Les funérailles de Sylvio Hécube, ancien réalisateur de la Mauritius Broadcasting Corporation , ont eu lieu mercredi dernier. Avec lui disparaît un des derniers acteurs de ceux qui ont aidé à construire la télévision publique à Maurice. Hommage.
Sylvio Hécube fut un des premiers cameramen de la MBC et probablement un de ses meilleurs réalisateurs. Musicien – il joua de la trompette dans les grandes formations locales de l’époque – il avait l’oreille musicale et le sens artistique qui lui permit de mettre en images les grandes émissions de variétés de l’âge d’or de la MBC. Celle où la télévision balbutiait, mais avec talent et dont les émissions étaient le rendez-vous de tout un pays où posséder un téléviseur était un grand luxe. Alors ceux qui en avaient un invitaient leurs voisins à suivre les programmes tandis que les municipalités et les conseils de village installaient des télévisions publiques dans les centres sociaux pour les autres. La MBC était alors une télévision publique, dans le sens noble du terme, où la production locale rimait encore avec qualité et professionnalisme. Tout ce qui était produit et diffusé à l’antenne avait une valeur culturelle et artistique. Sylvio Hécube a participé à la construction de la MBC étape par étape. Il est passé de l’amateurisme au professionnalisme, du noir et blanc à la couleur, des lourdes caméras aux ultra légères, de l’optique au digital. Avec le même talent.
Sylvio Hécube ne réalisait pas que les émissions de variétés. Comme tous les autres pionniers de l’audiovisuel mauricien, il a tout fait à la télévision. Depuis les informations jusqu’à la météo en passant par toutes sortes de programmes sans oublier les émissions cultes de la télé mauricienne : Télescope, d’Une île à l’autre, les grands directs, les émissions de fi n d’année, etc. Après avoir appris son métier sur le tas, en direct et en noir et blanc auprès des techniciens de la BBC venus former les Mauriciens, Sylvio Hécube est allé se perfectionner grâce à une bourse de l’ORTF en France. Auprès d’un des génies de la télévision française : Jean-Christophe Averty. Avec lui, il apprit à jouer avec les images, à les truquer, mais surtout à trouver son propre style. Celui qui faisait que bien avant que son nom ne soit écrit sur le générique, on savait déjà, grâce aux premières images et au son, que c’était une émission signée Sylvio Hécube. C’est-à-dire une émission de télévision de niveau international réalisé avec les faibles moyens de la MBC.
Sylvio Hécube a passé la majeure partie de sa vie dans les studios de la MBC, a contribué à faire d’elle une chaîne qui, dans un premier temps, faisait de la télévision qui se respecte et respectait les téléspectateurs. Puis est arrivé le temps – qui dure encore – où les politiciens, aidés par des directeurs-généraux et des conseils d’administration à leurs ordres, ont kidnappé la télévision pour en faire leur boîte de propagande. Heureusement que les politiques se sont surtout concentrés sur le journal télévisé et les émissions d’informations laissant le champ libre aux créateurs pour s’exprimer dans les variétés, les reportages et les fi ctions. Ce qui permit à Sylvio Hécube de continuer à faire de la télévision qui se respecte. Ce qui n’est pas tout à fait le cas de la MBC où aujourd’hui – à part quelques rares exceptions – le professionnalisme a cédé la place à l’amateurisme et où on ne respecte plus les règles de bases du métier : mettre en scène, cadrer, éclairer et sonoriser. Ce qui importe aujourd’hui c’est qu’il y ait une image dans la petite boîte. N’importe laquelle.
La meilleure façon de rendre hommage à ce grand réalisateur que fut Sylvio Hécube et de faire découvrir son travail aux jeunes téléspectateurs serait de rediffuser quelques-unes de ses grandes émissions. Mais en existe-t-il encore des copies dans cette corporation dont la dernière direction s’est débarrassée de la majeure partie des archives de la télévision en les envoyant par camions poubelles à Mare Chicose ? Reste une autre solution proposée par Ritvik Neerbun qui a eu l’occasion de côtoyer et de voir travailler le réalisateur : donner le nom de Sylvio Hécube à une des studios de la MBC. Espérons que l’actuel directeur général de la corporation retiendra cette suggestion et rendra ainsi un hommage mérité à l’un des plus talentueux réalisateurs de la télévision mauricienne.