« Les coopératives agricoles nourrissent le monde » est le thème retenu par la FAO pour la Journée mondiale de l’alimentation ce 16 octobre 2012. Thème en adéquation avec l’année internationale des coopératives et de leurs rôles dans le monde. Selon les estimations, tous secteurs confondus les coopératives « comptent un milliard de membres et offrent plus de 100 millions d’emplois dans le monde, soit 20% de plus que les entreprises multinationales ». (FAO, 2012). Cette journée de l’alimentation promeut la contribution des coopératives agricoles et alimentaires comme un outil de lutte contre la pauvreté et la faim.
Selon les données du Ministère de l’Industrie et des Coopératives, l’île Maurice et Rodrigues ne comptent pas moins de 760 coopératives en activité tous secteurs confondus, environ 150,000 membres et un chiffre d’affaires dépassant les Rs. 4 milliards. Dans le secteur agricole et alimentaire, la contribution des coopératives représente plus de 60% de notre production nationale : 75% d’oignons, 40% de pomme de terre et environ 70% des légumes frais et verts.
Même si le Ministre Jim Seetaram met en avant le concept de « commerce équitable » et propose tout une série de mesures incitatives pour soutenir les sociétés coopératives telles que : l’exemption des droits d’enregistrement, l’exemption des honoraires d’inscription, le remboursement de la TVA sur les véhicules réfrigérés et l’exemption de la « Corporate Tax », de nombreux acteurs constatent hélas que ce secteur est dans le « coma ». Quelques raisons évoquées dans le déclin des sociétés/boutiques coopératives sont : le choix restreint des produits, des prix élevés, la mauvaise gestion, le manque de professionnalisme et la qualité de service, le manque de contrôle, de leadership, de moyens, etc. Les super, hypermarchés et autres « shopping malls » semblent conquérir le cœur des mauriciens.
En cette journée internationale de l’alimentation, poussons un peu plus loin notre réflexion sur notre propre sécurité alimentaire, nos pratiques, et modes de consommation actuels ?
Nous produisons approximativement 23% seulement de notre consommation et importons 77% (Rs. 28 milliards) de produits alimentaires. Bien qu’il soit utopique de parler d’autosuffisance alimentaire à Maurice vu la superficie de l’île, de l’occupation du sol, tout en restant réaliste sur les types de fruits, légumes et autres élevages possibles, nous pouvons néanmoins essayer d’assurer notre sécurité alimentaire en produisant localement et régionalement ce qui est réalisable. Cela réduira certainement notre dépendance des importations pour certains produits.
Paradoxalement, nous constatons que pour certains produits locaux : les fruits et légumes, produits de la pêche et récemment le riz, leurs exportations sont encouragés. A noter que sur ces marchés auxquels ils sont destinés – principalement européen et étasunien –, les produits que nous exportons existent déjà en abondance et finissent souvent à la poubelle après avoir effectués des milliers de kilomètres.
Qu’en est-il de l’éthique et de l’équité ? Qu’en est-il de la durabilité pour un développement économique, social, et environnemental ? Et le gaspillage dans tout ça ?
Selon la FAO « plus de 30% de la nourriture produite dans le monde finit dans la poubelle. Le gaspillage touche toute la chaîne alimentaire, de l’agriculteur au consommateur ». Ce gaspillage est un scandale éthique, social, économique et environnemental. Que de pollutions et déchets inutiles et de ressources gaspillées : foncières, eaux, main-d’œuvre, transports, énergies, stockage, acheminements !
Réfléchissons à nos consommations, productions, importations, et exportations. D’autres modes et pratiques alternatives sont possibles avec une certaine volonté, une meilleure gestion de nos ressources et de meilleures coopérations locales et régionales.