La fin de la bronchite et le retour de Vishnu Lutchmeenaraidoo, avec son retour au sein du gouvernement à la tête du ministère des Affaires étrangères, n’ont pas pour autant marqué la fin du malaise qui secoue le gouvernement de Lalyans Lepep. Le spectre d’une élection partielle dans la circonscription de Piton/Rivière-du-Rempart (No 7) a été suspendu mais l’épée de Damoclès des enquêtes de l’Independent Commission against Corruption (ICAC), dont une première sur les dessous de l’emprunt de 1,1 million d’euros, assorti avec des intérêts de 1,5% par an, contracté par l’ancien ministre des Finances Vishnu Lutchmeenaraidoo avec la State Bank of Mauritius, institution tombant sous sa tutelle, se précise davantage avec le coup d’envoi à l’opération Goldfinger. D’autre part, trois autres dossiers, avec des contrats alloués sans suivre à la lettre les procédures d’appel d’offres par des institutions parapubliques pour l’octroi à des « Closely Politically Related Parties » de contrats d’une valeur de plus de Rs 500 000 chacun, devront intéresser dans un avenir pas très lointain la Commission anti-corruption dans cette même perspective. Entre-temps, Vishnu Lutchmeenaraidoo anime sa page Facebook pour commenter son emprunt de la State Bank of Mauritius, qui allait servir à financer des opérations de spéculations sur le marché de l’or.
Des recoupements d’informations effectués par Le Mauricien auprès de sources concordantes indiquent que, dans l’immédiat, l’enquête de l’ICAC sur la Pailles Smart City avec le partenariat Yihai International/State Investment Corporation (SIC) dans le collimateur, pourrait être reléguée au second plan pour faire de la place à la Preliminary Enquiry sous la Prevention of Corruption Act dans l’affaire de l’emprunt de 1,1 million d’euros de Vishnu Lutchmeenaraidoo auprès de la State Bank of Mauritius. Le dossier de Yihai International, qui dépend des initiatives sous la Legal Mutual Assistance pour des vérifications d’informations cruciales, est présenté comme « a very long shot ».
Ainsi, dans l’immédiat, l’ICAC aurait opté pour des actions visant à procéder à des vérifications formelles au sujet du prêt de 1,1 million alloué par la State Bank of Mauritius au ministre Lutchmeenaraidoo le 11 septembre 2015 de même qu’un autre prêt de 300 000 euros accordé par cette même banque à deux sociétés gérées par des proches de l’ex-Grand Argentier. Les procédures établies font que l’ICAC n’aura d’autres choix que d’avoir recours à des Judge’s Orders pour avoir accès à des documents et fichiers officiels de la State Bank of Mauritius sur ces transactions, d’un montant global de 1,4 million d’euros, soit Rs 56 millions au cours actuel. A ce stade, Vishnu Lutchmeenaraidoo continue de parler de prêt de 400 000 euros, soit Rs 16 millions.
L’accès aux dossiers de la State Bank of Mauritius au chapitre de ces deux prêts de 1,1 million d’euros et de 300 000 euros devra permettre de tirer au clair qui des deux versions relève de la réalité par rapport au montant. Ces documents, obtenus sur la base de directives du  juge siégeant en référé à la demande de l’ICAC, devront également faire apparaître que les deux sociétés, gérées par des proches de Vishnu Lutchmeenaraidoo, qui ont aussi bénéficié des prêts de 300 000 euros de la State Bank of Mauritius, avaient obtenu la somme de Rs 6,8 millions du premier décaissement de 400 000 euros (Rs 16 millions) du prêt de 1,1 million d’euros, avec 700 000 euros pas encore utilisés jusqu’ici. L’ICAC devra procéder à l’audition de ces directeurs de société pour confirmer si ces montants ont servi au financement de l’achat d’or, comme indiqué par Vishnu Lutchmeenaraidoo sur sa page Facebook depuis hier.
Du côté de l’ICAC, toutes tentatives d’obtenir confirmation des procédures enclenchées dans le cadre de cette enquête se sont heurtées à un véritable mutisme et confidentialité. D’autres sources avancent qu’une fois que les enquêteurs de l’ICAC seraient en présence des “Certified Copies” des documents de la banque, l’enquête sur l’Euro-Loan de 1,1 million d’euros devrait connaître une nette accélération sous la section 7 de la PoCA, soit « public official using his office for a gratification », de 1,1 million d’euros et de 300 000 euros.
Sur sa page Facebook en date d’hier, Vishnu Lutchmeenaraidoo persiste et signe. « J’ai contracté un emprunt de 400 000 euros sur deux ans à un taux d’intérêt de 1,5% par an avec la SBM. J’ai offert ma maison en hypothèque comme garantie bancaire. Le capital est remboursable en une seule fois à la fin de la période des deux ans. Par contre, les intérêts sont payables chaque 12 mois. L’emprunt est au taux d’intérêt de 1,5% », écrit-il en commentant « le taux d’intérêt sur l’euro, qui est actuellement de – 00,00543% sur 12 mois ». Il ajoutera : « Le taux de 1,5% est donc non seulement le taux du marché, mais reste très intéressant pour la banque. Il n’y a eu absolument aucune faveur de la SBM. »
L’ancien ministre des Finances avouera : « Pourquoi ai-je pris cet emprunt de 400 000 euros et hypothéqué ma maison ? Pour investir dans l’or. Vous vous souvenez de la crise de 2008, où j’avais, en tant que président de la commission économique du MMM, invité le gouvernement à investir 50% de nos réserves en or ? J’ai pris cet emprunt pour investir dans l’or au moment opportun. »
D’autre part, l’ICAC pourrait également s’intéresser à trois autres dossiers de contrats alloués à des « Closely Politically Related Parties » sans suivre les procédures d’appels d’offres. Le premier cas concerne un contrat alloué à une société suite à des interventions et pressions « from higher level » par la State Bank of Mauritius avec un “down-payment” de Rs 4 millions et des paiements annuels de Rs 500 000. Dans ce cas précis, la situation se corse car un des partenaires du proche de la VVIP au sein de cette entité favorisée politiquement siège en tant que membre du conseil d’administration d’une des filiales de la State Bank of Mauritius. Des documents accablants pourraient être soumis à l’ICAC dans le cadre de l’exécution de Judge’s Order.
L’un des autres cas porte sur un contrat de Rs 200 millions avec une importante institution dans le secteur des finances concernée. Cette même société, qui a contracté un partenariat avec une société indienne, aurait été privilégiée aux dépens d’une autre compagnie étrangère lors de l’octroi de ce contrat. La société pénalisée a déjà logé une protestation en règle auprès du commanditaire de ce projet. Pour ce qui est du troisième contrat, d’une valeur de Rs 500 000, les responsables de cet organisme seraient déjà passés aux aveux quant aux interventions pour que le contrat soit alloué sans appel d’offres et sans l’approbation du conseil d’administration parapublic. L’opération Goldfinger à l’ICAC n’en est qu’à ses premiers balbutiements.