Le Mauritius Turf Club a tiré le signal d’alarme cette semaine en rendant publiques ses difficultés financières grandissantes depuis la présente année qui l’ont contraint après d’autres mesures de réduction de coûts de baisser de 10 % les stakes money que le club reconnaît pourtant comme étant le « life blood of the horse racing industry ». Il faut mesurer cette situation à sa juste valeur, car ça doit bien être une des premières fois que le pudique club bicentenaire vient concéder publiquement que l’organisation des courses est menacée. En effet, les prévisions actuelles d’un déficit de Rs 14 millions pour cette année laissent déjà deviner un avenir encore plus sombre l’année prochaine, d’autant que l’intersaison, où les revenus sont quasi-inexistantes, les dépenses courantes pourraient ne pas être honorées dans leur totalité.

Il y a sans aucun doute plusieurs raisons qui ont rendu au fil des années le MTC vulnérable économiquement. Il y a d’abord la politisation à outrance et la dérive populiste de certains présidents et conseil d’administrateurs du MTC. Au cours de ces 25 dernières années, ils avaient hijacked le pouvoir du management de l’organisateur des courses, au point de fragiliser le club sur ses bases. Quand on ajoute à cela le fait d’avoir laissé filer l’organisation des paris à des entités privées lorsque le tote system est entré en jeu, il ne faut pas s’étonner de la situation précaire dans laquelle le club se retrouve aujourd’hui. Enfin, un manque réel de volonté, mais aussi de capacité, à combattre le doping et les courses truquées qui ont connu le summum de l’adversité avec la mise sur pied d’une commission d’enquête. Où professionnels des courses, un bookmaker notoire, un stipe et même un président du MTC ont été entraînés dans un tourbillon dévastateur qui a sali grandement la réputation du club, pourtant reconnu à Maurice et à l’étranger comme organisateur hors pair des courses.

Cette évolution négative pour ne pas dire désastreuse pour le MTC est impardonnable, alors que d’autres turf clubs dans la région asiatique comme Hong Kong, Singapour et même la Corée du Sud connaissent eux des progressions spectaculaires tant en termes économiques qu’en termes d’intégrité hippique. C’est ainsi que le MTC, poings et mains liés, s’est petit à petit livré au bon vouloir des gouvernements successifs et de leur Horse Racing Board, Turf Authority ou Gambling Regulatory Authority (GRA), où l’autoritarisme étatique a supplanté l’incompétence hippique, au point aujourd’hui où l’État et son régulateur pratiquent à ciel ouvert une pendaison financière, en direct, du Mauritius Turf Club et par ricochet celle de l’industrie hippique.

Les premières explications de ce bilan négatif se résument par une baisse significative des revenus qui est la conséquence directe de la décision du gouvernement de mettre un terme au off-course bookmaking et à la GRA de refuser au MTC l’ajout de courses supplémentaires à son programme hebdomadaire et d’autres demandes qui auraient pu améliorer la situation financière.

Malgré deux jugements favorables en cour, les off-course bookmakers n’ont travaillé que 10 journées cette année, ce qui a réduit leurs contributions comme redevance cette année au MTC de Rs 29 millions. Selon des estimations basées sur les revenus actuels des organisateurs de paris, le MTC espère récupérer Rs 15 millions partagées entre SMS Pariaz (Rs 5,6 millions) et de Supertote et Globalsports (Rs 9,4M), qui sont les principaux bénéficiaires de cette interdiction étatique qui devrait voir leur chiffre d’affaires augmenter de Rs 120 et Rs 180 millions respectivement. Les Rs 14 millions manquantes, représentant environ Rs 300 millions, se sont évanouis dans le système des paris clandestins dans une proportion aux estimations généralement reconnues.

Un récent rapport du ministère des Services financiers et de la Bonne gouvernance sur le money laundering faisait état que les paris sur les courses hippiques représentaient chaque année plus de Rs 2,6 milliards dans le circuit officiel — il est généralement estimé que le circuit informel représente une somme identique. De cette manne financière, l’État récolte des revenus d’environ Rs 700 millions, alors que celui par qui tout arrive, le MTC, lui n’engrange qu’un peu moins que Rs 400 millions, soit 6% seulement des enjeux légaux.

Dans la même foulée, en refusant systématiquement et sans raison valable, à quelques exceptions près, le rajout d’une neuvième course au programme officiel, la GRA prive le MTC de revenus supplémentaires de Rs 500 000 par course. Ce refus est d’autant plus inexplicable que chaque course additionnelle rapporterait en moyenne Rs 1,7M à l’État, et Rs 350 000 aux organisateurs de paris. Par ailleurs, le régulateur des courses n’a jamais donné suite à d’autres demandes et initiatives qui auraient pu aider à améliorer les finances, en particulier le commingling, qui est réclamé depuis belle lurette par le MTC et les totes.

Cet étranglement financier étatique n’est pas le fruit du hasard. Il a un but ultime, celle de favoriser la transmission du témoin de la gestion des courses à une entité proche du pouvoir. Il ne doit échapper à personne que c’est la gouvernance du MTC qui est visée. Pas les courses elles-mêmes, car autrement ceux qui siphonnent des millions de cette activité verraient leur source se tarir de la manne financière qui est engrangée pour soudoyer certains potentats de l’État d’hier et d’aujourd’hui, et financer leurs élections ou réélections.

Ce favoritisme étatique est subi par le MTC, qui a toujours favorisé une approche soft de la problématique, a contrario de la compagnie Lottotech qui a systématiquement choisi, avec succès, la voie légale pour combattre les injustices qu’elle a subies de la part de la GRA. Cette fois, l’organisateur du Loto, qui procède maintenant à deux tirages par semaine, porte plainte contre la GRA, qui a refusé jusqu’ici de lui octroyer le droit d’utiliser la plateforme du SMS pour la vente de son Loto comme le font les autres compagnies de loterie. Dans un état de droit, c’est l’égalité des chances qui doit primer. Pas le favoritisme d’État.

Les courses hippiques et le Mauritius Turf Club méritent plus de considération que le traitement de mendiant que le GRA leur fait subir des semaines durant. Le turfiste mauricien sait lui comment les courses hippiques ont contribué pendant plus de deux siècles à réunir les Mauriciens dans leur diversité derrière une passion commune, les courses hippiques, et un amour commun, celui du cheval. Certes, le MTC n’est pas exempt de tout reproche, mais il a su faire sa transition démocratique et continue à drainer les foules. L’ignorer serait faire preuve de mauvaise foi. Il est impérieux dans cette conjoncture difficile que la GRA et le MTC enterrent la hache de guerre et se mettent à travailler pour le bien-être du seul loisir mauricien unificateur. Il ne faudrait pas que le turfiste, qui est aussi un votant, s’en souvienne en allant poster son bulletin de vote dans les urnes… Never forget. One day is a long day in politics !