Nou laplaz ! Nou leritaz !

C’est la rage au ventre que je m’adresse à vous, les enfants de cette patrie. Les paroles humiliantes de Miranda Hartzenberg dans un quotidien et son dédain affiché sans aucun complexe pour la nation mauricienne m’ont choqué et profondément blessé. De quel droit la CEO de Pelangi Resorts Holding Ltd, se permet de s’adresser à nous de la sorte « dan nou prop pei »? A force de se faire écraser comme des paillassons, certains promoteurs se permettent de prendre des libertés et de nous manquer ouvertement de respect. SAJ, vous qui menez un combat que je respecte pour la restitution des Chagos, permettrez-vous qu’une étrangère s’adresse ainsi à votre peuple sur son propre sol alors même que nous nous battons pour la reconnaissance de l’intégrité de notre souveraineté ? Ou nous sommes crédibles ou nous ne le sommes pas. Il n’y a pas de demi-mesure à ce stade de notre Histoire.
Nous en avons marre des promoteurs qui veulent profiter des ressources de notre pays mais qui ne veulent pas de Mauriciens. En tant que Premier ministre, il est de votre devoir de les rappeler à l’ordre. Nous sommes tous les enfants de ce pays magnifique qui nous a portés en son sein et qui a bercé notre enfance au son des vagues de l’océan qui l’entoure. Si l’île Maurice était une mère, la plage serait sans aucun doute son épiderme, sa peau douce, chaude et apaisante contre laquelle nous avons tous trouvé le plus doux des réconforts. La plage, c’est aussi le témoin silencieux de nos sentiments exaltés, de nos amours cachées et de nos peines inavouées ; c’est là où, les pieds enfoncés dans le sable, nous prenons racines. Aujourd’hui, de la manière la plus abjecte, un enfant ingrat inflige à notre mère-patrie une épidémie qui gangrène la peau de cette dernière. Il s’agit de la déproclamation de nos plages publiques et la privatisation de nos pas géométriques.

« Festival laplaz »

Cet enfant devenu adulte et contre toute attente, ministre, ainsi qu’un amoureux de la plage, pense à tort qu’il peut arracher ce qui nous restent de plages publiques pour les pourvoir à des promoteurs étrangers aux tendances néocoloniales nauséabondes. Ce ministre, qui semble être un fervent pratiquant du taekwondo dans l’eau, pense peut-être qu’il peut battre à plate couture le respect de la démocratie, dont on abuse ! Ce ministre, brillant guitariste dans sa jeunesse, selon ses dires, pense peut-être qu’il joue tout aussi bien du pipeau et que nous acquiescerons comme des « zako dan la mizik » ! En vérité je vous le dis, il n’en est rien et personne n’est dupe. Le caractère sacré et inaliénable de nos plages semble être un concept qui passe à mille lieux au-dessus de la tête vide de nos dirigeants politiques. Il n’y a pas un gouvernement qui n’a été un tant soit peu responsable et respectueux envers la population concernant la gestion de notre littoral. Le « festival later » a fait place au « festival laplaz ». De garants, ils sont devenus ‘vendeurs’ et, depuis, ils ne cessent de ‘vendre’ notre pays comme une marchandise quelconque aux plus offrants afin de remplir au plus vite les coffres de l’État entre autres. « Nou dakor ki nou dan enn pei demokratik me fode pa abize ar sa, pa abize ar sa zafer demokrasi-la ! » Mon dieu ! Cet homme ne s’écoute-t-il donc pas parler ? Par quel exploit, par quel agencement planétaire un homme capable de nous sortir pareille énormité devient-il ministre des Terres et du Logement ?!
Mon esprit vacille ; est-ce la réalité ou allons-nous nous réveiller soudainement? Partout ailleurs, même dans certaines dictatures, on fait l’apologie de la démocratie et l’on vante ses mérites. On encourage et on plaide pour son établissement et là où la démocratie n’existe pas, on regrette son absence et on condamne l’abus de pouvoir qui en résulte. Selon notre Trump local, il y a trop de démocratie et les vilains citoyens que nous sommes, en plus d’être irresponsables, abusons de ce trop-plein de démocratie, qui l’étouffe. Il ne peut agir comme bon lui semble et cela l’énerve. Au nom de ces méchants ONG ‘irresponsables’, je souhaite décerner la palme de la déclaration la plus inintelligente de ce système solaire au Trump local. Respect ! Il sera quasi impossible de faire pire déclaration ; un record a été enregistré, une légende est née et l’Histoire s’en souviendra. Ce dont le ministre Soodhun se garde toutefois de commenter, c’est un usage que j’estime détourné de la loi et un abus, me semble-t-il, du flou juridique qu’il y a sans aucun doute sur la procédure encadrant la déproclamation des plages publiques. « Si sa minis-la kapav proklame, be li ena pouvwar pou deproklame osi… » Cependant, l’article 2 de la Beach Authority Act est on ne peut plus clair: le ministre a le droit de proclamer une plage publique, mais cette loi ne fait nullement état d’une procédure ni de dispositions légales lui permettant de déproclamer une plage publique. Cela relève d’une question éthique.

La National Development Strategy

Ce n’est pas parce qu’une action est réalisable qu’elle devient de facto souhaitable. Ce qui rend une action souhaitable en démocratie c’est sa valeur en termes de biens communs, privatiser une plage publique et la donner à des promoteurs condescendants et méprisants envers les Mauriciens; ce n’est pas sûr que cela soit très souhaitable pour le bien de la population. Bizarrement, le ministre semble penser qu’il peut prendre des libertés avec la loi que le commun des mortels ne peut se permettre. Par exemple, la National Development Strategy (NDS) a institué en 2005 une South Coast Heritage Zone, soit une zone protégée et sensible qui s'étend de Blue-Bay à Baie-du-Cap. Les prédispositions de la NDS, ayant une valeur légale, interdisent la construction de gros complexes hôteliers dans cette zone protégée et encouragent, à l’inverse, un modèle de développement éco-citoyen et responsable, prônant le tourisme chez l’habitant comme cela s’est fait avec succès dans le village de La Gaulette. Une Deputy Chief Planner nous informe que « le plan » a été approuvé avant la proclamation de la NDS, soit en 2003. Mais de quel plan parle-t-elle exactement et comment se fait-il qu’il soit en cours d’implémentation depuis maintenant 13 ans ? Partant du principe que la NDS est incompatible avec les prédispositions du plan adopté en 2003, dans la mesure où la NDS est plus récente et donc plus adaptée, n’avait-il pas pour vocation de réparer les erreurs du passé et réglementer un développement plus responsable? Si les pouvoirs du ministre sont si discrétionnaires, alors pourquoi ne pas avoir mis fin aux gros projets hôteliers comme le recommande la NDS au profit d’un développement respectueux de l’environnement et des habitants de ces localités ? Il est vrai que financer une campagne électorale coûte très cher et qu’en l’état des choses, l’allégeance de nos politiques n’est pas forcément du côté qu’on le croit. De plus, j’ai cru à une blague de mauvais goût quand j’ai lu la déclaration de la CEO de Pelangi Resorts Holding Ltd. Apparemment, elle s’est trompée de pays et d’époque car nous sommes ni en Afrique du Sud et certainement pas à l’époque de l’Apartheid. Et si les Mauriciens lui déplaisent autant, alors elle peut débarrasser le plancher, on ne la retiendra pas ! «Nous avons déjà investi plusieurs millions de roupies dans ce projet. Pourquoi les ONG viennent-elles s’en prendre à nous maintenant ? Je déplore ce genre d’action.» Oh ! La malheureuse, encore un peu et je fondais en larmes ! Premièrement, on ne s’en prend pas à eux mais au ministre qui s’est permis, de la manière la plus arbitraire qui soit, de donner la plage des Mauriciens à des étrangers sans même leur demander leur avis. Deuxièmement, quel genre d’action déplore-t-elle ? Le genre d’action citoyenne, patriotique et militante qui prône la préservation de notre patrimoine et de notre héritage naturel ? Il va falloir faire avec, Mme Hartzenberg, car nous sommes loin de nous arrêter! Notre action s’intensifiera et se propagera, comme la lutte d’un Nelson Mandela qui a libéré les noirs d’Afrique du Sud de l’Apartheid, ou encore comme la Marche du sel d’un Mahatma Gandhi qui a libéré l’Inde de l’empire britannique. Tout comme nous avons refusé et combattu le colonialisme en 1968 afin de gagner notre indépendance, aujourd’hui encore nous refuserons toute forme de colonisation de notre pays, et les millions n’y changeront rien.

Déresponsabilisation grandissante
des pouvoirs politiques…

« Les hôtels gardent les plages en meilleur état que le public.» Que préconisez-vous Mme Hartzenberg ? Privatisons et construisons des hôtels sur chaque centimètre carré à proximité des plages afin de les protéger? J’ai envie de dire : « Kot ou problem ladan ? Pa ou pei sa, pa ou laplaz sa ! » Le fait de vouloir construire un hôtel à Maurice vous donne-t-il le droit de porter un jugement grossier sur les Mauriciens et sur leurs plages ? Certainement pas ! Si les Mauriciens et les ONG qui militent pour la préservation de leur pays et de leur littoral vous exaspèrent autant, de grâce, rentrez chez vous! Éduquer les Mauriciens sur la préservation environnementale sans les stigmatiser, les conscientiser sans pour autant les accuser, voilà notre feuille de route. De plus, Pomponette permet de désengorger la plage de St-Félix et d’accommoder nombre de familles mauriciennes qui préfèrent la tranquillité et la nature sauvage et préservée de cette plage aux plages plus fréquentées.
Mes chers compatriotes, à quel moment de notre histoire commune, vendre notre patrimoine naturel, notre héritage ou nos plages est-il devenu une priorité absolue et une condition incontournable de notre développement? Les pays qui n’ont pas de plages ne réussissent-ils pas pour autant à développer leur économie ? La vérité c’est que nos dirigeants privilégient une vision à court terme, un développement qui prône la facilité et non la durabilité, une politique économique qui permet la déresponsabilisation grandissante des pouvoirs politiques et qui considère que la privatisation est une solution à tous nos défis. Je dirais à tous ceux qui pensent qu’ils peuvent en toute impunité nous priver de ce qui nous appartient de droit et de cœur, prenez garde ! Avant d’aller à la rencontre des habitants du Sud, je pensais que la colère et la révolte que je ressentais se limitaient à quelques personnes engagées. En vérité, c’est tout le Sud qui est en colère, c’est tout le Sud qui est révolté et nous crions tous de la même voix déchirée mais puissante : «Aret kokin nou laplaz. Nou Laplaz ! Nou Leritaz ! »