Malgré l’humidité et l’annonce d’un possible 33°C côté mercure, les rues de Port-Louis restent bondées durant cette période de fin d’année. Les derniers achats en prélude d’un week-end de festivités se font dans le folklore du marchandage à la mauricienne, qui reprend ses droits. Entre les “kaser pri” et les “traser lavi”, les “bater-bis” et autres “bater-lakol”, visite au coeur d’une capitale à quelques heures de cette fin d’année.
L’agacement se lit sur le visage des conducteurs, qui tordent entre leurs mains les volants et klaxonnent à tout bout de champ. Plus de place pour se stationner ?! « Tourne, vire »… pour finalement se retrouver à plusieurs rues du centre de la capitale. Les piétons essayent quant à eux d’oublier ce soleil de plomb qui prévaut depuis la matinée. Les vêtements imbibés de sueur, ils marchent en rang serré à la recherche de la meilleure affaire.
Certains trouveront leur bonheur parmi les marchands ambulants. Malgré le jugement de la Cour suprême, la présence de forces policières, les multiples réunions avec la mairie et bien d’autres opérations pour les délocaliser… les marchands ambulants chevronnés réapparaissent une fois le tumulte apaisé. Lewis Mootoosamy est l’un d’eux. Il explique : « À cause de la baisse du pouvoir d’achat, les gens choisissent plus judicieusement et cherchent les petits prix. » À cet effet, l’année 2015 aura révélé bien des scandales financiers qui auront impacté le mode de consommation de la population. Faisant fi des possibles retombées sur les commerces légaux, nombre de Mauriciens préfèrent se tourner vers les marchands de rue pour bénéficier de prix au rabais. En témoignent les stands installés en bordure de route, lesquels sont encerclés par une foule de potentiels clients.
« Non seulement les prix sont plus bas, témoigne Yousouf, qui est en plein dans un “deal”, mais on peut également les réduire si on insiste un peu. » Certains magasins à l’entrée du quartier chinois et à Plaine-Verte l’ont compris : la rue attire plus que leurs locaux. Les propriétaires de business ont donc installé leurs marchandises à l’extérieur, sur le trottoir, et eux aussi sont prêts à réduire sensiblement leurs prix.  
Un embouteillage de personnes se forme à plusieurs endroits. Malgré la chaleur imposante et le nez perlant de sueur, nul ne peut rester insensible face aux prix affichés. Les pierres datant de l’époque française résistent tant bien que mal à ce mouvement de foule qui anime la capitale. Les drains toutefois ont du mal à accueillir le nombre de déchets abandonnés après son passage. À la moindre pluie, l’eau ne pourra que stagner et s’accumuler… On devine facilement ce qui pourrait arriver. D’autre part, autant les rues sont complètement noyées de passants, certains magasins, eux, demeurent déserts.
Les supermarchés ne connaissent pas la crise. Au Winner’s de Port Louis, les rayons sont remplis et les caddies pleins à craquer : « Nous avons dû commander un gros stock de bières et d’autres boissons alcoolisées », explique le gérant du supermarché. Que serait la Saint-Sylvestre sans les habituels “tontons” qui abusent de la bouteille ?? En chemin déjà, certains paraissaient avoir pris de l’avance. Les yeux rouges et arborant une haleine à rendre hystérique un éthylomètre, ils titubent le long des ruelles, cherchant un banc pour s’installer. Pourvu qu’ils ne dorment pas sur place, ils risqueraient de manquer les festivités.