Avec la levée du secret bancaire, émise par le juge Iqbal Maghooa, siégeant en référé, jeudi dernier, l’enquête de l’Independent Commission against Corruption (ICAC) est sur le point d’atteindre sa vitesse de croisière. Des sources bien informées avancent qu’après une première analyse des documents soumis par la State Bank of Mauritius sous le Judge’s Order, les premières convocations ont été lancées pour auditions et interrogatoires “Under Warning”. Toutefois, dans la journée d’hier, l’ICAC a sollicité et obtenu de la Cour suprême un second Judge’s Order contre la State Bank of Mauritius Ltd en vue d’obtenir des informations complémentaires sur les opérations bancaires de l’ancien ministre des Finances dans le cadre de l’opération Goldfinger. D’autre part, Vishnu Lutchmeenaraidoo a rompu son silence pour faire servir hier après-midi une nouvelle mise en demeure pour un montant de Rs 100 millions contre le groupe Le Mauricien. C’est la deuxième de l’ex-Grand Argentier en moins d’une semaine après celle d’un même montant de Rs 100 millions vendredi dernier.
Très peu de détails ont transpiré quant aux motivations de l’ICAC pour réclamer un Judge’s Order complémentaire à la levée du secret bancaire de jeudi dernier. L’ordre de la Cour suprême au sujet des affaires de Vishnu Lutchmeenaraidoo devait être porté à la connaissance de la direction de la banque d’Etat dans les meilleurs délais pour ne pas retarder la progression de l’enquête au sujet de l’Euro-Loan de 1,1 million d’euros en date du 11 septembre 2015. Des milieux officieux avancent que ce second Judge’s Order est devenu nécessaire devant les objections de la banque à fournir certains détails, qui n’avaient pas été inclus dans le Judge’s Order du juge Iqbal Maghooa. D’autre part, cette enquête de l’ICAC devra confirmer ou infirmer l’existence d’un VSL Trust. Toutefois, aucune des sources interrogées n’a voulu s’aventurer à faire des commentaires sur ce chapitre.
D’autre part, tout semble indiquer que la controverse au sujet du montant de l’emprunt aurait été réglée sur la base des documents soumis par la State Bank of Mauritius. Initialement, Vishnu Lutchmeenaraidoo avait tenté d’accréditer la thèse que le montant était de 400 000 euros alors que le Loan Document du 11 septembre 2015 fait, lui, état de 1,1 million d’euros. L’ICAC comte également approfondir la piste en vue de répartir les responsabilités quant à la réduction du taux d’intérêt sur cet emprunt quelque peu particulier.
Des recoupements d’informations effectués par Le Mauricien indiquent que le taux d’intérêt arrêté initialement pour l’Euro-Loan de 1,1 million d’euros était de 1,9% annuellement. Par la suite, les intérêts avaient été réduits à 1,5% par an, payables à la fin de chaque année. Les enquêteurs de l’ICAC veulent savoir qui sont ceux qui se trouvent derrière le marchandage des intérêts à la State Bank of Mauritius ou encore qui ont mené les négociations sur ce chapitre.
Dans cette perspective, les premiers éléments de confirmation devront être obtenus avec les premières séances d’interrogatoires des représentants de la State Bank of Mauritius. En principe, des employés de la banque, ayant travaillé sur le dossier Vishnu Lutchmeenaraidoo, devaient être convoqués à partir d’aujourd’hui. Mais avec le développement du second Judge’s Order, des changements peuvent être envisagés.
Du côté de l’enquête au sujet du contrat alloué par la State Informatic Ltd pour l’e-Health Platform sans passer par les procédures d’appels d’offres, l’ICAC continue à éplucher les dossiers en sa possession avant d’enclencher les procédures d’enquête. Le fils du ministre des Finances, Ashwin Lutchmeenaraidoo, qui avait signé le contrat le 16 avril dernier avec le General Manager de la SIL, Khemraz Mohee, serait actuellement à l’étranger et suivrait de près l’évolution des différentes étapes de l’opération Goldfinger.
D’autre part, Vishnu Lutchmeenaraidoo, qui a prolongé d’une semaine son congé maladie, a fait servir une seconde mise en demeure de Rs 100 millions au groupe Le Mauricien hier après-midi. La première mise en demeure, pour un même montant de Rs 100 millions, rédigée par les soins de l’avoué Appa Jala, remonte à vendredi dernier. Tout en rejetant les faits autour de l’Euro-Loan de 1,1 million, l’ancien ministre des Finances ajoute : « As a citizen of Mauritius, Mr Lutchmeenaraidoo has obtained a loan from a bank lawfully, legally and without any favour whatsoever. Mr Lutchmeenaraidoo is a person of lead and has the means to repay any amount received as loan. Mr Lutchmeenaraidoo has not used his position as a minister to obtain any favour and Mr Lutchmeenaraidoo has not interfered in any manner whatsoever with regard to the allocation of contacts. »