanents, ceux qui sont de passage et ceux qui viennent chercher simplement refuge, soins et câlins, difficile de savoir le nombre qu’elle possède actuellement chez elle. “Partout où je suis, c’est comme si j’attirais les animaux. Je connais chacun d’entre eux, leur caractère, ce qu’ils aiment, quand ils me regardent et ce qu’ils attendent de moi, quand ils font tel son pour réclamer un truc spécifique. Je vois au plus profond d’eux.”

Partager son savoir-faire.

Il n’en fallait pas plus à Noémie Barragan pour monter sa boîte, Horse Pro Ltd. Elle propose des spectacles équestres, des locations d’animaux pour des tournages cinématographiques, des animations de poneys ou des shows à divers thèmes pour des mariages, stages d’entreprises et autres événements. Malgré un emploi du temps très chargé, elle ne compte pas s’arrêter. “Comme je suis une passionnée d’animaux, surtout des chevaux, j’ai envie de partager cette passion avec tous ceux, petits et grands, qui l’éprouvent également. J’espère ne pas être la seule à faire de la communication avec l’animal à Maurice. Mon but est de partager mon savoir-faire et, à terme, créer le tout premier village de parc/resto/spectacle pour être dans un seul endroit et faire mes shows avec mon équipe de cavaliers pour le bien-être de mes animaux. Un peu comme le font certains parcs d’attractions à thèmes en Europe.” Au début de l’année prochaine, l’expatriée fera découvrir en exclusivité d’autres nouveaux spectacles. “J’aime me lancer d’autres challenges et je pense sérieusement à finaliser des projets de films avec mes animaux.”

Noémie Barragan a mené deux vies complètement opposées, une très show-biz et jet-set, et l’autre très proche de la nature. “L’argent ne me motive absolument pas. J’ai eu plusieurs vies, je suis repartie plusieurs fois à zéro. J’ai même vécu tout un hiver sans électricité parce que financièrement j’avais d’autres priorités que de payer ma facture. Mais mes animaux ont toujours eu de la nourriture haut de gamme, les meilleurs vétérinaires ou ostéopathes, les vaccins et les vermifuges. Je ne suis pas du tout matérialiste. Après chaque séparation, je perdais de l’argent, je donnais tous mes meubles et voitures. Je suis le genre de fille qui peut facilement habiter dans une cabane pour laisser le maximum d’espace, de confort et de liberté à mes animaux.”

“Un animal ressent tout”.

Son dressing regorge toujours de vêtements et de chaussures de marque, mais la Parisienne se sent plus à l’aise en robe d’été et en tongs pour faire le tour de la propriété tôt le matin. Elle adore enfiler collants et body de cavalière pour affronter la poussière avec Vinci du Loup, un hongre demi-sang arabe du Maroc; Roméo du Graffard, un étalon frison sport de Hollande; Tonnerre de Peley, un hongre selle français de France; Karmen, une jument lusitanienne du Portugal; Trianon du Viaduc, un étalon appaloosa des États-Unis; Dinky Toy Badge Twist, un étalon paint horse des États-Unis; Meshaf Barracks, un étalon poney Welsh mountain horse d’Angleterre; Bonbon de Tutifrutti, un hongre poney Welsh sport d’Angleterre; ou encore Cookie Fortune Sparkling, sa ponette miniature américaine des États-Unis, prenant la pause à ses côtés sur la photo de couverture.

Chaque jour, son rôle consiste à s’occuper, soigner, planifier et mettre en place des protocoles pour ses animaux. “Je n’aime pas le terme dresser, mais plutôt communiquer. Je ne le considère pas comme un don. Ce sont beaucoup d’heures d’observation. Et cela doit se faire tous les jours, sans faute.

Elle est consciente que ce n’est pas donné à tout le monde d’être à la tête d’une grande famille et de posséder autant d’animaux. Noémie Barragan espère néanmoins inspirer d’autres. “Il faut arrêter de considérer les animaux comme des objets. Il y a de la communication. Un animal ressent tout. C’est la meilleure thérapie dans la vie pour les enfants comme pour les adultes.” 

Annabelle Rose-Montenot