OBSERVATOIRE DES DROGUES—TRAVAILLEURS SOCIAUX: Gayan fait volte face !

Nilen Vencadsamy, président du conseil d'administration de PILS, recevant le ministre Gayan hier dans les locaux de l'Ong

Convoquant une rencontre express avec les médias, en présence de ses techniciens et de représentants des diverses Ong impliquées dans la lutte contre la toxicomanie, le ministre de la Santé, Anil Gayan, a présenté hier après-midi l'observatoire national sur les drogues. L'occasion surtout pour le ministre de tutelle de solliciter le soutien et la participation « de tous les stakeholders, surtout les Ong qui sont sur le terrain, pour collaborer avec nous afin de faire de cet observatoire des drogues une réussite ». Une volte-face inattendue en sachant qu'il n'y a pas si longtemps, le même Anil Gayan était carrément en guerre contre la société civile, spécifiquement les acteurs impliqués dans le domaine de la toxicomanie et le sida. Dans le même souffle, juste après sa présentation de l'observatoire des drogues, Anil Gayan a rendu visite à PILS (Prévention, Information et Lutte contre le Sida).
« Nou tou bizin mett latet ensam ! Nous avons un énorme problème actuellement dans le pays, et cela concerne les drogues synthétiques. Ces produits, qui ont des répercussions terribles et néfastes sur nos jeunes, sont présents dans nos écoles. De ce fait, cet observatoire des drogues, projet qui a été avalisé lors du conseil des ministres du 11 septembre dernier, aura pour objectif de recueillir des informations, des données, sur tous les types de drogues présentes dans le pays, des NDS à l'héroïne, en passant par la cocaïne et d'autres substances nocives. »
Si cet observatoire disposera de ressources humaines émanant des différents services de l'État – nommément les ministères de l'Éducation, de la Jeunesse et des Sports, de l'Intégration sociale, le département des réductions des risques du ministère de la Santé, mais aussi de la police et du FSL, pour ne nommer qu'eux –, il comprendra aussi des organismes tels les associations de pharmacies et des Ong, dont le Centre Idrice Goomany (CIG), le Groupe A de Cassis, LEAD, PILS, CUT et le Centre d'Accueil de Terre-Rouge, pour ne nommer qu'eux. A cet effet, Anil Gayan devait lancer un appel aux travailleurs sociaux : « Nous avons besoin d'un maximum d'informations, “d'intelligence” possible. Et ça, c'est vous, les travailleurs sociaux, qui êtes sur le terrain et qui vivez avec les victimes des drogues, qui pouvez faire remonter ces informations ! Nous avons besoin de votre entière collaboration et nous comptons sur votre soutien pour faire de cet observatoire des drogues une réussite. »
« Qui plus est, a ajouté Anil Gayan, l'approche prônée par cet observatoire est “holistique”. Nous allons prendre en considération le traitement, la réhabilitation et la prévention, entre autres, pour parvenir à nos fins. Le but est de constituer une banque de données aussi inexhaustible que possible afin d'y voir clair sur ce sujet. » À plusieurs reprises, le ministre de la Santé a répété que « notre priorité doit être de protéger nos jeunes du fléau des drogues », surtout des NDS. « Quand je vois le nombre de jeunes qui tombent dans ces pièges, des Mauriciens qui suivent des traitements pour sortir de l'esclavage des drogues, au BSH… cela m'encourage à vouloir en finir avec ce problème. Aussi nous avons besoin de tout le monde pour y arriver. »


Hotline
D'ici le 5 octobre, les Mauriciens souhaitant aider le gouvernement en donnant des informations sensibles pour l'observatoire des drogues auront à leur disposition une hotline (800-1000). À noter que les appels seront gratuits vers ce numéro et qu'il sera opérationnel 24/24h. De même, une adresse électronique sera également proposée. Toute personne intéressée pourra adresser ses informations à l'adresse moh.govmu.org.


CHEZ PILS : « Démarrons une nouvelle collaboration »
Anil Gayan n'a pas joué de langue de bois : « Je n'ai pas du tout apprécié que vous, chez PILS, ayez organisé il y a quelques semaines une conférence de presse avec le soutien d'autres Ong concernées dans la lutte contre la drogue, sur la question de la méthadone, et ce alors que vous n'étiez pas au courant des motivations du ministre de la Santé et de son équipe. En faisant cela, vous avez déclaré la guerre au ministre de la Santé et j'espère que cela ne se reproduira plus ! » Ayant exprimé ses sentiments, et après avoir aussi critiqué les médias, dont une certaine presse du samedi qui l'aurait systématiquement attaqué, le ministre de la Santé a souhaité qu'une « nouvelle collaboration démarre, sur de nouvelles bases », avec PILS, et ce « même si en tant que ministre, le sida et la méthadone ne sont pas mes uniques priorités ».
Pour sa part, le président du conseil d'administration de PILS, Nilen Vencadsamy, a saisi la balle au bond, réitérant le souhait de PILS « de collaborer pleinement avec l'État, car PILS seule ne peut tout faire ». Il poursuit : « Nous sommes ouverts au dialogue et au partage. Et nous sommes surtout touchés car le ministre nous a fait la grâce de sa présence. C'est un signe très positif et encourageant. » Le directeur de PILS, Nicolas Ritter, a, lui, abondé dans le même sens et a gratifié Anil Gayan et ses officiers d'une présentation sur les prestations de l'Ong.