Les regards seront certainement braqués au début de la semaine prochaine sur les Pays-Bas, plus précisément sur la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye, où sir Anerood Jugnauth défendra la cause chagossienne : une cause, on le sait, qui lui tient très à coeur. Ce lundi 3 septembre, en effet, SAJ prononcera un discours devant la CIJ, axé sur les Chagos et la semaine entière sera décisive.

On imagine que le Mentor Minister évoquera certainement le déracinement inhumain dont a été victime ce peuple; les circonstances atroces dans lesquelles hommes, femmes et enfants ont été sommés de « lev pake ale », déguerpir tels des voleurs ou des squatters, alors qu’ils étaient tranquillement installés dans leurs maisons… Des familles entières, victimes d’un accord entre la Grande Bretagne et Maurice, dont elles n’ont jamais été partie prenante, et donc, auquel elles ont encore moins… consenti ! SAJ ne manquera évidemment pas d’expliquer le fait que certains parmi ces Chagossiens, exilés de force à Maurice, en sont morts, ayant eu le coeur brisé de manière trop brutale, ainsi que l’a évoqué Olivier Bancoult et d’autres de ses compatriotes dans nos colonnes, il y a quelques années…

On imagine tout aussi bien que SAJ misera sur les éléments qu’il faut pour amener la communauté internationale à réaliser l’immense injustice commise envers les compatriotes de Charlesia Alexis, Lisette Talate, Fernand Mandarin, Rita Bancoult, pour ne citer qu’elles. Car la lutte pour le retour des Chagossiens sur leurs îles n’aurait jamais eu le même impact sans ces fières et fortes femmes qu’étaient Charlesia Alexis, Lisette Talate, Jenny Bidot, Véronique Elfesia, Rita Elisée… Dès les années 70, quelques années seulement après qu’elles et leurs familles ont été débarquées telles des bêtes sur les quais de Port-Louis, les Chagossiennes prennent les devants et descendent dans la rue. Leur revendication première : le retour chez elles, dans leurs îles, là où elles appartiennent, d’où elles ont été évacuées sans ménagement… Ces premières actions culminent sur une grève de la faim mémorable, entamée par ces femmes, au Jardin de la Compagnie, à Port-Louis, en 1978 ! Ces images restent scotchées dans la mémoire de nombreux Mauriciens, qui découvrent ainsi la triste réalité des Chagossiens.

Mais surtout, l’illustration d’un courage unanime, un élan humain qui les pousse dans leurs derniers retranchements mais animées d’une force intérieure sans pareil et qui les accompagne jusqu’au bout. Lindsey Collen, de Lalit, rappelle d’ailleurs souvent la contribution des Chagossiennes dans la lutte, aux côtés des membres du Muvman Liberasion Fam (MLF) pour l’émancipation des Mauriciennes. Leur force, leur détermination, leur courage, l’audace et la bravoure dont ces Chagossiennes ont fait preuve n’ont pas été que pour leur cause. Mais autant pour l’île Maurice. En revanche, qu’ont fait les Mauriciens pour eux ? Pas grand-chose, au fond. Et l’on comprend ainsi un peu que SAJ s’évertue à vouloir gagner cette bataille avant de quitter ce monde. Mais il n’y a pas que le Mentor Minister qui soit sensible à la cause chagossienne.

Nombre de compatriotes, mieux encore, des étrangers, ont découvert cette lutte peut-être grâce à la création scénique les Chiommes de Gaston Valayden, présenté aux États-Unis, ou via le document Stealing a nation de John Pilger, entre autres… Parce que nul ne mérite d’être ainsi déraciné, jeté en pâture, livré à vivre dans des conditions extrêmement difficiles. Sans repères, sans encadrement ni plateforme de partage, avec des moyens de bord et quelques rares Mauriciens soucieux de leur bien-être, cette communauté continue à militer pour la reconnaissance de ses droits. La semaine prochaine pourrait être très significative pour nos frères et soeurs chagossiens. Et il n’est pas trop tard pour leur témoigner de l’humanité… Un élan de solidarité pour leur cause ne serait que la bienvenue !