Après avoir fait sirmonte toute l’île Maurice en 2015, The Prophecy revient avec un nouvel album, Where We Belong, annoncé dans les bacs pour fin mars. Puisant d’un reggae roots et titillant un seggae futuriste, Murvin Clélie et les siens souhaitent rencontrer le même succès que pour 21st Century. Ce deuxième opus représente un palier décisif, celui de la confirmation.

Le studio est aménagé dans une petite pièce au premier étage et jouxte la maison de Murvin Clélie à Plaine Magnien. Une batterie, une guitare, deux tables, quelques chaises et les équipements d’enregistrement s’y côtoient dans le désordre. Les lumières tamisées, l’insonorisation du lieu et la clim réglée à 26 degrés génèrent une atmosphère apaisante. En ce sanctuaire baptisé RoW Factory a pris naissance le deuxième opus de The Prophecy, qui sortira vers fin mars. Autoproduit, Where We Belong se veut un rappel et une reconnaissance des origines africaines. Une thématique mise en avant dès l’intro, My Words, qui inclut des discours de Bob Marley, Martin Luther King et Kaya, sur un rythme dicté par le djembé et le bongo.

Branche africaine.

“Se enn lakontantman dabor, me mo pa kone ki pou reaksion piblik. Le deuxième album, c’est celui qui va confirmer si nous sommes des artistes sérieux qui persévèrent”, estime Murvin Clélie, le sourire aux lèvres, malgré une certaine appréhension, “un mini-stress”, concède-t-il. Pour convaincre, l’opus contient 16 titres, tous réunis sur un seul CD. “Il y en avait 18, mais nous avons dû choisir. Sur le CD, il ne reste plus que deux secondes d’espace libre. C’est un CD complet”, dit en rigolant le chanteur à la voix rauque.
Le précédent album, 21st Century, sorti en 2015, avait rencontré un succès fulgurant, porté notamment par le titre Nou Pou Sirmonte. Murvin Clélie et sa bande s’étaient vus propulser en haut des charts et avaient été invités sur différentes scènes, dont les plus importantes. The Prophecy s’était même produit à l’étranger, en France, en Angleterre, en Suisse et à Amsterdam, entre autres. “21st Century parlait des choses actuelles, de l’amour, des jeunes, des sentiments. Where We Belong nous rappelle qu’on a une branche africaine”, confie Murvin Clélie.
L’Afrique transpire de partout : des instruments aux rythmes, en passant par les paroles. L’opus puise d’un reggae roots qui laisse souvent s’exprimer seuls les instruments. Le 6/8 établi par la basse, la batterie et les claviers permet aux bongos, aux shakers et au funda de singulariser les diverses mélodies. Le seggae se révèle, lui, futuriste sur le mixage à la Daft Punk qu’accueille le titre Seggae Pou Lemonde.

Lakseptans.

“Lamizik ki tourne dan lemond, se lamizik afrikin. Nous avons une culture de 6/8 et, vu ce qui se passe ici actuellement, nous ne devons pas oublier nos origines. Pa bliye ki nou pa Lind. Nou, se Lafrik. Pa bliye valer ki nou ena, bizin ena enn lakseptans kiltir-la”, plaide Murvin Clélie. Lakseptans revient en leitmotiv dans les paroles du chanteur. C’est pour cela que se battent des rastafaris de Maurice. Au lendemain de notre rencontre, l’Association Socio-Culturelle Rastafari tenait un point de presse pour faire part de ses craintes. Ses membres ont été sommés par la Cour suprême d’évacuer l’emplacement sacré qu’occupe leur tabernacle au triangle de Chamarel, pour qu’y soit aménagé un parking. “Bann-la pa ankor aksepte kiltir rasta”, constate Murvin Clélie.
Le deuxième titre, Where We Belong, interroge la place des rastas dans la société et traduit leur frustration d’être constamment discriminés : “Jah we need helping hand / ‘Cause our culture is near extinction / Dem try to eliminate / ‘Cause dem don’t wanna face dem weakness (…) Where we belong ?” Tel des Africains à Paris, comme le chante Tiken Jah Fakoly, Murvin Clélie dépeint cette communauté comme une sorte d’ovni à Maurice. Un sentiment renforcé par les sonorités langoureuses du clavier et de la guitare. “Li al ver enn lakseptans kiltirel, pou ki tou dimounn lor enn mem pie egalite, pou ki mem avek dread kapav travay dan biro. Se akoz sa mank lakseptans-la ki enn ta rasta fristre”, explique Murvin Clélie.

Un album autoproduit.

Cette nouvelle aventure voit la participation de certaines figures méconnues voire inconnues du grand public. C’est un risque, certes, mais les personnes contactées “se donnent à 200%”. Bien que The Prophecy ait décidé de tout réaliser, notamment la composition, l’enregistrement et même le marketing, une aide extérieure a tout de même été apportée par Kenny de Grace Records, la chanteuse Caroline Jodun et Thierry Maillard au mixage. Le maquilleur Hans Dax et les designers Kris Vencatasamy et Fabrice Mardaymootoo ont également œuvré pour que cet album rencontre le succès espéré. “Ce n’est pas facile pour des designers de rentrer dans la tête de quelqu’un, surtout la mienne. Mais ils y sont parvenus”, constate Murvin Clélie en parlant de la pochette de son album.
The Prophecy rêve d’exporter sa musique à travers le globe, sur de prestigieuses scènes comme le Reggae Sun Ska Festival. Where We Belong vise une portée internationale en accueillant plusieurs titres en anglais. Murvin Clélie parle “pour la première fois” de lui (My Name Is), de la culpabilité infligée aux jeunes (Immoral), de l’orgueil qui détruit l’univers artistique (Lobskirite), de la fierté d’être rasta (Natty Grandi). On retrouve également Mechanic Mo Leker, dont le clip devrait être révélé au lancement de l’album.

Un an de travaux a été nécessaire pour réaliser Where We Belong, avec la participation d’une dizaine de musiciens. On a peine à croire que cette œuvre provient de ce petit studio de Plaine Magnien. Suspendue au mur, une horloge défectueuse s’est arrêtée à 12h43. Les membres de The Prophecy veulent démontrer qu’ils n’ont pas arrêté d’évoluer, que leur heure de gloire n’est pas derrière eux. “Nou touzour la”, clame Murvin Clélie.